‹ L'Art et les artistes (volume 5)Chapitre 163 sur 186 · BAL A L OPER · texte numérisé non relu

BAL A L OPER

Feuilletons le recueil intitulé : Costumes grotesques (par Larmessin). La fantaisie ingénieuse des accoutrements assigne à chaque corps de métier. à chaque profession, un costume spécial, sorte d'imiforme où se trouvent réunis, avec une perfection majestueuse, les instrmnents du travail de l'artisan, les marchandises débitées par le commerçant, les attributs propres à chaque art. Ce trésor d'ingéniosité contient des richesses inépuisables dans la science de la mascarade, et ces « costumés » se présentent avec des attitudes pleines de noblesse, se promènent dans des jardins dessinés par Le Nôtre ou se tiennent dans des salons dignes de Versailles. Aussi bien, les amples perruques et la gravité des personnages suffisent à révéler en eux des contemporains du siècle le plus majestueux qui fût jamais.

Cela ne mit point obstacle à la gaité populaire sous le règne de Louis XIV. Les mascarades eurent même, à cette époque, une période d'épanouissement dont les gazetiers du temps, les Loret et autres ont noté le pittoresque divertissant. Déjà, les gens de qualité allaient « s'encanailler » à la Porte Saint- Antoine, près la Bastille, se mêlant souvent à la toule bruyante et bariolée, à qui ils jetaient parfois des dragées en guise de confettis ; mais, dès le xviii« siècle, la vogue du «boulevard» Saint- Antoine diminua, et le Cours-la-Reine devint le lieu d'élection des mascarades.

On sait combien le Carnaval fut brillant sous la Régence du duc d'Orléans, et les bals masqués jouirent d'une grande faveur. Nous ne pouvons que le signaler, mais l'estampe d'Etienne Jeaurat, le Carnaval des rues de Paris nous montre assez à quel point de déchu il était parvenu avec Louis X\'. Les seuls artisans y pienaient part, et c'était un tumulte bruj-ant, médiocrement joyeux, plutôt veuf de déguisés, où quelques hommes costumés en bergères, et de rares femmes, revêtues d'habits de galants cavaliers, s'efforçaient d'attrouper les passants, plutôt réfractaires à ces sortes d'amusements. Mercier, dans son Tableau (f(;Prtm,contequelapohce roj-ale se préoccupa de cet état d'esprit du public qui, récemment encore, se précipitait, avec ime soi te de fureur vers les divertissements. Des « figurants « furent stipendiés, mais ce fut tentative vaine.

Le Carnaval reprit sa vogue à la mort du « Bien- Aimé n.Dès lors, ce sont les parties fines aux Porcherons, les e.xcursions à la Courtille. sur les hauteurs de Ménilmontant, ce sont aussi les bals masqués fertiles en galantes intrigues, où la reine Marie- Antoinette s'aventure, en compagnie de la piincesse de LambaUe ; ce sont aussi les aventures du comte d'Artois et tant de nombreuses anecdotes auxquelles la Ré\-olution devait imposer un épilogue inattendu.

Jusqu'en 1799, défense fut faite au.x citoyens de porter même le loup de velours noir. D'ailleurs, la

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