‹ L'Art et les artistes (volume 5)Chapitre 3 sur 186 · G. COURBET - MARINE · texte numérisé non relu

G. COURBET - MARINE

l'émotion du souvenir. Au surplus, on trouvera le vrai Courbet dans la biographie publiée chez l'éditeur Floury : Gustave Courbet, par Georges Riat, tiès bon livre, simple, exact de récit, excellent, d'analyse, qui fait regretter davantage la disparition de l'auteur, frappé avant la publication de cette belle étude, qui représente le travail des dernières années de sa vie.

La vérité, c'est que Courbet fut un magnifique instinctif, et que le caractère rusé que l'on voulut démêler en lui ne se trouva pas de taille à lutter contre les difficultés et les vilenies sociales qu'il trouva sur sa route. Il mourut vaincu, cela est certain, abîmé par la calomnie, écrasé par la dette, frappé dans sa vie et dans son art, mais on espère pour lui que la fameuse vanité de sa jeunesse et de son apostolat, où il entrait vraiment une bonne humeur plaisante, a été remplacée, lorsque l'artiste vit s'approcher les ombres de la mort, par un orgueil légitime, par la conscience d'avoir inscrit le meilleur de soi-même au livre de l'avenir.

La personnalité de Courbet, dégagée de tous les racontars, de toutes les polémiques, est puissante et

fine. Elle n'est pas puissante et fine à la manière d'un Léonard de Vincioude Rembrandt, cela vasans dire, mais à la manière de Courbet. Celui-ci doit à ses devanciers, et l'on trouverait chez lui des traits de famille qui le rattacheraient aux Vénitiens et aux Espagnols, aux Flamands et aux Hollandais, et en France aux Lenain. Mais son individu est français, et français du xix^ siècle. C'est un paysan bourgeois issu de la société de la Révolution, et il a tout naturellement fait figurer ses ancêtres dans Y Enterrement à Ornans. De même il a délicieusement représenté la grâce et le charme de la vie provinciale telle qu'il la connaissait dans les Demoiselles de village, dans V Après-midi à Ornans, dans tel portrait de dormeuse ou de femme au chapeau fleuri. A Paris, il voit les aspects de la vie sociale littéraire et artistique, avec les yenx particuliers d'un franc-comtois devenu chef d'école dans la capitale : l'Atelier, si splendide, est renseignant à cet égard, et aussi les portraits de Proudhon, de \'allès, les évocations violentes des Casseurs de pierres, du Mendiant. Et il y a toujours, chez lui, un paysan robuste et délicat qui frissonne d'aise et d'émotion

G. COURBET

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