HERCULE TERRASSANT LE CENTAURE
A travers les collections privées
La Galerie de Tableaux
du roi Charles I" de Roumanie
LA Roumanie est un des plus beaux royaumes du monde, richesse, lumière, éclat, air de bonheur partout répandus. Il semble que nulle mélancolie n'y saurait atteindre. Et pourtant parmi cet or aveuglant et cette atmosphère ambrée une âme du Nord connaîtra de poignantes nostalgies, nostalgie surtout des douces pénombres et des ciels voilés. J'ai l'impression que le Souverain même qui a accompli sur cette terre merveilleuse de si grandes choses n'y a pas échappé, tant dans ses Demeures j'ai été frappé d'une sorte d'insistance avec laquelle, la part faite aux devoirs de Majesté
et aux préoccupations du règne, il s'est réserv'é des recoins d'ombre au miUeu de boiseries austères et a fermé les fenêtres de ses appartements intimes de vitraux qui les isolent des aspects torrides de Bucarest. A Sinaia comme au Palais Royal il a eu besoin d'un décor Renaissance allemande qui lui donnât l'illusion des châteaux de son pays. Il y a appelé un vieillard de légende, le maître huchier de son auguste père; et le mobilier de Castel Pelesch a été voulu semblable à celui de Sigmaringen. Dans un pavs de tradition artistique toute orientale, où le catholicisme du Prince n'était pas admis officiel-
lement, en présence de ces monuments byzantins, hermétiques comme des coffrets, si serrés, si dogmatiques, durs et presque minéraux semble-t-il, si étrangers à nos âmes formées à l'ombre de la flamboyante floraison hardie et libre des châteaux et des cathédrales gothiques, il a dû éprouver un immense besoin de s'entourer de tout ce qui lui rappelait les émotions de sa jeunesse, et la culture occidentale en laquelle il a été élevé. Et les bibelots rares, et les tableaux précieux ont afflué dans ses Résidences. Dé-' sormais cette galerie, en poste avancé de l'art catholique d'autrefois vers l'Orient orthodoxe, prend une signification infiniment touchante : elle est la consolation et elle détient la confidence intime d'un Monarque qui ne s'est jamais permis une plainte; et elle est une leçon d'histoire de l'art occidental, parallélisée à la leçon d'art byzantin donnée par ces monuments du pays, au.xquels ce Prince a donné tant de ses soins et pas mal de son argent. Enfin elle est un bon exemple dans une capitale où chacun a des goûts de luxe, d'élégance et de confort artistique sans qu'on puisse à proprement parler citer une seule collection d'œuvres d'art anciennes. Ni même modernes ! On s'en rentl bien compte à l'Exposition Jubilaire où tout ce qui est art est populaire, peut-être même Grigoresco y compris. Aussi lorsque Sa Majesté chargea son bibliothécaire d'alors, M. Léo Bachelin d'établir le catalogue de sa collection, voulut-elle que ce catalogue devînt un traité d'art. Il ne s'agissait plus d'établir un vaniteu.x bilan ; j'ai ceci et j'ai cela mais de donner un enseignement : ceci signifie cela.
En 1S53, il se vendait à Londres cette Galerie Espagnole dont M. Bamberg acquérait la majeure partie. C'était, nous apprend M. Léo Bachelin, un homme de lettres distingué, bien connu par ses écrits d'histoire et d'art, qui avait fait des séjours prolongés en France et en Italie. Il avait également profité des ventes du maréchal Soult et du marquis de Las Marismas. C'est sa collection qui est devenue le noyau de la Galerie du Roi Charles. Et c'est donc l'Ecole espagnole qui y a le plus d'importance. Et dans l'Ecole espagnole un lot de Greco, artiste au temps de la vente de Londres assez peu prisé, aujourd'hui remis en honneur ainsi que l'a prouvé dernièrement notre revue. En ce qui me concerne je tiens les neuf Theotocopuli très peu connus, du roi de Roumanie, de même que ceux détenus par un collectionneur grec, je ne sais phis si c'est d'Athènes
CRAXACH