‹ L'Art et les artistes (volume 5)Chapitre 87 sur 186 · MOMMSEN · texte numérisé non relu

MOMMSEN

par la note artistique se manifestant sur chacune de ses pages.

Les Th.-Th. Heine, Bruno Paul, Gulbransson. etc., ont créé dans ce journal des pages d'une rare beauté, qui subsisteront certainement. Les amisdePhilippon ont imaginé des caractères typiques : M. Mayeux, le prédécesseur de M. Prudhomme, et le couple macabre de Macaire et Bertrand. Le Simplicissimus a été moins productif à cet égard ; nous nelui devons que la création du Sérénissimus et de son fameux aide de camp, le commandant Kindermann. Peutêtre notre époque aime-t-elle moins une satire tellement stylisée, peut-être préférons-nous une satire

les pages de Daumier. Il ne faut jias oublier que ces républicains du temps de Louis-Philippe ont vu couler le sang de leurs amis sur les pavés de la rue Transnonain et qu'ils ont vu massacrer des vieillards et des femmes dans la pénombre de modestes entresols. Ces souvenirs expliquent la rage avec laquelle les républicains poursuivent le roi-bourgeois qu'ils ont éternisé sous le symbole de la poire. Rien de cela en Allemagne. Si les procès intentés par les procureurs contre Philippon et ses amis étaient des drames passionnés, les démêlés du Simplicissimus avec la justice étaient plutôt des comédies amusantes, d'autant plus amusantes que

les emprisonnés du Kœnigstein revenaient de la lorteresse saxonne avec une verve doublée. Outre ces villégiatures au grand air, sur les rochers du Kœnigstein, les gouvernements allemands se sont empressés d'offrir une réclame énorme et gratuite au Simplicissimus par des saisies, persécutions et interdictions continuelles.

Il y a donc bien loin de la polémique envenimée du Charivari aux railleries du ,S//)/plicissimiis qui ne se lasse pas de ridiculiser les défauts de l'Allemand qui a tendance à prendre les choses de ce monde trop au sérieux, surtout quand il s'agit de l'opinion de ses supérieurs.

Au point de vue de l'ait, l'apparition du Simplicissimiis était une révélation. Jusqu'à présent, la caricature allemande, du Kladderadatsch ou des Fliegende Blalicr, était réaliste ; les artistes tâchaient de reproduire d'une façon comique ou exagérée ce qu'ils voyaient dans la vie. Les hommes du Simplicissimiis se sont posé en outre d'autres problèmes. Comme les Toulouse-Lautrec, Vallotton, Cappiello et Jossot en France, ils ont subi une profonde influence de l'Art Japonais. Ils renoncent à produire l'illusion des trois dimensions dans leurs ceuvres. Comme chez les estampes japonaises. Je charme de leurs dessins consiste

dans le rythme des lignes, dans l'haimonie des taches noires et blanches ou des couleurs simplement et agréablement accordées. Partout recherche de l'effet décoratif.

Presque tous les artistes du Simplicissimiis ont lait d'excellentes affiches où ils ont donné preuve de leur talent de décorateurs. C'est l'unité de l'cïuvre d'art qu'ils recherchent avant tout ; souvent la légende les intéresse peu, contrairement au gros des artistes satiriques dont les œuvres sont engendrées par la légende. Mais c'est précisément cette recherche purement artistique qui donne une telle valeur aux dessins du Simplicissimiis.

Nous commencerons par consacrer une brève étude à rœu\Te d'Olaf Gulbransson,qui débutait au Simplicissimus, il y a quelques années seulement, avec une série de contemporains célèbres, spirituellement caricaturés. Ces illustres illustrés sont un digne pendant des représentants représentés, cette célèbre série de portraits de pohticiens du temps de Louis-Philippe, dont les traits grossiers et bouffons furent d'abord pétris en argile par Daumier.

Gulbiansson est le seul artiste du Simplicissimus qui soit .spécialement doué pour découvrir immédiatement dans toute célébrité le côtéiidicule. Rien de plus spirituel que la façon magistrale dont il

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griffonne les arabesques qui composent un portrait. ^Lde Bulo\v,le chancelier del'Empire, passe poiuun homme très aimable, très souriant, bien notu-ri, surtout de citations d'écrivains; il aime particulièrement citer les mots de son ptédécesseur illustre, le prince de Bismarck.

M. Gulbransson met dans la main de ce souriant Hamlet, la volumineuse boule crânienne du grand chancelier : plein d'admiration, il contemple ce crâne : et M. Gulbransson compose sa ligure aimable d'un groupe de petites boules :

la tête, le menton, les pommettes, le nez, tout est rond. Les têtes d'Ibsen ou de Bjôrnson sont merv^eilleuses avec leurs arabesques hardies. Le regard pénétrant d'Ibsen se devine derrière les lunettes, vous reconnaissez le philosophe. Le regard du peintre Menzel, qui se cache également derrière les verres, est critique et pénétrant : il y a tout le Menzel là-dedans; celui de Mommsen est oblique, aussi malicieux que savant. ^I. Gulbransson qui, certainement, n'a pas connu Mommsen, a deviné que le grand savant était un esprit moqueur redouté : la note voltaiiienne est

très bien saisie. Le Lenbach est une copie un peu libre d'tm portrait du peintre et de sa petite fille. En exagérant le contraste du regard de poupée de la petite fille avec celui du peintre, qui pénètre on ne sait trop quoi. M. Gulbransson obtient de la façon la plus simple un effet d'un comique superbe.

.\joutez à cela l'interprétation amusante des chevelures.

M. d'Annunzio, lui, n'a pas de chevelure du tout : son regard, cerné de paupières fatiguées, a disparu dans le rêve de passions lointaines. M. Tolstoï regarde de la manière d'un bon grand-père, interprétation pas très heureuse ; le regard de M. Brandès n'est pas très saisissant, tout notre intérêt se porte sur la grande lèvre inférieure d.u conférencier, dont l'attitude schillérienne prouve d'ailleurs qu'il a fait aussi de la littérature.

Examinez de la même façon les mains, les gestes, les chevelures, les attitudes de ses portraits : partout la même faculté d'exprimer avec une sûreté étonnante, en quelques traits hardis, le côté essentiel et caractéristique d'un personnage.

R.-A. Mever.

M'uf<ni-.\''lai<'n.

FAXTIX-LATOUR

Cordier Diiranty

Alph. Legros Wlustler

Fantin

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