LA REPUBLIQUE
Esquisse présentée ;iu concoiiis en I.S4S
par son art. » Ainsi le définit très justement Gustave Geffroy dans la préface du catalogue ; scènes à personnages, bouquets de fleurs, sites de verdure, clartés d'eau, toute son (Kuvre séduit par sa luminosité, son aération ; la technique d'antan s'est assagie (néo-impressionnisme, division des tons, mosaïque, marqueterie. Seurat, Signac). et sans plus ces aspects spéciaux de facture il reste un beau peintre, à la palette chaude, vibrante, un dessinateur savant et consciencieux. Une rue de Paris en mai 71. ces cadavres sous le soleil, devrait comme je l'ai demandé ici-même, être placée dans les galeries historiques de Versailles : la Baignade. les chairs nues en plein air. la Route, les Usiner d'Issyles-Moulineaux sous un ciel empanaché de fumées noirâtres, l'Enfant prodigue en sa solitude ardue, le Samaritain, drame modernisé. Coup de vent sur l'étang de Moiilineux. les arbres tordus par la rafale, les Bords de la Cure, par un temps gris ou dans la pénombre du soir, les .Saules de Bessy. Arcy à travers les arbres, Boulevard du Palais la nuit. cavalcade sauvage et bariolée de Bufjalo, etc., œuvres variées et toutes de valeur, comme aussi les Pavots dans un pot de grès, les Boules de neige.
les Chrysanthèmes et les Anémones, les Jacinthes. Une vision précise dans la joie de la couleur, dans la gaité chantante des tons, de la lumière partout, sur la chair, sur l'eau, parmi les branches, dans le ciel, une clarté dont on subit l'emprise, dont on ne se lasse. L'homme simple, modeste, d'un talent affirmé, console de tant de bluf feurs pour lesquels le travail est qualité négligeable, et qui convient la critique de-ci, de-là. Il y a des compensations dans le métier, l'exposition de Ma.ximilien Luce en est une.
Société des aquarellistes fr.\n"ç.-\is. (Galerie Georges Petit.) — Il y a vingt-neuf ans qu'elle dure, et c'est toujours la même habileté désespérante, la perfection dans le ioli, le trop joli, voir M. Leloir. deuxième du nom ; cette constatation générale une fois faite, longeons la cimaise pour y trouver : les exquises petites vues de Versailles, intérieurs et verdures, de René Binet ; les dénudations gracieuses de Calbet ; la mort de sainte Thérèse et les Aouled Nayles de Clairin, dont les Souvenirs d' un peintre sont un livre précieux ; les marines de ^laurice Courant, dont le phare, balafré
de soleil ; les roulottes et les bretonnes de Doigneau ; la récolte et le crépuscule orageux de Henri Duhem ; les fleurs de Mme Faux Froidure : les gosses, aux mines si amusantes, de Geoffroy ; le Chalumeau, si psychologique, de Jeanniot; l'Orée du bois et l'Auberge de Henri Jourdain ; le port de la Rochelle par Paul Lecomte; les pages blondes, larges. émues de Le Mains; les neiges et les nuits de Luigi Loir, piquetées de lumières ; les marines puissantes, coloriées, de P. Rossert ; la Hollande de Gaston Roullet ; la Venise au plem soleil de Mgnal ; les illustrations de voyage de Vuillier ; les marais de Zuber ; il y a aussi le roi de Portugal, Dubufe, Muenier avec l'Affût. Une rétrospective d'Eugène Lami devrait servir d'enseignement ; ce maître-là, historiographe des fêtes, des soirées, des chasses, des modes, a un faire spirituel, fantaisiste, toute son œuvre apparaît délicieuse.
S.\LON DE l'école FRANÇ.A.ISE. (Grand Palais). — Une glacière, des salles mal éclairées, des erreurs de catalogue, et de-ci, de-là. des œa\Tes déjà \'ues ailleurs, à l'Ecole des Beaux-Arts, aux Artistes français, chez Durand-Ruel, etc. Dans la solitude froide, troublée seulement par de malheureux gardiens qui battent la semelle, regardons : un tournant de route de Baudoux, les effets de nuit de Boiu-geois, le tapis de feuilles dorées d'automne de Braquaval, le canal à Venise de Brugairolles, les délicats tableautins de Cadel, l'intérieur de chapelle de Calvet, la neige de Champon, l'Auvergne de
Charrier, TArdèche de Chevalier, les amusantes Lanternes de Dillon et la petite étude où il a fait son propre portrait, les arbres de Fontaines, les trois envois de Grillon, la Bretagne vibrante de Gumery, le genre La Touche de Le Riche, la rue de Leroux, l'avant l'orage de Le Royer, le port de Dieppe de Lieser, le Palais de Glace de Midy, le matin à Mers de jMuselier. le Paillon d'Ortiou, le sous-bois de Sibertin-Blanc. le simili Jean Veber de Tapissier, le simili Monticelli de Van HoUebeke. Puis les eaux-fortes de Fabre, le pastel de Weisman, ceux de Wely. qui connaît les dessins de Jeanniot, les miniatures de Mme de ^Mirmont. Enfin, le vase aux lézards de Lebas, im haut-relief de Robert Champigny, les bustes stylisés de Rozet. et de sa fille, des œu^Tes déjà \-ues, de la pâte de verre de Decorchemont. un panneau automnal de Mlle Rault, une affiche de Dillon avec des frimousses drôles d'enfants. Il y a 840 numéros au catalogue, je n'ai pas tout cité, et pour cause.
Les.\rts RÉrxis (Galerie Georges Petit). — Un ensemble très varié et très intéressant, mais il y a une telle profusion d'expositions qu'il faut, et c'est regrettable, passer vite ; une revue spéciale serait nécessaire sous ce titre : « Compte rendu des expositions ». Citons les gouaches de Bellanger- Adhémar, les taches vives d'Etretat de Georges Berges, les notes de nuit et de neige d u regretté Blair- Bruce, de Pierre-Emile Cornillier, un fragment d'une décoration pour une chambre à coucher,
])uis les trois Aveugles, l'Amour, la Fortuite et lu Mort, et des portraits; les petits villages de Dambeza, les Devambez dont on se fatigue un peu et dont l'ironie rétrospective (1871) est inutile, tandis que ses études de la villa Médicis sont fort jolies, les aquarelles vénitiennes d'Eustache, les pastels de Camaret de Gumier et sa sanguine d'Audierne, les tluiulowismes de Jourdain, la toujours minutieuse province de Lechat, les éventails de Mme Lecreux, les arbres en fleurs et les marchés berrichons de Ferrand Maillaud, les paysages de Moisset, l'effet de soir à la Cazin de Jean Rémond et sa chapelle de la Clarté, les têtes sanguinesques de Henri Royer. Quelques sculptures sur des socles : la course de Jean-Louis Brown, qui se spécialise dans les chevaux, l'âne se roulant (déjà vu souventes fois) de Froment- Meurice, le buste de Ziem, par Ségoffin ; puis, des porcelaines blanches et mates de Michel Cazin, des bijoux de Feuillâtre, des objets en corne sculptée de Mme Lecreux, les émaux cloisonnés d'or de Fernand Thesmar, et les grès flammés de H. de Vallombreuse.
Union des Femmes peintres et sculpteurs (Grand Palais). — C'est la vingt-sixième exposition de cette Société, de plus en plus prospère, et dont les en\'ois remplissent cette fois de très nombreuses salles, il y a 1.357 numéos au catalogue ; constatons cependant que ces dames du jury poussent l'amabilité jusqu'à l'indulgence ; est-ce pour faire nombre ? Malgré le froid, nous avons pu remarquer: de Mme Nanny Adam, qui a omis la perspective de la rue Réaumur, un Embarcadère sur le Grand- Canal : de Mme Atché-Leroux, un Portrait de jeune Fille au pastel; de Mme Ballot, Lever de soleil à Gargilesse, sur la chaumière au bord du chemin ; de Mlle Berlin, la Fillette aux Cerises ; de Mlle Boissy . avec une palette claire et juste, le Thé et l'Apprentie ; de Mlle Bouffay, dans une facture un peu molle, le Pont de N.-D. -des- Anges ; de Mme Bourgonnier- Claude, les prestes Bigoudènes et la Brouette de Fleurs devant la barrière; de Mlle Bo\-, une jolie composition décorative, les Paons blancs ; de Mlle Cabane, d'un faire habile et mâle, les deux Amies et Chevaux sauvages; de Mme Canet, des marines sobres et émouvantes ; de Mlle Canuet, pa' instant trop élève de Perrault, une Liseuse; de Mlle Chandellier, une étude au pastel ; de Mme Chauch ît-Guilleré, des taches de soleil bien impressionnistes ; de Mme J. Cornu, une aquarelle, Effet de Neige ; de Mlle Delattre, une grande toile, le Chemin des chardons à Marlotte ; de Mme Dethan- Roullet, des aquarelles dont une, très blonde, VEté à la Roche-Guyon ; de Mlle Deurbergue, un portrait de garçonnet devant la mer ; de Mme Dubron, un
pâté de foie gras très tentateur ; de ilme Duran- Marx, avec une esthétique très moderniste, Tcte de jeune Femme : de Mlle Everart, Premier Sourire, la chevelure rousse de la jeune mère, les blancheurs du berceau et de la fenêtre ; de miss Mary Franklin, les trois petites bretonnes rieuses et espiègles et le coup de soleil à travers les vitraux dans la Chapelle de la Madeline ; de jMme Marie Garnier, des brumes qui sentent le Didier-Pouget ; de Mme Grix, de curieuses vues des Pyrénées ; de Mme Guérin- Billet, un Combat de Coqs avec des têtes de spectateurs à la Buland; de Mlle Guillaume, leurs Douleurs, plutôt à la Salpêtrière qu'au cimetière, ceci mène à cela ; de Mlle Hautrive, une silhouette endeuillée dans une allée de parc automnal ; de Mlle Labisse, une petite vue des Dunes à Heist qui évoque les calme^ impressions de Cazin ; de Mme Ladevèze-Cauchois, d'intéressants petits panneaux de paysages ; de Mme Elodie La Villette, Coucher de Soleil au Roc-Vidy, à Quiberon ; de Mme Le Ro\' d'Etiolles, dans une tonalité discrète, un intérieur hollandais, la jardinière à l'arrosoh ;-de Mlle Maraisd'Arc, de jolies dispositions décoratives à l'Henri Rivière ; de Mlle Marcotte, toujours les serres, celle aux lilas blancs, celle aux azalées rouges, et de plus deux minuscules études tout à fait exquises, la Neige, mon ]'illage ; de Mlle Michaud, un Avant le Bal, acquis par l'Etat ; de Mlle Minier, d'énergiques fusains, dont un, très dramatique et déjà vu. Nuit de Noël ; de Mlle Morgand, un double portrait ; de Mme Nattier-François, de claires aquarelles ; de Mlle Obalska. des notes de voyage aussi fines que des Pasini ; de Mlle Polonceau, une sorte d'enseigne de maternité ; de Mlle Raoux, des croquis champêtres à l'aquarelle ; de Mlle Rondenay, des études qui ont la fougue ensoleillée de SoroUa ; de Mme Salard, des pommes ; de Mme Séaiiles, des femmes et enfant carriéristes et des paysages, le tout d'une intensité qui attire ; de Mlle Simonard, les études d' Yport ; de Mme Toudouze, des figurines élégantes, la robe rouge de la Cigarette, le chapeau à la Goupil de la Correspondance ; de Mme Fr. Vallet-Bisson, les somptueux portraits de femmes, et les pastels prestigieux ; de Mme Mvrel, les pochades d'effets de soir ; de Mlle ZiUhardt, une Rêveuse dans . une gamme à l'Alfred Stevens, bien supérieure à ses autres envois.
Puis, de Mlle Bernard, la miniature de Vieille Femme : de Mlle Carré, des objets en marqueterie; de Mme Debillemont-Chardon, trois vitrines de ses excellentes miniatures ; de Mme Jeanmaire, des plaques de cou en corne sculptée ; de Mme Laforge, /(( Leçon de Lecture.
A la sculpture, un bas-relief de Mme Coutan- ^lontorgueil, le Triboulet enfant de Mme Dumontet, les statuettes de Mme de Frumerie, Mon Fils par
Mme Guérin-BUlet, les œuvres de Mme Girardet, le buste de notre conlrère et collaborateur Gustave Khan, très ressemblant, par MmeHugues-Royannez.
Paysages d'Eugène Delestre. (Galerie Bernheim.) « ... Il a été déplus en plus vers la lumière, éclairant sa v-ision et sa palette, abandonnant les effets de crépuscule du début, les sombreurs des soirs, les incendies des couchants, pour la pleine clarté des midis, pour l'or des moissons blondes, pour les fleurs dans les verdures, pour la vitalité intense des fêtes estivales...» ai-je dit dans la préface du catalogue. — Groupe d'études peintes SUR ^'ENISE. (Cercle international des Arts.) M. Albert Huvot inaugure la maison par quelques vues du Grand Canal parmi lesquelles ime fine notation au pastel. — Exposition Georges Scott. (Galeries Georges Petit.) .\ qui ne peut s'offrir un Meissonier ou un Détaille, cet illustrateur fournit des soldats du P"" Empire, des demi-solde, des trompettes de la garde impériale, des tirailleurs algériens, etc., peinture, aquarelle, dessin.il a toujours la même habileté extraordinaire. — Exposition F. Pic.\bia. (Galerie Haussmann.) La publicité, très utile pour certaines spécialités commerciales, devrait bien être réprouvée dans le monde des arts ;
on se fatiguait d'entendre appeler Aristide le Juste, on se lasse de même de ces dithyrambes perpétuels tarifés à la ligne ; le paysagiste pourrait se présenter à vous de façon plus simple et plus modeste, avec aussi une moins grande profusion de toiles : la manière de Sisley est l'aboutissant d'une vie toute de recherches consciencieuses et de labeur acharné, ce n'est pas un procédé que l'on puisse utiliser même en recommençant les sites qui lui furent familiers : M. Picabia est un impressionniste à la grosse, inutilement brutal. — Lucien Frank (cliez Berrheim). Des petites études peintes pittoresquement. piquetées de taches vives. et de grandes aquarelles à la touche large, aux ciels vastes et ennuagés.^E.A.ux-FORTEs d'Etienne Bosch. (Galerie d'art décoratif.) Ce peintre, dont nous ne vovons là que des gravures, s'est souvenu, notamment à Oberammergau, de son compatriote Rembrandt, certaines de ses planches en évoquent les noirceurs blondes ; à citer aussi le Ponte Vecchio (Florence), et le Pont du Rialto (Venise). — Tableaux d'Albert D.\gnaux. (Galerie Georges Petit.) Des paysages cotonneux, ]\Iantes, Saint-Lô, Veules-les-Rcses. pariois d'impressionnants ciels d'orage...
Maurice Guillemot.
Salon des Boursiers de voyage.
MAX-BLONDAT — jeunesses
Numéro 19 — Octobre 1906
Supplément illustré
de l'Art et les Artistes
L'Éducation artistique
Comment baser son appréciation dans l'examen des oeuvres d'art ?
(Deuxième lettre)!')
Mademoiselle,
Vous avez, me dites-vous, visité la statuaire antique au Louvre, à l'Ecole des Beaux-Arts, et même feuilleté, à la Bibliothèque de cette Ecole, les photographies des œuvres les plus importantes qui manquent à notre musée national. Je suis
forme parfaite. Cette séduction du génie grec dans ce qu'il a de plus parfait et l'action que vous en subissez inconsciemment après un examen attentif, est la preuve de sa véritable noblesse et du sentiment de beauté vivante que dégage sa contemplation. Ce m'est aussi, Mademoiselle, une preuve de la sincérité de votre examen. Vous pouvez consi ••