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MOÏSE SAUVE DES EAUX

ans quand il atteint la citadelle de son rêve : Rome, reritm pulcherrima Roina.

Qu'y trouve-t-il ? La décadence du grand art. Que lui présente la Ville Eternelle ? Des ruines négligées ou violées impunément, une campagne morose, un art corrompu.

L'Italie de 1624 n'est plus l'Eden de Raphaël. En pleine décadence italienne, ce Français, ce Normand dépaysé mesure des antiques et regarde la nature ; il oublie le présent dans l'évocation réfléchie du passé.

Le mauvais goût d'un pays et d'un temps a beau lui proposer les concetti de toutes ses sirènes coalisées : ce prudent Ulysse est sourd à leurs voix. Admirable exemple d'une volonté très antique ! Ce penseur du grand siècle est maître de soi comme de l'univers, mais il ne le crie pas en héros de Corneille ; à Rome, il rappelle mieux Descartes, incognito dans la Hollande laborieuse ou dans son poêle en Allemagne. Ce peintre est un caractère ; et son caractère le sauvera. Solitaire, hors de France et lom de la cour, il possède la fière modestie des forts.

Le traditionnel voyage d'Italie, que l'humour de Callot n'a pas évité, que Lesueur ni Delacroix,

moins vigoureux, ne feront jamais, rend Poussin contemporain de la Renaissance. Alors l'école des Carrache. qui se donnait elle-même pour une rénovation, enseignait la gloire : mais son style n'est qu'un art de pratique, une recette d'Académie, une manière ambitieuse et crispée qui prendra bientôt le nom de Bernin. La décadence étreint Poussin : elle le précède, elle le suit, elle s'épand sur toute notre école emperruquée, de Simon Vouet à Le Brun, de Le Brun au siècle poudré des Coypel et des Van Loo ; et nos Parisiens les plus originaux du xviii^ siècle ne seront pas à l'abri de ses lieux communs.

Contre la force aveugle de l'habitude. Poussin n'a d'autres armes que l'étude et l'amour du \Tai, que la sincérité du génie : c'est par là qu'il devance les modernes ennemis de toute convention ; c'est par là qu'il est novateur et qu'il mérite de partager, avec Lesueur qu'on oublie trop, le nom de père de l'art français : « Ces deux grands maîtres ont. en un mot. consacré l'indépendance de l'artiste en face des traditions, en lui enseignant, avec le respect de ce qu'elles ont d'utile, le courage de préférer, avant tout, leur propre sentiment. »

Cette indépendance pondérée, par conséquent

toute française, et que Delacroix définissait justement au temps exalté du romantisme, n'a pas fait seulement de notre Poussin le plus Ipsj-chologue des peintres, mais, d'abord, le plus inattendu des paysagistes :

dans le domaine de la nature harmonisée par la pensée, autant que dans le royaume profond du cœur humain, Poussin demeure « un peintre unique », en vérité ! Ses grands paysages , sertis dans l'or discret de modestes cadres, unissent à l'immortelle , majesté de la forme l'indéfinissable enchantement de l'expression, cette chose toute moderne et française aussi, qui ne s'apprend point : LeT décor du Diogène ne vaut-il pas la philosophie du Testament iVEiidamidas ?

De grands ombrages sur de vieilles pierres ; au loin. soiLs des nuages légers, des horizons montagneux ; dans un pli de terrain, près d'une route sinueuse, des toits grecs et des fabriques italiennes, un v^illage héroïque, évoquant « l'idéale bonhomie » des anciens jours... Et c'est la simplicité ressuscitée de la vie antique : c'est Diogène qui jette son écuelle en voyant un jeune garçon boire dans le creux de sa main ; c'est Phocion qui se lave les pieds à la fontaine publique... Du Plutarque traduit par Amyot. \]n parfum d'Athènes cordiale et d'antiquité retrouvée. Une noblesse familière ; une cadence naturelle. Socrate dialoguerait avec ses amis sous ce grand platane ; un stoïcien songerait à l'ombre de ces portiques verdoyants. Epicure, ascète voluptueux, ne fuirait point cette Thébaïde ombragée... Diogène ou Phocion, le sage, — comme un dieu dans l'exU, n'a qu'une tunique et son haut bâton. De l'harmonieuse banlieue d'Athènes, nous voici en

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