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EN CR.AU

L HOTEL DE ROHAN-SOUBISE Vue de la cour d'honneur

Lr'Hôtel de Rohan=Soubise

Palais des Archives Nationales

X ES Archives générales de l'État français ont, ^^ depuis l'an iSoS, pris possession de l'ancien palais habité jadis par le prince François de Rohan- Soubise, et, depuis cette date, tant de documents précieux pour l'histoire de notre pays, tant de pièces inestimables pour les souvenirs du passé qui surgissent de la poussière des siècles, pour leurs pages de gloire, et aussi, hélas! pour leurs pages tragiques, dorment en ces lieux qui furent aussi de «l'Histoire»!...

Le temps accomplit son œuvre de chaque jour, de chaque année; les dossiers s'accumulent, envahissent les salles, débordent des casiers, et bientôt la vaste et somptueuse demeure du prince de Rohan-Soubise, agrandie plusieurs fois au point d'absorber tous les terrains avoisinants, s'adjoindra l'Hôtel du Cardinal de Rohan, que doit abandonner l'Imprimerie Nationale... Au moment où l'agrandissement des Archives s'impose de nouveau, ceux qui, tout en admirant les merveilles de l'architecture moderne, savent se plaire aux chefs-d'œuvre de

l'art ancien, auront sans doute plaisir à connaître les magnificences d'ornementation intérieure qui font de l'Hôtel de Rohan-Soubise un joyau incomparable, émouvant par ses souvenirs, séduisant par la décoration des salons.

C'est, dans le vaste espace compris entre la rue des Ouatre-Fils, l'Hôtel de Rohan, la rue des Archives et la rue des Francs-Bourgeois, uji ensemble de constructions souvent disparates, mais d'où se détachent deux bâtiments qui font date dans l'Histoire de l'architecture française.

On notera auparavant que les terrains occupés de nos jours par les Archives nationales semblèrent voués, de toute époque, aux logis historiques. Sur la rue des Archives (jadis rue du Chaume) et vis-à-vis la rue de Braque (dont le nom perpétue le souvenir d'une famille seigneuriale du xiv= siècle), le passant admire deux tourelles élégantes, d'aspect pittoresque et archaïque, qui dominent une porte ogivale. Au-dessus de la porte, deux écussons : l'un représente les armes de la famille de Clisson, l'autre

est de signification ignorée. La banderolle de pierre, qui se déploie entre les deux, laisse déchiffrer l'orgueilleuse et altière devise : « Pour ce qui me plect. » Une ancre sur l'écusson rappelle que l'hôtel de messire Olivier de Clisson, connétable de France, et compagnon de messire Du Guesclin, fut, au xvi" siècle, la propriété de la famille des Guise, dont l'un des fils fut grand amiral de France. L'Hôtel de Clisson, élevé en 1370, grâce aux libéralités du roi Charles V, et restauré au cours des âges, est un précieux spécimen de l'architecture civile du xiv'^ siècle, sans analogue à Paris. Des deux tourelles, celle de gauche subsiste à peu près intacte, celle de droite se rattache aux bâtiments plus modernes qui se dressent perpendiculairement à la rue des Archives.

L'HôteldeClisson est lapartie primitivedel'Hôtel de Rohan-Soubise. Il subit des vicissitudes nombreuses et multiples, dont nous ne signalerons que son acquisition, en 1529, par Philibert Babou de la Bourdaissière, surintendant des Finances du roi de France.

En 1553, l'Hôtel de Clisson devint l'Hôtel de Guise. François de Lorraine, duc de Guise, le cardinal de Lorraine et le prince de Join ville signalèrent leur séjour par d'importantes adjonctions qui englobèrent successivement nombre de maisons avoisinantes, notamment l'Hôtel de La Roche-Guyon. Le seul souvenir de cette famille, si illustre par son rôle au xvi'^ siècle, consiste dans un bel escalier de pierre, d'allure élégante, dont la courbe de rampe en fer s'orne encore de la double croix de Lorraine. Depuis 1870, les derniers vestiges des vieux bâtiments contemporains des Guise ont disparu pour faire place à de nouvelles constructions spacieuses appropriées aux exigences du classement des Archives nationales. Les anciens historiens de Paris vantent fort les richesses de la demeure des Guise : des tapisseries somptueuses, des tableauxdeprix, des meubles du travail le plus achevé ornaient les appartements.

La décoration de la chapelle, dont deux fenêtres subsistent encore sur la façade de l'ancien Hôtel de Clisson, était fameuse : Raphaël, Le Primatïce, les châsses de Maximilien, dites « châsses de Guise 11 (d'après les cartons de Bernard van Orley) en revêtaient les murailles.

Après être échue finalement en héritage à 'Marie de Lorraine, dernière survivante de la famille de Guise, la propriété passa entre les mains de la princesse de Condé et de la duchesse de Brunswick- Mais l'Hôtel était fort obéré. Le 29 janvier 1704, François de Rohan, prince de Soubise, lieutenantgénéral des armées du Roy, s'en rendit acquéreur pour la somme de 326.000 livres.

La fortune du prince de Rohan-Soubise était d'origine galante. Ce mari complaisant fut très honoré de l'inclination que Louis XIV manifesta à la princesse son épouse, « dame d'honneur ». Saint- Simon, notre admirable et génial Saint-Simon, le dit en termes significatifs : « Une fois à la cour, sa beauté fit le reste ». Elle sut y faire largement fortune, et cette fortune servit en grande partie à reconstruire l'Hôtel de Guise, à adjoindre aux vieux murs utilisés le magnifique Hôtel et la colonnade d'aspect si séduisant qui le précède. D'ailleurs, la vue panoramique de la cour d'honneur, dont l'entrée se trouve au n" 60 de la rue des Francs-Bourgeois, produit un effet d'élégance décorative sans pareille. Un double portique ceint la cour, et la façade principale est une merveille d'harmonie décorative dans un style intermédiaire entre la pompe majestueuse du siècle de Le Vau et de INIansard, et la grâce élégante, souvent maniérée, du siècle de Jacques-Ange Gabriel et de

Germain Boffrand.

Ce dernier a du reste collaboré aux plans de l'édifice. Le véritable auteur du palais de Rohan-Soubise fut Pierre- Alexis de La Maire, dont la notoriété a été surpassée, et fort largement, par la réputation de Germain Boffrand, son élève, son continuateur. La conception de la disposition

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