ART GOTHIQUE (XIII° SIÈCLE) — BAS-KELIEF PROVENANT DE L ANCIEN JUBE
(Cathédrale de Chartres)
"No il
<r\ ES Ictes de Noël et les idées qu'évoquent les ii<3 légendaires mises en scène de la Nativité sont une des plus charmantes conventions sur lesquelles s'accordent les hommes pour se reposer un instant et sourire.
Jlème sous sa forme inconsciente et brutale de réveillons et de ripailles, la joie, vaguement émue, qui s'empare d'eux pendant ces quelques heures, a quelque chose de fort et de singulier. Le grondement somptueux des orgues; les voix qui montent vers les voûtes ; les parfums de l'encens agissant sur les facultés Imaginatives de nos sens, et les fumets escomptés des boudins grillés et des puddings stimulant notre appétit ; les souvenirs d'enfance ; les lanternes des bonnes femmes scintillant dans les neigeuses nuits ; Paris lâché en une formidable orgie de lumières, de cris, et de tant d'autres choses; tout cela forme un ensemble d'excitantes influences, qui nous prédispose à l'allégresse et à l'attendrissement. Mais tout cela aussi se trouve dominé par une idée extrêmement large et grave, que les prêches ne
firent jamais suffisamment ressortir, que les incrédules n'ont point songé à dégager, et qui est la cause secrète des festivités, des dispositions bienveillantes pour un moment, et des retours sur soimême.
Cette idée, c'est celle de la continuation de l'es- ])èce dans ses qualités les plus choisies. Xoël symbolise la venue à la lumière de l'enfant prédestiné, de l'homme d'avenir par excellence. L'histoire proprement dite de son origine est d'autant plus belle qu'elle est imprécise. Elle laisse le rôle le plus considérable à la mère. Le père, pour ainsi dire, elle le néglige. On ne sait pas trop s'il n'a pas joué simplement le rôle de spectateur. L'esprit, dans ce qu'il a de plus fécondant, collabore avec la femme intégrale. De la foule la plus obscure sort cette merveille : l'enfant-promesse, l'enfant-énigme, l'enfant-mystère. Et l'événement est si grave, quoique rien encore n'en indique la gravité, que dans toutes les classes de la société on s'en trouve préoccupé : les bergers se rencontrent avec les rois dans la pauvTe
étable. Les animaux eux-mêmes se réjouissent en leur langage de ce frère supérieur qui leur arrive. Quelque chose recommence, et l'humanité qui a toujours peur de finir se rassure. Formidable dans son principe, l'aventure est charmante dans ses détails. Cela est forcé, car si toute destruction est monotone, toute création infiniment variée.
Voilà pourquoi une irrésistible joie s'em^pare de la foule en présence de ce symbole, car elle sent que cette fête-là est entre toutes la sienne. Voilà pourquoi aussi les artistes, qui sont les enfants privilégiés de la vaste mère Humanité, Gigogne sublime, ont traité ce sujet avec une tendresse, une gaîté, une diversité et une richesse qui ne sont pas aux autres pareilles.
Telle sera la seule exégèse, pas très orthodoxe, mais cr oyons -nous profondément humaine, que nous tenterons de ce petit musée de Noël que présente aujourd'hui la revue l'Art cl les Artisles. Content de n'avoir pas à faire acte d'érudition ni d'esthétique, — car heureusement le sujet n'en comporte guère, — mais d'être seulement l'explicateur de la crèche, le montreur de figures, non de cire, mais ici d'azur, de pourpre et d'or. Hélas ! que ne pouvons-nous avoir l'éloquence naïve du vieux paysan qui, jadis, dans notre enfance, commentait les grossières et charmantes mises en scène de la crèche exhibée dans une obscure boutique transformée en chapelle ! C'était quelque antique savetier, amateur de pieux théâtre, en qui, peut-être par atavisme, revivait l'âme des interprètes des Mystères et dans la conviction duquel tremblotait, comme une petite lampe fumeuse, tout ce qui pouvait subsister de la flamme qui anima les grands acteurs du moyen âge. Parfois aussi 1' « explicateur » était une douce bonne femme, en bonnet blanc, avec une figure pâle, souriante, de nonne manquée, une voix chevrotante, lointaine, ayant le son d'un très vieil harmonica. De toute façon, rien