LA DANSE GRECQUE
*T*ERPSiCHORE figure dans le chœur des Muses, et •*• si les Grecs ont eu besoin d'une divinité pour présider à leurs chorégraphies, c'est qu'elles faisaient partie du culte. Qu'elles soient guerrières, plastiques, théâtrales ou acrobatiques, toutes se rapportent à la religion ou tirent leur origine du culte des dieux.
Là, comme ailleurs, la Grèce a beaucoup emprunté à l'Orient, elle a continué les cérémonies de l'Inde védique, et surtout les danses religieuses.
Chaque divinité était honorée par des danses spéciales, généralement des cortèges rythmés : ainsi la procession des Panathénées figurait l'offrande à Pallas du voile tissé par les jeunes filles d'Athènes. Ainsi les Eleusines qui accompagnaient les fameux mystères initiateurs, et figuraient les courses de Cérès, cherchant à travers le monde sa fille Proserpine ravie par Pluton.
Sur le mont Ida, les Corybantes se livraient en l'honneur de Cybèle. mère des dieux, à une gesticulation bruyante, au rythme des armes d'airain heurtées en cadence.
Les Dionysiaques célébraient le vin nouveau. C'étaient là des fêtes liturgiques ; Dionysos avait ses fêtes populaires que célébrait le cortège de Silène, des Satyres, des Pans et des Ménades, «jjvendangeuses dont lesl ardeurs"; s'exaltaient jusqu'au délire». On a coutume d'associer au mot de Bacchanales une idée de réjouissance et de gaieté folle. En réalité, les Bacchanales étaient les
fêtes du regret et de la douleur : « On les célébrait durant la nuit au solstice d'hiver, quand la vigne desséchée et comme morte montrait le dieu éloigné et impuissant. Des femmes seules, les Bacchantes, qui à l'encontre des Ménades, n'admettaient aucun homme parmi elles, accomplissaient ces rites farouches. Echevelées, à demi nues, elles couraient à la lueur des flambeaux, au bruit des cymbales, avec des cris sauvages, des gestes et des transports violents. L'exaltation nerveuse amenait le désordre des sens, des idées, des paroles, des attitudes. Quand la Bacchante dansait, éperdue, insensée, avec des serpents autour des bras, à la main un poignard ou le thyrse dont elle frappait autour d'elle, c'était le dieu qui agissait en elle et la sacrait prêtresse de son culte. Malheur à l'homme qui surprenait ces mystères : il était mis en pièces ; les animaux mêmes étaient déchirés et elles mangeaient leur chair palpitante. »
Des danses qui honoraient les demi-dieiix et les héros, la plus curieuse était le Géranos, qui se déroulait à Délos : « C'est une longue file où les hommes et les femmes se tenant par la main alternent régulièrement . Thésée les cond uit . Il les précèd e en j ouant de la lyre et s'avance vers Ariadne émerveillée. Les danseurs figurent les victimes du Minotaure arrachées par Thésée à la mort qui les attendait dans les profondeurs du Labyrinthe. »
Tout dans la vie grecque est une occasion propice à la danse. Aux festins d'apparat, les convives et
plus tard les aulétrides esquissaient leurs pas mimés. Aux mariages on dansait les Hyménées qui évoluaient sur le thème des noces de Bacchus et d'Ariadne et où l'on voyait « le dieu s'élançant vers sa bien-aimée, en dansant un air passionné pour témoigner des sentiments de son cœur.
A l'époque des vendanges, la danse du Pressoir n'était pas moins imitative :
« Dryas se lève, commande qu'on lui joue un air bacchique, il imite successivement les vendangeurs; ceux qui portent la hotte, ceux qui foulent le raisin, qui emplissent les tonneaux, et ceux qui boivent le vin doux. Les mouvements expriment ces choses avec tant d'art que l'on croit en effet voir des vignes, un pressoir, des tonneaux : on croit même que Dryas boit véritablement. «
Puis ce sont les Chorégraphies particulières à chaqiie ville. Ainsi, de la danse du collier, en honneur à Lacédémone : « C'est la danse commune des éphèbes et des vierges , ils s'avancent un à im et figurent assez bien un collier.
Le coryphée est un jeune hommequi dessine un pas hardi, une vierge le suit élégamment et s'instruit aux grâces de son sexe. On dirait que le collier est fait de modestie féminine et de virile audace. » (Lucien.)
C'est dans la danse guerrière qu'apparaît mieux encore le génie harmonieux de la Grèce. Elle constituait une véritable éducation en vue du combat.
La Pyrrhique, qu'Achille exécuta le premier, dit la légende, devant le bûcher de Patrocle, était l'imitation exacte des mouvements de l'attaque et de la défense. Grâce à cette danse, pour laquelle TjTtée avait composé tout un poème, on apprenait, en chantant en cadence, les différentes manières d'attaquer avec le glaive et de parer avec le boucliei", de lancer en mesure le javelot, de franchir les obstacles suivant un rvthme. Et en fait, les