CHAMBRE .\ COUCHER DE LA PRINCESSE DE SOUBISE
générale de"]a courd'honneur revient à de La Maire, mais les changements apportés dans la distribution^ des appartements, l'ornementation des diverses pièces qui les composent, sont l'œuvre |de Boffrand. L'aménagement des locaux en vue de l'installation des Archives a impliqué des remaniements considérables. Les décors primitifs de plusieurs salons ont été gravement altérés et le « Livre d'architecture » de Boffrand nous fait regretter la disparition de tant de peintures décoratives, de tant de boiseries et de sculptures qui égalaient les meilleures œuvres d'art décoratif laissées par le xviii^ siècle.
j Heureusement, les anciens appartements du prince de Soubise, situés au rez-de-chaussée, et l'appartement particulier de la princesse, qui s'étend en façade au premier étage, peuvent atténuer nos regrets, si tant est qu'il soit possible de se consoler de la perte de spécimens d'un art gracieux et délicat.
Le rez-de chaussée comprend notamment la salle des Gardes, aujourd'hui Salle publique, puis une salle annexe, dite le «Petit Dépôt », où les documents ''éclamés par les travailleurs attendent d'être communiqués. C'est ensuite la Chambre du prince, dont on a complètement bouleversé la disposition, supprimant en quelque sorte les motifs décoratifs qui y ajoutaient un noble caractère, à en croire Boffrand.
Ces pièces successives aboutissent au Salon ovale et au Cabinet de travail.
Sig. Adam et Jean-Baptiste Lemoine ont collaboré pourlescompositions allégoriques du Salon, d'un cachet si exquis :
la Musique, la Jtistice, la Peinture et la Poésie, l'Histoire et la Renommée sont dues à Adam; l'Astronomie,!' Architecture, le Drame, la Comédie sont l'œuvre de Lemoine. Les boiseries, d'un charme inexprimable, ont subi l'altération d'un badigeonnage inopportun. Audessus de la porte d'entrée du cabinet de travail Diane désarmant l'Amour, composition de Trémo-
lières, d'une grâce alanguie (elle a figuré au Salon de 1737). Plus loin, un Restout de la même date : Apollon apprenant à l'Amour à jouer de la lyre. Ici et là, des vitrines exposant aux regards des visiteurs des documents précieux et singuliers, des autographes illustres signés de tant de noms que l'Histoire de la France depuis les Mérovingiens et les Carolingiens déroule ses fastes à notre imagination éblouie... ,
Les pièces du premier étage correspondent d'une manière parallèle à la distribution des salles du rezde-chaussée. La salle rectangulaire qui ouvre l'appartement de la princesse possède depuis quelque temps des boiseries Louis XV, d'une élégance séduisante et somptueuse. Ce sont des panneaux ornés de médaillons dans lesquels sont inscrites les Fables de La Fontaine, d'un travail précieux. La Chambre de la j)rincesse offre un spécimen de la décoration des intériein-s au xvni'' siècle dans un admirable état de conservation, avec une part de reconstitution, d'après les documents originaux de Boffrand. Nous ne pouvons que la signaler, faute d'espace.
Dix peintures ornent les dessus déporte et l'alcôve, . et ce sont des modèles expressifsdel'art contemporain : au-dessus de la porte d'entrée, un Boucher [Les Grâces présidant à l'éducation de l'Amour), fait face à un Trémolières de 1735, [Minerve enseignant à une jetme fille l'art de la tapisserie.) Au fond de l'alcôve, deux Pastorales, de Boucher, dans un vieux cadre chantourné, compositions d'un style maniéré et sensuel, souvent reproduites.
En retour, l'on peut admirer encore deux paysages, l'un, de Trémolières, l'autre, de Boucher.
Est-il nécessaire d'insister sur la célébrité du Salon ovale du premier étage ? C'est la pièce maîtresse de cet intérieur séduisant ; on y trouve une réunion de chefsd'œuvre de composition décorative dus au génie de Boffrand, cadre approprié aux huit cartouches consacrés à lalégende
PORTE DE L ESCALIER DES GUISES (Hôtel de Rohun-Soubise)
de Psyché, d'après Apulée. Natoire travailla, de 1735 à 1739, à cette œuvre qui lui donna en son temps une juste célébrité. On remarque un bureau Louis XV, curiosité entre tant de merveilles dignes d'attention studieuse : ce bureau servit de lit à Robespierre, dans la nuit de Thermidor, quand il gémissait de douleur, la mâchoire fracassée du coup de pistolet tiré par le gendarme Méda.
Les autres pièces contiennent encore nombre de toiles, fort inégales, sans doute, mais toutes intéressantes à bien des égards. Ce sont des œuvres de Boucher {Mercure faisant l'éducation de l'Amour), de Trémolières (les Caractères de Théophrasle), de Restout (le Secret de la Prudence), de Carie Yan Loo (Castor et Pollux) : mais ce sont surtout deux chefs-d'œuvre (Vénus au bain, V Aurore et Céphale) où se déploient les « grâces » de Boucher, et un autre chef-d'œuvre de Carie (Vénus à sa toilette), d'un style si significatif de son temps.
Du reste, l'un des mérites essentiels de l'Hôtel de Rohan-Soubise n'est-il point de subsister dans ses grandes lignes avec l'ensemble décoratif dont il fut doté dès sa construction ?... On y goûte le charme inappréciable de pouvoir admirer une décoration originale, contemporaine de la demeure à laquelle elle fut destinée et sur son emplacement primitif- Une visite aux Archives nationales, nous introduit dans ce monde du xviii'^ siècle, de charme harmonieux et captivant, d'aspirations vaguement humanitaires à son déclin, et qui régna en ces lieux jusqu'à la mort du dernier prince de Soubise (juillet 1787). Ses créanciers firent vendre l'Hôtel, dont l'État français devint propriétaire en 1790. Et, après avoir logé l'administration fiscale de la Ville de Paris, l'Hôtel de François de Rohan-Soubise reçut, le 6 mars 1808, les Archives nationales de rEmjjire...
Édou.^rd André.
CARLE VAN LOO — les nymphes et l'amour
(Hôtel de Rohan-Soubise)
Le Mouvement artistique à l'Etranger
ANGLETERRE
g T. à l'exposition d'été, l'Académie royale nous gave d'art contemporain, c'est certainement, par contre, une compensation, le menu de choix qu'elle offre aux amateurs, dans les mois d'hivei. Pendant trente-huit ans, une collection de vieux maîtres, qui est en même temps une sélection, a été étalée dans les galeries de Burlington House ; réunis là de toutes les parties du pays, des joyaux, sortant des trésors de maisons privées, font les délices de milliers de personnes qui autrement n'auraient jamais eu l'oc-casion de les voir. Le prodige, c'est que l'apport puisse se maintenir d'année en année : chaque hiver cependant fournit quelque chose qui plaît et charme, qui soulève à nouveau l'admiration pour les grands peintres du passé. Chaque hiver aussi fournit sa moisson de conjectures, émanant de critiques dont l'esprit d'analyse s'évertue à prouver qu'en majorité les œuvres ont d'autres auteurs que ceux auxquels le catalogue les attribue. Comme l'Académie n'assume aucune responsabilité pour ces attributions, mais simplement classe les artistes et les œuvres selon les informations données par les propriétaires, les critiques de la nouvelle école considèrent l'exposition un peu comme un terrain de chasse offert à leur spécial usage. Il est vrai que leurs théories ont toujours quelque intérêt, et il est également vrai que nombre des attributions sont absurdement erronées, mais dans l'un comme dans l'autre cas, ce n'est point ce qui enlève ou ajoute à une belle peinture un seul atome de beauté. Et dans l'exposition actuelle, où tout est intéressant, il y a beaucoup de belles choses. Dans la Section des Primitifs italiens se trouvent deux admirables panneaux de Civetta, l'un représentant Sainte Catherine, et l'autre Sainte Barbara, et un portrait de dame, par Ambrogio de Pradis, qui, tous, réclament une très spéciale attention. Le portrait d'un gentilhomme italien, qui est attribué à Sodoma, est une œuvre frappante : une tête magnifique, magnifiquement peinte. Mais c'est dans les peintures hollandaises et flamandes que réside surtout la principale valeur de l'exposition, et sur deux œuvres de Frans Hais, que l'intérêt se concentra. Toutes deux proviennent de la collection de Earl Spencer : l'une est un portrait de l'artiste lui-même, et l'autre est dite un portrait de l'amiral de Ru\-ter. Alors qu'est devenu brumeux dans mon esprit le souvenir des autres peintures, celui de ces deux toiles restera clgSr,. distinct et vivant. Hais se représente en demi-longueur, assis, et regardant légèrement à droite, un bras posé sur le dossier de la chaise ; son visage brille d'une joie de bon garçon, et l'on dirait que tout en mettant dans son portrait le meilleur de son art, il désirait de plus nous donner cette impression qu'il connaissait parfaitement aussi l'art de jouir de la vie. L'amiral est encore plus frappant. Habillé de noir, avec un large col blanc et des manchettes de dentelle, il ne rappelle aucunement par son costume l'homme de mer, et cependant sa tête fine et son .visage sont bien dignes du héros de la marine hollandaise du xvii" siècle. D'autres œuvres de marque sont, de Van Dyck, Burgmeistcr Van der Cutch et de Rembrandt, un portrait de femme, généralement connu sous le titre : la Cuisinière de Rembrandt. Dans la section anglaise il y a naturellenient quelques jolis tableaux de Reynolds, Gainsborough, Romney, Hoppner et Turner.
Parmi ceux de ce dernier se trouve le splendide Mercury et Hersé, une des plus jolies toiles de la première période de peinture.
En un mot l'exposition offre un très haut intérêt. Comme contraste aux « Vieux maîtres u à l'Académie, il convient de recommander l'exposition de 1' « International Society » à la Nouvelle Galerie. L'admiration pour l'art ancien en .serait certainement renforcée, et probablement serait suscité le dégoût pour le nouveau, ce qui est à désirer. A l'Académie, l'art et les artistes représentés sont universellement reconnus et acceptés comme des guides et des exeniples : à la Nouvelle Galerie une grande partie de ce qui est montré n'a aucun trait de ressemblance avec ces exemples et ne représentent que la décadence et la dégénérescence, — en tant qu'artistes — des hommes et des femmes, qui en portent la responsabilité. De beauté, que ce soit dans le paysage ou la figure, il y a peu ; d'excentricité, d'effort vaniteusement étudié vers l'effet, de bizarrerie et parfois de pure laideur, il y a beaucoup. Ils sont expérimentalistes, ces membres de « l'International Society » — quelquesuns sont même poseurs. Ils professent la gravité, ils déclament de leurs « buts élevés » en art, mais quand ils produisent leurs impossibles paysages, et peignent leurs affreux modèles en des postures contre nature, nous sentons alors qu'ils « protestent trop » ; leur appel à l'admiration paraît impertinent — il est trop visible que tout le temps, ils ont eu leur langue dans leurs joues. Il s'en trouve quelques-uns, bien sûr, au-dessus du reproche, et nous nous étonnons de leur association avec les autres, ce qui, cependant, montre la surprenante rouerie « des autres ». La réputation de ces rares est une excellente réclame pour les prétentieuses divagations des petits. Des noms tels que Rodin et Mesdag, sont de ceux autour desquels on peut se grouper ; — on ne voit pas très bien par exemple pourquoi on y a mêlé Puvis de Chavannes, car l'esprit entier de son œuvre fut en antagonisnre direct avec tout ce qui est montré ici — mais ils ont du moins pour eux la sincérité de l'intention, tandis que « les 'autres » n'ont rien que leurs toutes spéciales lubies. Il y a là une douzaine d'œuvres environ qui font plaisir à la moyenne des visiteurs ; le reste est attristant, ou agaçant ; il en est même de repoussantes. A en juger par l'axiome que « l'Art est Beauté ». il y a très peu d'art dans cette exposition de 1' « International Art Society ».
M. Charles H. Shannon est parmi les plus électiques des artistes anglais. Associé pendant de nombreuses années avec M. C. Rickets, il travailla vigoureusement à faire davantage apprécier l'illustration. Ils commencèrent même une publication, leur appartenant, pour démontrer leurs idées, mais the Dial (le Cadran), ainsi qu'elle s'appelait, eut, si elle fut brillante, une courte carrière. Les autres œuvres produites, par eux à « the Vale Press Chelsea » sont la joie des collectionneurs, mais restent ignorées du grand public.
M. Shannon a, en de rares ocGasions, exposé des peintures, et il a montré alors sa puissance de coloriste d'une manière qui le désigna comme un artiste aux facultés brillantes et d'un sentimentdéveloppé. LTne collection de quinze de ses toiles aux « Leicester Galleries » forme l'une des plus délicieuses expositions de la saison Londonienne. La beauté de forme et de couleur, alliée à des motifs poétiques, telle
en est la tonique, et le résultat, c'est une harmonie, "([ui produit un plaisir infini.
The Wood Nymph (la Nj-mphe des bois), par exemple, est une idylle parfaite de peinture. La nymphe est étendue, dormant, à l'ombre d'un bois romantique, et à côté de son joli corps est un délicieux faune-enfant, aux cheveux frisés. Hermès and ihe Infant Bacchus est peut-être l'œuvre la mieux réussie de la série. Dans un cadre circulaire. Hermès, avec l'enfant- dieu sur ses épaules, se hâte sur la surface d'une mer bleue aux pointes d'écume, où s'ébattent des dauphins. Deux portraits, l'un de l'artiste et de son ami Ricketts et l'autre d'une Lady with a Feather (Dame à la plume) démontrent que M. Shannon est égalelement grand dans ce genre. La dame est une délicieuse composition. Assise de profil, elle est habillée de blanc avec une écharpe bleue, un chapeau noir orné de plumes cou-
vrant son visage d'ombre. Dans ses mains elle tient une plume d'Autruche. C'est en même temps très simple et très beau — comme toutes les véritables œuvres d'art.
La « Royal Academy » a de nouveau confondu ses critiques, en élisant comme associé M. Georges Henry. On ne peut plus dire maintenant que l'Académie n'a aucun contact avec le mouvement progressif de l'art anglais. Avec M. Sargent comme membre définitif, et MM. Clausen, Brangwyn. J.-J. Shannon, Edward Stott, William Strang, et maintenant M. Georges Henry parmi ses membres associés, il n'est plus possible d'insinuer que le sentiment moderne est ignoré à « Burlington House ». M. Henry est l'un des plus éminents représentants de l'école de peinture de Glasgow, aussi lui revenait-il d'être le premier membre de l'Ecole à obtenir les honneurs académiques.
.•\RTHrK FiSCH.