‹ L'Art et les artistes (volume 5)Chapitre 64 sur 186 · X. POUSSIN — VÉNUS ET l'.\MOUR dessin · texte numérisé non relu

X. POUSSIN — VÉNUS ET l'.\MOUR dessin

plein âge mythique et transportés sur les cimes : Polyp/iènie y joue de sa flûte géante ; Hercule y tue Cacus, le brigand, dans sa montagne.

Echos d'une Grèce primitive , entrevue par un Virgile morose !

Nous revivons les temps lointains de la Fable et de la Bible, de la Genèse ou de l'Age d'or ; des sujets symbolisent clairement les quatre Saisons : voici le printemps in- £:(>^ x^,.:yj'-3-^" I génude VEden.

, .^:. ., - ,^ les blés murs de Booz, la grappe miraculeuse de la Terre promise, et le Déluge, éloquent hiver ! Un symbole intérieur anime pareillement la trilogie cornélienne que Poussin consacre à Phocion, son stoïque ancêtre.

Et le moindre dessin, quelques traits lavés de bistre exhalent un souffle de vie plus puissant encore que les grandes compositions longuement ordonnées...

Que nous suggèrent ces brefs croquis ou ces toiles ternes, dédaigneuses de l'éclat, noircies par les ans ? Un sentiment indicible, impossible à traduire, impossible à taire, et dont l'expression, longtemps différée, craint de faillir à sa tâche ; une émotion calme et grave comme une mélodie païenne, une vision sereine où l'eurythmie semble si pure qu'elle transmet l'illusion de la splendeur ! S\Tnpathie mystérieuse ? non pas ! mais surnaturelle, qui nous fortifie, qui nous élève, en nous parlant, sans vaine rhétorique, d'un paradis perdu de l'intelligence, d'une terre promise à la pensée ! Cette atmosphère est souveraine : on revient d'im paysage de Poussin, comme d'une sonate de Beethoven, avec ime âme de héros... Et qui nous donnera le secret, tout humain, de cette géométrie divine ? Delacroix

encore. Après avoir constaté que l'ouvrage vaut mieux que l'homme et que Corneille était peut-être assommant, il conclut : « Le Poussin est peut-être celui qui est le plus derrière son œuvre. » Et voilà pourquoi cette sérénité nous passionne ! Le créateur de ces grands paysages s'y dévoile invisible et présent. Cette nature est sa pensée. Ce rythme est l'accent qui n'appartient qu'à lui : gravité ])itto-

conçoit point la nature sans l'homme. Il travaille à r italienne ; et les Vénitiens ou les Bolonais l'ont devancé dans le chemin dangereux du paysage composé. Cependant, Poussin paysagiste est plus que jamais novateur : tel un héros discret de ses paysages, il médite librement à l'ombre studieuse; il suit toujours «son sentiment ». La campagne de Rome sera son atelier pendant quarante ans. Sa

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