PORTR.MT DE L.-\ DUCHESSE DE PORTLAND
dont nous sommes secrètement résolus à ne point nous contenter dans nos propres créations, et nous disons : « C'était un autre âge. » Mais lorsqu'un contemporain comme ^L Sargent nous apparaît investi de cette évidence splendide, nous l'admirons plus que nous ne l'aimons. Il semble que sa santé compatisse mal à nos inquiétudes, et leur soit un démenti muet. Nous élevons alors des doutes ; nous prononçons méchamment le mot de virtuosité pour déprécier notre enthousiasme instinctif. Nous rêvons, derrière cette figure, à la figure qui eût pu être différente. Et puis enfin il faut bien nous rendre, parce c'est trop beau pour discuter.
Nous éprouvons en somme la même série d'impressions que devant une femme admirable qui passe.
Au lieu de la considérer en soi, nous en faisons un motif de rêve : nous nous ingénions à lui prêter mille e.xpressions souhaitées par notre caprice, nous la déformons. Mais elle reste superbement identique à elle-même, et son évidence, sa permanence paisible et dédaigneuse, déjouent toutes nos complications.
M. Sargent en est là, et l'on comprend qu'il reste indifférent à toute critique, comme on le dit, et poursuive son leuvre avec une sainte et courtois2 désinvolture d'esprit. Je ne sais s'il raisonne
sur son art. Je n'ai jamais entendu dire qu'il confiât aux curiosités de la critique une conception esthétique quelconque. Il a mieux à faire. Il a à regarder, et à mêler des tons sur une palette : et il a toute son esthétique au bout de son pinceau, et toutes les fois qu'il touche un pinceau il fait de l'esthétique.
C'est inconscient, c'est énervant, et c'est merveilleux, en vérité.
Chaque touche de notre Eugène Carrière était