GIOTTO — LA N.MSSANXE DE JÉSUS-CHRIST
n'était cajitivant dans sa simplicité, comme ces récits chantés, avec des assonnances pour rimes, et des airs tantôt allègres, tantôt recueillis, suivant les épisodes, mais toujours antiques et pénétrants... Hélas ! hélas ! que n'avons-nous les accents, et la profonde conviction de cette montreuse de crèche ou de cet impressario pénétré une fois par an de son importance, et qui, peut-être, existe toujours dans des provinces pas trop envahies par le caféconcert et que les oreilles enfantines écoutent avidement encore, lorsqu'il chante le plaisir de la Vierge, le cortège des Mages, et les humbles présents des rustres joyeux.
Pierrot lui porte du gâteau Robin du beurre
et du fiomage.
Et le Gros Jean un
petit veau (bis)
Hommages en nature à tout prendre aussi appréciableSjSinon, peut-être, que l'or, du moins que l'encens et la myrrhe.
C'est à cause de la simplicité et du caractère vrai de la délicieuse légende que ceux qui l'ont le ] mieux racontée sont ceux qui y ont apporté le plus de candeur. Les Primitifs, pour cela, s'y distinguent entre ftous, et, parmi les Primitifs, ceux qui avaient la vision la moins compliquée et l'âme la plus ingénue. Nous en voyons la preuve dès que nous feuilletons les images rassemblées ici. Peut-être n'en verronsnous pas qui nous prenne plus fortement et nous cause plus d'émotion que la fresque de Giotto à l'Arena de Padoue. A-t-on jamais surpassé l'éloquence de ce regard si intense et si doux avec lequel la Vierge encore couchée, couve son nouveauné, tandis que les anges, au-dessus du toit de 1 étable, volent en joie, comme de beaux oiseaux blancs éperdus ?
De même, il n'est rien de plus tendrement dramatique que cette adoration, par Fra Angelico, au couvent de Saint-Marc. L'humilité a ici quelque chose de recueilli, de solennel qui atteint au grandiose dans l'extrême simplicité. L'ascétisme le plus
pur règne dans les lignes, dans les expressions, dans les moindres détails. L'âne et le bœuf, qui échangent des coups d'œil pleins de componction sont de pieux animaux, et bien dignes d'avoir été choisis pour leur office.
Toutefois déjà l'on remarque dans cette compo-
du petit Jésus. Singulière défaillance ! Mais défaillance unanime. Quelle raison ? Les artistes ont-ils désespéré d'exprimer le caractère exceptionnel de ce nourrisson en le décrivant réel, et se sont-ils réfugiés simplement dans un à-peu-près, dans un schéma d'enfant, sorte de signe conventionnel ? Leur
Musé''. Coniié, àChantilltj-
JEH.W' FOUOUET — l'.ador-atiox des juges
sition comme dans la précédente une étrange particularité commune à presque toutes les Nativités des plus grands Primitifs : la fête est si grande et si belle que celui en l'honneur de qui elle est donnée finit par passer inaperçu. Dans les plus ravissantes, les plus nobles ou les plus saisissantes de ces peintures, il faut avoir la franchise de le reconnaître, il n'y a jamais qu'un personnage raté : celui même
trop de désir d'échapper à la difficulté de la tâche les a-t-il paralysés ? La force des choses a-t-elle fait, suivant les idées que nous expliquions au début, que le s\Tnbole. pour grand qu'il soit, disparaisse devant l'importance de ses effets, et que l'on néglige celui qui met ainsi en mouvement la teiTe et l'humanité pour ne s'occuper que de celles-ci ? Il y a sans doute un peu de toutes ces raisons, mais il n'3^