L ATELIER
La
leu
de formes et de vakurs. Il estimait sans doute que le reste viendrait par surcroit, ou plutôt il ne pensait pas au reste. Il peignait, et voilà tout. Mais comme il a bien peint les tigures et les payf âges !
Edmond About, qui consent à admiier ses paysages, déclare qu'il n'est « pas de force à peindre un portrait ni à modeler un torse.» Ingres, qui aurait dû mieux juger, l'évite, chez Haro, devant une l't'nits, « pour n'avoii pas à dire son sentiment jusqu'au bout".
Mais l'élève d'Ingres, HippolyteFlandrin trouve dans les figures de Corot « quelque chose que les spécialistes n'ont jamais mis dans les leurs ».
On a quelque peine à retrouver et à réunir des opinions sur les figures de Corot. M. Moreau- Nélaton.quis'y est attache, n'a guère constaté avec l'hostilité, que l'indifférence.
Du moins, il a donné, de la manière et de la poétique de Corot peintre de figures, la
plus heureuse analyse : « Les Italiennes de la rue Mouffetard alternaient dans la pcse avec les coureuses d'ateliers de Montmartre. Beautés banales, charmes cent fois vulgarisés déjà, mais qui suffisaient à allumer l'étincelle du génie... Ces créatures étaient faites par l'artiste à son image : douces, tendres et rêveuses, occupées de fleurs et de musique. »
Et voici un détail intéressant sur le travail de Corot : « Son modèle pouvait bouger; il ne
le gourmandait jioint. Les habituées de l'atelier en prenaient à leur aise; telle la petite Daubigny, de\enue familière à la longue, qui babillait, chan ait, riait, ne tenait pas en place. Un jour que quelqu'un critiquait devant lui ce sans-gêne : « Mais, c'est justement cette mobilité que j'aime en elle, Mci, je ne suis pas de ces spécialistes qui font le morceau. Mon but, c'est
d' exprimer la vie. Il me faut un modèle qui remue. »
Le modèle, en effet, chez Corot, est animé, en dehors même de l'animation d'un mouveme n t , d'une action.
Regardez les figures qui sont assises, inoccupées, cette femme qui a jeté sur son épaule une couverture rayée de rose et de gris, et dont les chairs argentées se modèlent sur un fond de mur gris. Tout en elle est vivant, elle est véritablement « remuante », comme le voulait > Corot, si l'on entend par là que sa chair, son visage, ses paupières, sa bouche, ses mains expriment, par une infinité de nuances, le passage de la vie pendant la minute présente.
Regardez aussi la Femme en bleu de la précieuse collection de M, Henri Rouart. Est-ce qu'elle n'est pas surprise en pleine action vivante, en un mouvement et en une attitude d'un instant ? Avec cette minute passagère, Corot a fait une réalité définitive. Et il y a encore chez M. Henri Rouart un petit portrai t ovale, d'un aspect comme entrevu,'saisissant comme une apparition, et du sentiment le plus rare.