‹ L'Art et les artistes (volume 5)Chapitre 179 sur 186 · AUTRICHE · texte numérisé non relu

AUTRICHE

X 'ÊTÊXEMEXT artistique de l'hiver s'est de nouveau pro- ^^ duit à Prague : la révélation de roeu\Te gravé de M. VojtechPreissig, artiste silencieux et réfléchi, qui jusqu'àprésent s'était tenu à l'écart, méditant sur ses presses et ses fioles d'acide, et accumulant des travauxdont l'Amérique vient de s'emparer, pour les mettre en circulation avec un éclat inaccoutumé. L'eau-forte en couleurs, telle que la pratique M. Preissig, n'a plus rien du monotype; du reste elle recourt avec un aplomb infaillible à toutes les techniques. Une propreté, une précision et une dextérité d'imprimeur, que nul imprimeur de profession ne possède à ce degré, lui permettent un jeu de plaques illimité, des coloriages à la poupée, reproduits avec une sûreté, une adresse miraculeuses, à tel point que la bonne moitié de ses travaux apparaît régie par des curiosités de procédé plus que par le besoin d'exprimer une idée. Mais la beauté réside alors dans l'originalité de l'e.xécution. Cette œuvre est du reste infiniment variée. Depuis longtemps on se doutait que M. Preissig était un des artistes les plus originaux de Prague ; tous ses camarades qui pratiquent les Arts graphiques, même des garçons aussi habiles, dégourdis, curieux et éparpillés que M. Victor Stretti, aussi concentrés et sévères que M. Charles Myslbeck, en parlaient mystérieusement comme de celui qui leur en saurait remontrer. Aujourd'hui le grand public a appris ce que tous murmuraient tout bas: les Arts graphiques tchèques ont trouvé leur nraître.

Il n'a pas eu besoin d'aller au Japon se renseigner, comme l'artiste allemand Emile Orlik, jadis également à Prague, aujourd'hui transplanté à Berlin. I! a comme tous les jeunes Tchèques été attiré par Paris : il y pouvait comme d'autres réussir ; certains succès le présageaient. Tout à coup il rentre à Prague, se claquemure dans son petit rezde-chaussée de Vinohrady et puis personne ne sait rien de lui. Mais des travaux décoratifs d'une rare ingéniosité et d'un goiit très sûr apparaissent ici et là : des papiers peints et des papiers de garde toujours très simples, avec cette pointe d'originalité précieuse et inattendue qui se manifeste non-dans l'abondance des formules moins expressives, l'excellent pêle-mêle avec le moins bon, mais, en quelques traits, subitement, isolément et parfois insolemment, à force d'être définitive en même temps qu'impossible à prévoir. Il y avait eu jadis, je crois, un numéro de l'Assiette au beurre ; il y eut l'album bizarre et exquis « Byl jeden domacek » avec ses paysages, ses intérieurs, ses scènes de genre, ses natures mortes, traités d'une façon décorative toute individuelle au milieu d'encadrements de fleurettes.

vus comme avec des yeux tout neufs et jaillis au bout de traits, au milieu de contours brusques et décisifs, parfois déconcertants. Il y règne un humour bien tchèque et un sentiment de la nature bohème qui, chez aucun autre, n'a cet accent de terroir complètement à part de toute corrélation avec le goût décoratif national folhlnriste d'un Mikulas Aies, par e.xemple. Il y avait bien aussi M. Richard Lauda, qui, dans les scènes populaires et les délicats paysages d'un album qui mériterait d'être célèbre, s'était prouvé une sorte d'Henri Rivière tchèqiie. Mais M. Preissig auprès de M. Lauda, c'est la phra.se elliptique de Barrés auprès de celle de M. André Theuriet.

La monumentale série de vingt grandes eaux-fortes en couleur dont la Galerie Moderne de Prague vient d'être dotée n'était préparée par rien. L'imprévu du procédé, ou plutôt des additions et combinaisons de procédés ; l'extraordinaire du coloris, dans la douceur et la paix comme dans l'éclat et le bariolé ; la bizarrerie parfois, d'autres fois la grande intimité de la composition ; la délicatesse florale de certaines pièces, le tatouage audacieux d'autres ; ici la finesse du vernis mou et soudain la grossièreté, sur laquelle on a spéculé à coup sûr, d'une aquatinte granuleuse, et toujours un sens averti de la mesure et des limites exactes où il faut arrêter la fantaisie, font de ces grandsfeuillets la continuelle et passionnante aventure d'un jongleur, d'un trouvère, aussi lyrique que décoratif et toujours heureux.

Le sujet, je l'ai dit, semble presque dicté par la technique tellement il la sait assen-ir. Il en est tellement vainqueur qu'il semble ici et là avoir été élu pour elle. Et cependant il y a une naïveté de l'audace, comme il v en a une de l'inexpérience. Il est difficile au reste d'imaginer splendeur plus grande que cet arbre, lui-même floridé, tout rouge et rose dans le carmin, sorte d'aubépin du Japon comme gonflé de ses fleurs pétries les unes aux autres. Et c'est le contraste dans un moite enfloconnement blanc des quelques graines de corail d'un sorbier sous la neige. Et voici des figures féminines épanouies ou rêveuses dans les touffes de rhododendrons : et cette autre énigmatique, de face, dans le deuil de ses cheveux défaits, sur un ton violet d'une auguste gravité. Il y a une maison fantastique, dans une île endormie en pleine lumière, vue à travers les branches d'un gros arbre penché, et cela ressemble à un rêve de pointilliste obsédé jusqu'en son sommeil par la danse des confetti. Et tout soudain voici les gros traits, les labourages de morsures de la légende des Sept corbeaux. Il y a un château sur les

rochers, qui domine le coude d'un fleuve et découpe sa silhouette volontaire sur un compact nuage blanc ; cela a les traits de velours des grands bois décoratifs de M. Peter Behrens ; et il y a le glissement silencieux des cygnes à la surface d'un étang assoupi dans les ténèbres. Il y a le gnome décrochant au ciel des étoiles, et il y a la pièce crépusculaire belle entre toutes, où un berger sombre et ses moutons passent à travers les branches pendantes et fleuries d'un

lourd marronnier. Depuis longtemps la Galerie moderne de Prague n'avait fait une acquisition de cette importance. .\ M. Vojtech Preissig « obscurément célèbre », comme disait jadis le pauvre Ary Renan de Gustave Moreau. succède aujourd'hui M. Preissig, premier aquafortiste-décorateur tchèque et aussi l'un des premiers de notre temps.

William Rittkr.

ITALIE

f TXE toile de 105 centimètres de haut sur 80 de large, ^^ découverte chez un brocanteur, comme il arrive toujours dans des cas semblables, semble contenir un aspect de beauté fixé par un des plus profonds et des plus suggestifs maîtres de l'école vénitienne : Giorgione.

Cette toile fut acquise par un Suédois, M. Viking Eggeling, qui, dans l'art vénitien de l'antique anonyme, sut peu à peu retrouver les traces d'un génie, et put peu à peu dégager entièrement la superbe composition. Sans la profaner avec des restaurations banales, et en tout cas dangereuses, le propriétaire de l'antique a pu mettre en lumière cette science énorme des nuances, cette âpreté des clartés en contraste avec la plus étrange profondeur des ombres, qui sont les caractéristiques les plus sûres de Giorgione, ou des quelques élèves que sa farouche sensibilité sut marquer de son signe. Car Giorgione ne fut pas seulement un des plus grands peintres de l'âge d'Or de l'Occident, il fut surtout un des esprits les plus singuliers de tous les temps, des plus vibrants, des plus complexes, ït dont le génie tremble aux dernières limites du rêve qu'un homme peut encore réaliser en œuvres de beauté, et au delà desquelles la sensibilité s'abîme dans la folie. Comme tous les grands sensitifs, Giorgione fut obsédépar une réalisation où les arts fusionnent, où le parallélisme des genres d'art, des modes de manifestation esthétique les plus divers, est serré dans un seul nœud d'émotions, vibre dans l'unité d'une seule vision. Semblable à l'art de Léonard, son art fut volontairement musical. Mais il fut en même temps sculptural, car Giorgione, avant Rembrandt, et avec une conscience d'art plus ample et plus lyrique, chercha dans le jeu des ombres et des lumières cette véhémente précision du marbre qui, avec une irrésistible brutalité, s'impose à notre émotion, met en un formidable relief les saillies, et abîme dans l'atmosphère esthétique de l'œuvre les plans secondaires, répétant le jeu puissant de la lumière sur les statues.

Par la volonté musicale de son art, Giorgione fut porté à la recherche des modes de réalisation les plus subtils, et il atteignit cette inimitable science des nuances qui donne tant de suggestion et qui enveloppe dans une atmosphère de beauté à la fois angoissée et jo)-euse ses merveilleuses toiles. La science des nuances picturales de Giorgione provient d'un besoin subtil de musique, qui évidemment enfiévrait son esprit, et que la vague musique de son temps, trop légère, à l'italienne, ou trop compliquée, à la flamande, ne pouvait satisfaire. Les exégètes de Giorgione ont toujours oublié d'expliquer sa science technique par les révélations de son mysticisme musical. Cependant le secret indéfinissable de son art est là. Et tout entier nous le retrouvons dans cette œuvre admirable, que, comme toujours, les esthéticiens doivent apprécier avant que le pédantisme technicien s'acharne sur les détails.

Le sujet biblique qu'elle représente, une Décapitation de Saint Jean- Baptiste, est banal. La vision du grand fait antique n'y est pas très remarquable, en elle-même. Mais,

sublime est la puissance de l'ombre d'où apparaît la poitrine riche et la figure de Salomé ; l'épaule merveilleuse et la face, calme et pourtant farouche, de l'homme; la tête du prophète-holocauste, et enfin la main féminine, pleine et belle, qui soutient le plateau sanglant, aux contours lumineux dans lesquels les doigts sensuels et troublants semblent se prolonger. Cette toile, si elle n'est pas de Giorgione lui-même, est incontestablement d'un grand peintre qui fut profondément fasciné par le maître. Elle n'a pas la clarté plastique de Bellini, elle n'a pas l'éclat voluptueux du Titien. Elle est grandiose dans la simplicité de la composition, et dans l'harmonie très significative des plans lumineux. Sur l'immobilité pensive et sereinement cruelle des figures, plane le grand mystère de la mort du prophète.

Mémento des hommes, des choses

ET DES PUBLICATIONS d'.\RT

— Le deuxième Salon quadriennal de Turin a été renvoyé à l'année prochaine. Le Salon de \ enise de cette année est la cause de ce renvoi.

— Le 66^ Salon de la Société Promotrice des Beaux- Arts, à Turin, aura lieu à partir du jeudi 2 mai, et durera un mois.

— Le ministère de l'Instruction publique a envoyé à la presse une circulaire par laquelle il invite les artistes italiens à participer par leurs envois aux deux Expositions internationales, de Barcelone et de Dublin.

— Un concours pour un monument national à Pétrarque ayant déjà donné des résultats tout à fait négatifs, un journaliste propose que la presse italienne indique elle-même par un référendum les noms des sculpteurs que le comité organisateur pourrait discuter avec quelques chances de réussite. On a remarqué que ni Bistolfi ni Trentacoste n'ont participé aux deux concours qui n'ont pas abouti. Jlais on commence à désespérer de trouver en Italie un artiste digne de glorifier par son ciseau le grand poète.

— Quelques polémiques ont été engagées à la Chambre des députés, et dans la presse, au sujet du Palais Farnèse, siège de l'ambassade de France à Rome. On fait des vœux afin que le gouvernement, qui peut dépenser 30 millions pour la construction du nouveau Palais de Justice de Rome, un des Palais les plus laids du monde entier, se décide enfin à en dépenser 2 ou 3 pour l'achat d'un des plus beaux Palais qui existent.

— Au Palais Corsini, à Rome, a été inauguré une Exposition des estampes, où figurent [des dessins et gravures du xve et du xvi« siècle.

On y remarque avec joie des estampes de Jacopo de Barbari, La chasse à l'ours de l'Anonyme florentin, dont un e.xemplaire existe au Bristish Muséum, des estampes de Robida, et des dessins de Lippi, de Paolo Uccello, du Titien, de Luca Signorelli, de Caracci, de Pollajuolo, de^Pietro di

Cosimo. en plus d'un dessin étrange de Léonard, qui représente une draperie sur un papier rouge, et d'une sépiade Tintoretto. On a exposé aussi une série de vues de l'ancienne Rome, de du Pérac, de ilartin von Haamserck, etc.

— Le musée San Martine, à Naples, vient d'acheter liuit statues du moj'en âge, en même temps qu'une mosaïque chrétienne, par cela même très rare, qui se trouvaient dans la ville de Téano.

Ces statues, qui remontent à la fin du xiii'' siècle et au commencement du xir'. firent partie de quelque monument funéraire, ou de quelque église inconnue. Deux des statues représentent la Charité, et l'invention des artistes anonymes s'y révèle des plus bizarres. L'une des deux statues n'a qu'un sein, auquel pendent deux enfants, l'autre serre dans ses mains deux serpents, stylisés élégamment et symétriquement autour des bras.

— L'Hôtel de ville de Xaples a acheté une quinzaine d'œuvres, exposées dernièrement au ^3"" Salon de la Société promotrice des Beaux-Arts.

— Jt. Domenico Gnoli donne des renseignements curieux et intéressants, tirés de Vasari. sur une plaque rectangulaire qu'on peut observer sur un coin du Palais du Sénat, sur la place de Saint-Louis-des-Français. à Rome. Cette plaque, jusiju'ici assez énigniatique. semble être due au

ciseau d'un artiste français, inconnu, que Vasari nomme simplement maître Jean. M. Domenico Gnoli croit en expliquer les dessins allégoriques avec la description même que Vasari fait des travaux de ce maître Jean pour un temple rond, qui n'est autre que l'église, refaite par la suite, de Saint-Louis-des-Français.

— La Hollande a annoncé qu'elle participera à la prochaine Exposition de Venise, par l'envoi d'une collection d'aquarelles de quelques-uns de ses artistes, morts depuis peu, ou encore vivants, parmi lesquels il y aura Israëls. llesdag. Breitner, Maris, Neuhuys. L'Allemagne aussi, aura à Venise une section particulière, où seront disposés les envois des villes de iMunich, Berlin, Dresde, etc.

— Dans les environs de Pérouse, dans une petite église abandonnée, on a découvert des fresques d'une réelle importance, qui demeurent ensevelies sous la chaux des restaurateurs sacrilèges. Si on faisait une statistique des découvertes de cette nature qu'on fait quotidiennement en Italie, on apprendrait que probablement les deux tiers de la peinture à fresques que l'Italie chrétienne, surtout du moyen âge, a laissés, meurent irrémissiblement dans l'inconnu profanateur de la chaux qui recouvre encore la plus grande partie de ses églises, dans les grandes villes aussi bien que dans les campagnes.

RtCCIOTTO Canteo.

NORVEGE

"W 'EXPOSITION des œuvres principales de Mme Ilarriett Backerdansleslocauxdc l'Association artistique a été un véritable événement artistique à Christiania. Sansdoute personne n'ignorait les mérites de cette excellente artiste, mais son succès auprès des collectionneurs a toujours dispersé ses œuvres, au lendemain même de leur achèvement. Cette fois-ci Mme Backer, avec une sincérité digne d'éloges, a exposé des oeuvres datant de toutes les épotjues de sa carrière, depuis les copies de Rembrandt qui ont déterminé jadis sa direction, jusqu'aux pa^-sages nuancés d'impressionisme qu'on a tant remarqués aux derniers Salons norvégiensd'automne; ona pu ainsi suivre l'évolution rationnelle et puissante de son beau talent: Mme Backer est à la fois portraitiste, paysagiste et peintre d'intérieur. Jusqu'à ces dernières années, il était reconnu que l'art de Mme Backer excellait surtout dans les jeux de lumière des scènes d'intérieur (vieilles maisons, églises paysannes), il y a en effet chez cette remarquable artiste un sens inné de l'harmonie des couleurs qui se complaît à rendre les insensibles variations lumineuses qui relient un angle obscur à l'irradiement de la fenêtre : un rayon de soleil sur un vieux banc poli, des reflets mats sur un mur, la flamme qui s'allume au flanc d'un chaudron, les notes de clarté dont vibre un clavier tle verres, voilà des notations où se complaît et excelle cette remarquable coloriste. Cependant, les dernières oeuvres de Mme Baxker ont révélé en elle un sens profond du paysage.

Profondément influencée par la vision synthétique et libre des jeunes, l'artiste norvégienne se complaît aux grands espaces, aux masses forestières, aux étangs qui dorment, miroirs d'argent sous la lune. Ici encore, elle s'affirme surtout coloriste, et peut-être ce nouveau champ d'expression convient-il mieux encore à son talent si intensément évocrteur.

Du reste, il est peu d'artistes norvégiens qui aient pu résister à la fascination souveraine de la nature Scandinave, si intense et si variée, aux diverses latitudes et aux diverses .saisons : Et ceci nous explique que la grande majorité des peintres norvégiens s'adonne exclusivement au paysage et Lju'il n'y ait pas un seul artiste Scandinave, même spé-

cialisé dans d'<autres voies, qui n'ait été parfois un interprète personnel et ingénieux de cette prodigieuse nature.

La Norvège qui s'était tout entière intéressée à la préparation d'une expo.siticm de son art populaire en Danemark, triomphe en ce moment du grand succès de cette Exposition : Le Directeur du Musée d'art industriel de Copenhague, M. Hannover, était venu lui-même choisir dans les différents musées norvégiens les pièces qui lui paraissaient les plus aptes à représenter cet art populaire si caractéristique, et les musées d'art industriel de Christiania, Trondhjem et Bergen, les musées populaires de Bygdœ et de Lillehammer. ainsi que les ccllections particulières s'étaient entr'ouverls pour cette oeuvre de propagande artistique. L'E.xposition de Copenhague contient deux sections : la première est consacrée à l'art populaire ancien, peinture et sculpture sur bois, tissage, orfèvrerie; la seconde est consacrée aux œuvres des principaux maîtres de l'art décoratif norvégien moderne. Gerhard Munthe, Erik Werenskiold et Wold Tliorne : C'est qu'en effet ces artistes ont échafaudé leur art si personnel pourtant sur la base de l'art populaire et le but qu'il ont surtout poursuivi c'est de ramifier l'art populaire longtemps délaissé, en lui faisant reprendre le cours normal de son évolution.

Une partie des collections exposées à Copenhague avait servi en Allemagne à un « circuit artistique » organisé par le D'' Denecken, directeur du Musée de l'Empereur Guillaume à Crefeld. Les expositions-conférences du D'' Denecken ont d'ailleurs remporté un très grand succès à Berlin. Crefeld. Leipzig. Halle, etc.. Il est regrettable qu'on n'ait pas en France l'occasion d'organiser de semblables expositions d'art décoratif ; ce sont de précieuses occasions pour les artistes et les spécialistes soucieux de connaître et de comparer les différents styles. Il est à souhaiter aussi que l'on s'attache à connaître cet art décoratif norvégien si instructif par la fantaisie de la forme, et le sens aigu de la couleur, si original surtout puisque c'est le seul, dans toute l'Europe, qui se soit développé et ait évolué à l'écart de toute influence étrangère, conformément aux seules lois de

son rvthme intérieur.

Magxus Sïxxestvedt.

.WII

ORIENT

/^oxsiAXiixopiE. — Musée Impérial Ottoman. — ^^ Le transfert des Antiques et des objets d'art qui doivent prendre place dans le nouveau pavillon-annexe du musée ottoman s'effectue activement sous les ordres de S. E. Hamdi Bey, directeur général des Musées de l'Empire, et la surveillance du savant archéologue M. Hilpérich, chargé par !e gouvernement impérial de la classification des sculptures grecques, romaines, byzantines et franques auxquelles le nouveau Pavillon est affecté.

Construit dans le style sévère et sobre mais élégant du Il Grand musée Turc », qui renferme les merveilleux sarcophages découverts à Sidon, ce nouveau pavillon a coûté exactement la somme de L. T. \y Soc soit environ 410000 fr. (le terrain non compris). — Le ministère de l'Instruction publique avait, primitivcnient. accordé, pour cette éditîcation, un crédit de L. T. 14 500. mais la somme, ayant été, au cours des travaux, reconnue insuffisante, un nouveau crédit de L. T. 3 300 avait été accordé, en septembre dernier.

Ces dépenses et les frais quotidiens exigés pour l'entretien des trois Palais du Musée Impérial, et non prévus par aucun budget, puisqu'il n'existe encore en Turquie, ni un soussecrétariat d'Etat, ni un ministère des Beaux-Arts, ont suggéré à la direction du Musée l'élaboration de deux règlements que le conseil des ministres, après quelques légères modifications en vue d'assurer davantage les progrès des arts en Turquie, a soumis à la sanction de S. M. le Sultan. Les Iradés Impériaux ordonnant la mise en application de ces projets ont été promulgués et conimuniqués par le Grand Vizir, S. A. Férid Pacha, au ministère de l'Instruction publique qui en a référé à qui de droit à Constantinople et dans toutes les villes de l'Empire.

Le premier de ces règlements, qui a déjà donné d'excellents résultats, garantit l'intégrité artistique du ilusée Ottoman. II porte, entièrement, sur le commerce illicite et les transactions clandestines qui se faisaient entre particuliers pour des antiquités découvertes en Turquie. .A travers chaque ligne de sa rédaction semble percer et pleurer le regret d'avoir perdu à jamais la merveilleuse Vénus de Milo.

Voici, d'après les journaux officiels turcs, les priricipau.K articles de ce règlement qui trahit l'amour ardent et patriotique que son promoteur. S. E. Hamdi Bey, a de tout temps, voué à l'Art.

Article premier. — Afin d'empêcher, à l'avenir, toute exportation à l'étranger d'objets d'art de grande valeur, au détriment du musée impérial, aucun objet antique, quel qu'il soit, sculpture, bronze, terre cuite, monnaie, faïence, bijou, etc., ne pourra être désormais mis en vente par des particuliers sans avoir été d'abord proposé à la direction du musée impérial. Si le musée ne possède pas déjà un exemplaire de cet objet, il est tenu de l'acheter au juste prix.

Art. 2. — Toutes les personnes et toutes les familles de la capitale qui ont l'intention de se défaire des antiquités qu'elles possèdent devront, avant de les vendre, s'adresser au Musée Ottoman.

.Vrt. 3. — Les personnes et les familles habitant la province devront s'adresser aux directeurs respectifs de l'instruction publique de leur ville ou de leur Vilavet.

Akt. 4. — Tous ceux qui vendront ou chercheront à vendre, clandestinement, des objets d'art et antiquités, feront passibles des pénalités prévues par le Code concernant le commerce des objets prohibés.

Art. 5. — Tout objet antique qui passera par les douanes pour être expédié à l'étranger sera, désormais, saisi par les autorités douanières qui devront en aviser, immédiate-

ment, la direction du Musée, si la saisie a lieu à Stamboul, ou les Directeurs respectifs de l'Instruction publique, si la saisie a lieu en province.

Art. 6. — Une commission spéciale, dite d'archéologie, présidée par le directeur du Musée, sera chargée d'e.xaminer tous les objets antiques qui seront présentés au Mu.sée.

.\rt. 7. — Le Gouvernement impérial .se réservant le droit exclusif des fouilles sur toute l'étendue du territoire turc, aucune fouille archéologique ne pourra être entreprise dans n'importe quel point de l'Empire, sans une autorisation spéciale du Gouvernement qui ne la délivrera que sur un rapport du Musée Impérial.

Art. s. — Toutes les personnes qui, munies de cette autorisation, entreprendront des fouilles, doivent après les travaux, faire combler à leurs frais, les fosses ouvertes. Si ces fouilles ont lieu dans des champs arables ou des terres cultivées, les entrepreneurs doivent, en plus, indemniser les propriétaires de ces terres et champs, pour toute la durée de suspension des travaux agricoles.

Art. 9. — Toutes les antiquités découvertes .sans autorisation seiont confisquées.

Art. 10. — Personne, à l'avenir, ne pourra, sous quelque prétexte que ce soit, toucher aux monuments, colonnes, édifices, turbés, fontaines, etc.. disséminés dans tout l'Empire et dont la valeur historique ou artistique aura été reconnue par la commission d'archéologie. Tous ceux qui dégraderont ou détruiront ces monuments encourront les peines les plus sévères.

.\rt. II. — Le Conseil d'Etat étudiera quelles mesures devront être prises par les autorités municipales de l'Empire, afin d'assurer la conservation en bon état, et la restauration, s'il y a lieu, des monuments historiques.

Ce document, dont l'importance ne saurait échapper à personne, marque une date dans les Annales de la Turquie artistique. Certes, depuis que le musée existe, le gouvernement turc a toujours tenté d'empêcher l'exportation des œuvres d'art. Il suffit de rappeler la fameuse et fâcheuse aventure arrivée à Maxime Du Camp, lors de .son deuxième voyage en Orient. Sur le point de s'embarquer pour Marseille, en compagnie d'une très belle statue, achetée en .Anatolie et payée deniers comptants, le futur académicien se vit délesté de sa précieuse compagne. Il eut beau retarder son départ, réclamer, faire des pieds et des mains, il ne put jamais rentrer en possession de son marbre. Je l'ai maintes fois, admiré, ce marbre, lequel, .grâce au nom qui lui est resté, la statue de Maxime Du Camp, a souvent, dans un pays peu au courant de toutes nos gloires académiques, prêté à l'équivoque sur l'origine du sculpteur.

Il suffit aussi de rappeler les très spirituelles saisies opérées, en 1S9;, à Sour, à Caifa et à Beyrouth, par les autorités prévenues, alors que plusieurs caisses d'antiquités exportées, clandestinement, à l'étranger, se trompèrent de destination et prirent le chemin du Musée Ottoman au lieu de celui des Musées d'Europe auxquels on les destinait. On juge de la stupéfaction et de la fureur des trafiquants qui voyageaient avec les précieux colis.

Ces saisies, toutefois, faites en toute justice mais ne s'appuyant sur aucune loi, donnaient lieu à des protestations soutenues parfois par les Consulats. Aujourd'hui, non seulement la loi défendant ce trafic est promulguée, mais les précautions méticuleuses prises pour l'empêcher témoignent de la conscience que les Turcs ont. présentement, de la valeur des œuvres d'art ; elles témoignent, surtout, du réveil en Beauté d'un peuple dont je me flatte d'avoir été. le premier, en France, à signaler ici-même, dans les colonnes de cette revue, la renaissance artisvique.

.\doi,phe TH.*t.\SSO

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