BACCHANTE DANSANTE
PALAIS DE LAVAL Cf-">'i>Je Je I.i cour inlérieuie) MUSÉES D'ART POPULAIRE
Le Museon Arlaten
/"MTOYEN, respecte les propriétés et les productions ^^ d'autrtti : elles sont le fruit de son travail et de son industrie », dit l'inscription de l'une des portes d'Arles. En janvier 1896, dans V Aïoli, Frédéric Mistral expliqua son rêve d'un musée d'art populaire provençal où l'étranger comme le citoyen d'Arles apprendraient que le respect des propriétés et des productions d'autrui dérive du respect d'une tradition qui, en Provence, reflète la beauté d'une race toujours libre et vigoureuse, sous un ciel, dans un site inoubliables. En Haute et Basse Provence, il importe surtout de conserver la survivance du grand courant italo-danubien de langue arvenne qui, dès la préhistoire, entra dans les Gaules par trois voies dont le Rhône fut la princi])ale. Si le peuple provençal possède un merveilleux instinct de clarté et d'élégance, si ses traditions et son goût sont encore le meilleur du patrimoine français, à quelles causes les attribuer sinon à l'influence successive des trois génies celtique, hellénique et latin
dans cette vallée du Rhône, qui a tant fait pour notre barbarie.
Rassembler les types de l'industrie rurale provençale, afin de démontrer qu'ils sont encore la plus vivante affirmation du génie d'une race, le refuge de son passé, la route de son avenir : tel est le rôle du Museon Arlaten. Certes, nombre d'essais éphémères avaient précédé, en Provence, cette consécration de l'industrie du paysan. A Marseille, à Aix, à Avignon, combien de collections et d'expositions rétrospectives nous montrèrent son abondance et sa variété. On peut dire qu'en juin 1897, ce fut avec l'espoir d'un groupement définitif de ces trésors que les sept fondateurs ' du Museon Arlaten, ayant réuni quelque 20.000 francs, installèrent leur rêve dans l'ancien collège de l'Oratoire — aujourd'hui Palais de Justice — qu'il quitteia
I. MM. Frédéric Mistral, Marignan. Eisseto, Paul Maritton, Jean Bayol, Férigoule et Honoré Dauphin.
bientôt pour l'ancien hôtel de Laval, spécimen de l'architecture artésienne du xv^ siècle. Ils utilisèrent adroitement un escalier, un corridor et une
PALAIS DE LAVAL (détail)
série de salles auxquelles furent donnés des noms correspondant à leur destination. |Salle de Noël {Salo calendalo), chambre conjugale (chambra espoiisivo), salle des fêtes (salo festadiero), salle agricole (salo meinagiero), salle félibrienne (salo felibrenco) et salle préhistorique (salo haumassiero). Le corridor, transformé en cabinet d'estampes, reçut le nom de galerie Castellane (galerie Castelano), afin de commémorer la générosité de M. le comte Boni de Castellane. Il y eut alors un élan d'enthousiasme, et c'est merveille de voir les résultats obtenus, en quelques années, par un groupe d'artistes dont le mérite est d'avoir réveillé le besoin d'autonomie régionale qui fait la force de la Provence. Nous avons déjà loué l'ensemble décoratif que ce MiiseoH Arlalen offre au visiteur et qui le séduit. Analysons aujourd'hui — d'après le plan commun à tous les musées d'art populaire — les détails de cet ensemble, sa méthode. Le Museon Arlaten définit d'abord un pays et son type, en rassemblant, dans la Galerie Castellane, les principaux sites et monuments de la Provence, les portraits de
LE " GRAND MAS " DE (Réduction par
ses hommes illustres depuis le roi René jusqu'à Frédéric Mistral, et ceux des aïeules, contemporaines ou descendantes de Mireille. Il nous initie ensuite à l'économie de la maison rurale {mas d'Arles ou du Languedoc, bastido de la Provence orientale ou granjo du Comtat-Venaissin). Mas de Maillane où naquit Frédéric Mistral à la suite de l'églogue que nous racontent ses Mémoires ; mas des Micocoules, qui abrita les amours de Mireille et de Vincent — prototypes du ménage provençal, — mas dans lequel mesto Eisseto, pendant quarante ans, fit l'apprentissage de conservateur d'un musée d'art populaire ; enfin, modèle d'une ferme provençale exécuté par le maître-maçon Jean Démontre, de Saint-Remy. Après cette survivance des constructions celtiques ou gallo-romaines, le Museon Arlaten décrit sa décoration et sa vie intérieure. Comme spécimen de l'iconogiaphie des maisons rurales de Provence, un mas de la Crau a fourni une curieuse mosaïque figurant la Guerre des chats et des rats. Cette filiale des scènes pompéiennes nous fait assister à un combat naval suivi de batailles dont les résultats sont le jugement et la pendaison du chat. Arles, le port de mer du moyen âge où d'immenses flottes venaient atterrir, existait encore pour le mosaïste rural de la Crau, au xix<ï siècle ! Aussi traditionnelles, les deux scènes du cacho-fio (bénédiction de la bûche de Noël), dans la cuisine du mas et de la Visite à l'accouchée, dans sa chambre conjugale, dont les personnages modelés par M. Férigoule sont les types principaux de la vie rurale en Provence : les aïeuls, le fils aîné et son valet de ferme, les servantes, le gardien de taureaux et le berger. Plus loin, la verve des santonniers, dont l'ancêtre est Luca délia Robbia, multiplie ces types et rassemble, autour de la crèche, tous les costumes, tous les métiers, tous les animaux, toute la Provence. Voici donc la vie intérieure du mas dont le décor reste à décrire, dans le détail du mobilier et des ustensiles divers. Le Museon Arlaten révèle la maîtrise des ébénistes d'Arles devant un bloc de noyer qu'ils ont transformé, selon les règles des styles
Louis XV et Louis XVL en meubles aux lignes simples, aux reliefs figurant des guirlandes de fleurs, des attributs champêtres, des symboles du bonheur domestique : colombes se becquetant, tulipes, soupières, etc. La salle de Noël et la chambre conjugale montrent les panetières en forme de tabernacles, les pétrins,
SAINT-ETIENNE-DU-GRES Jean Démontre)
les buffets, les meubles à crédence, les horloges, étagères, armoires, lits, boîtes à sel ou à farine, nombre d'autres spécimens d'un art jadis bourgeois, puis devenu rural, ainsi que le démontre le superbe lit de l'accouchée, œuvre du maître-menuisier Louis Noailles, de Beaucaire. Quant aux ustensiles divers, ils eurent aussi leurs artistes.
Les fen-onniers des appliques et serrures de ces meubles sont les mêmes qui, dans toute la Provence du xvni<' siècle, après avoir forgé tant d'impostes aux lignes merveilleuses, allèrent jusqu'à ciseler leurs enclumes et leurs étaux. Les fondeurs de cette taque de cheminée qui représente une Course de taureaux, les verriers de Goult ou d'Apt qui ont soufflé et
émaillé les vases rangés sm^^cette étagère, les potiers d'étain de Montpellier ou' de Nîmes dont le Muscon Arlaten montre une remarquable collection de plats, de brocs, de lavabos, rivalisèrent avec les chaudronniers qui martelèrent ces cuivres, et les céramistes — orgueil de la Provence — qui. pour le vaisselier du mas, harmonisèrent les marbrures d'Apt ou de Castellet quand ils n'accommodaient pas, aux goûts du paj-san, à Varages ou à Avignon, les arabesques de Marseille ou de Moustiers.
Pour l'histoire du costmne — roi des œuvres d'art populaire, blason rural' dont Frédéric Mistral maintient le langage en Provence — le Miiseon Arlaten a collectionné des documents graphiques et des pièces de costumes anciens ou modernes. Vers la fin du xviii« sièclCi Arles et sa région possédèrent Antoine Raspal