EXPLOITATION DU PÉTROLE
heures de fête comme aux heures de fer à son poste en face de son peuple. Quant à la réciprocité... Eh bien ! Sa Majesté a failli attendre, puisqu'Elle attend encore.
Or, la grande beauté de cette exposition, la voici. Elle démontre l'existence d'une architecture nationale. A vrai dire nous nous en doutions bien un peu ; mais elle démontre encore davantage que toutes ces formules b\'zantines, spéciaUsées et particularisées en Roumanie selon certaines influences de matériaux, de sol, [de cl'.mat, de goûts et d'histoire, et toujours appliquées dans l'exiguïté des proportions de grâce et de délicatesse, peuvent l'être en grand, peuvent atteindre au caractère monumental grandiose ; et cela est tout à fait nouveau.
Dès aujourd'hui, l'architecture roumaine connue de quelques spécialistes, l'est de la Roumanie entière et même du monde entier ; dès aujourd'hui elle se témoigne apte à imprimer un caractère décisif aux aspects d'une capitale jusqu'icisanssilhouette comme sans parti pris ; elle se prouve capable de répondre à toutes les vastes exigences de la vie moderne qui veut de l'espace, de l'air, ses aises et ses orgueils. L'hôtel des postes de Bucarest, la Caisse des Dépôts et Consignations, l'Athénée, le Palais Royal et les demeures des boj-ards et des nababs roumains ne seraient plus possibles aujourd'hui dans un style autre. Et je me demande même si Castel Pelesch (Sinaïa), nette affirmation de l'origine allemande d'un souverain à cette heure complètement roumanisé, n'obéirait pas, entrepris aujourd'hui, à cet idéal nouveau. C'est après M. le D"^ Istrati, l'âme de cette courageuse entreprised'e.xposition, à MM. Stefanesco et Bourkousch que revient l'honneur de cette démonstration définitive généralisée, universalisée rriême, par l'exposition. Pridvor (loggia) des monastères de Petite Valachie (Horezo, Cosia, etc ), dômes des églises de Campulung et de la haute vallée de la Dimbo\àtza, piliers et promenoirs de Vacaresci et de Comana, ornementation baroque phanariote , toitures de bardeaux qui prennent au soleil de midi
un insoutenable éclat d'argent et au soleil de cinq heures d'adorable", nuances lilas, mauve, gorge de pigeon, et mordorées, architectures de bois de Roucar et portails des cours de Transylvanie, croix de pierre immémoriales , tous les éléments d'archéologie civile et religieuse épars dans le pays
moldo-valaque et de dincolo (Transylvanie) ont contribué à former l'ensemble merveilleux de cette blanche ville de féerie dont les arcatures orientales-chrétiennes évoquent désormais une sorte de Bvzance roumaine, une royauté indépendante conquise enfin même sur l'architecture. Le pridvor du Pa^iUon Ro>-al, la lourde porte de caractère monastique qui lui fait face et par laquelle on pénètre à droite et à gauche dans les halles remplies par l'industrie du pays, la coula boyaresque sont des choses que l'on n'a vues nulle part ailleurs qu'en Roumanie et qui ne ressemblent à rien de ce que le Bvzantin a produit en Russie, en Grèce ou en Macédoine.
C'est roumain et ça l'est exclusivement.
La coula même est une spécialité pas même valaque mais surtout olténienne. (Olténie et Mounténie sont les deux subdivisions traditionnelles de l'ancienne principauté de Valachie historique.) C'était une sorte de blockaus rectangulaire et tout d'une pièce, forteresse par l'extérieur, demeure enchantée à l'intérieur, un palais qui serait une unique tour dont se détacherait à peine une chapelle escarpée, sans ouvertures autres qu'une étroite porte facilement barricadable au rez-de-chaussée, de rares i.e pridvor
TYPE DE Coula iCAMP.\GN"E ROUiM.A.INEi
ouvertures à l'étage, mais avec un magnifique et délectable promenoir sous le toit, duquel la maison prenait l'air et la vue et recevait une poésie. On y a installé un véritable musée d'archéologie surtout religieuse qui demeurera intact, et dont nous nous promettons une grande joie d'étude un jour, car pour le moment on ne nous a pas même permis de nous y asseoir. La décoration b}-zantine de la chapelle, pastiche fort réussi de M. Verona, est cependant loin d'avoir le charme mystérieux et inoubliable du paraclisè assez peu accessible qu'enferme le Palais Métropolitain de Bucarest.
Il faudrait aussi étudier quelques ouvrages de bols et exactement adaptés à leur fin, et particulièrement certain pavillon pour une société d'exploitation du pétrole dû à l'architecte Clavel, l'auteur du seul des trois timbres-poste jubilaires, exécutés en Angleterre, qui ait un caractère authentiquement roumain en même temps qu'indiscutablement artistique. Mais j'estime plus important encore de signaler en dehors de l'exposition, quoique tout proche, au cimetière Bellio, une œuvre du même architecte qui est le bijou le plus exquis que l'architecture roumaine moderne ait produit. C'est à voir de teUes œuvres qu'on peut comprendre à quel point a été féconde dans le pays cette discipline tant attaquée de l'architecte français Lecomte du Xouy. L'ne autre justice est rendue à ce maître dans l'enceinte même de l'exposition.
La seule église qui y représente un des types multiples DU p.wiLLON ROY.\L de la biserica roumaine — et
Biserica église) a l'exposition'
elle aussi restera, puisqu'elle occupe l'ancien emplacement de l'église Coutzitoti de Argint et qu'on ne rase jamais une église en Roumanie sans la remplacer — cette seule église est la copie exacte de la restauration de St-Nicolasdejassy.
Montons tout de même à ce malheureux palais des Beaux- Arts où chaque jour des sentinelles obtuses nous obligeaient à forcer la consigne sur nouveaux frais. Je l'ai vu, ce palais, à l'état de véritable capharnaiim. En bas, Bouvard et Pécuchet antiquaires, horlogers, ingénieurs et, chose risible, chimistes aussi, n'arrivaient à rien débrouiller, sauf une maquette du pont jeté par les Romains sur le Danube àTurn Severin, miracle aujourd'hui dépassé à Cernavoda. Au premier palier dans des vitrines, la succession chronologique des V atours d'une boyarine. A l'étage, le désordre et les rivalités anarchiques. Cependant une salle Grigoresco, dont Grigoresco se désintéresse, peu à peu apparaissait imposante. Il est certain que l'on pourra prendre là une idée complète de cette œuvre. Il n'y a pas tout, mais il y a de tout, du très vieux et du très récent dans tous les domaines de la multiple activité du maître. Et il apparaît définitivement, ce que j'ai toujours cru et sans cesse proclamé : l'un des plus beaux peintres du xix^ siècle et le plus grand poète, je ne dis pas roumain, ô ami Mace-
N. GROPEANO —
LA REIXE DE
donski, mais de la Roumanie. Personne n'a aimé et rendu ce pays comme lui. Il n'existe encore rien de semblable dans la littérature roumaine. J'ai déjà dit ici-même en quoi consistait cette œuvre.
Tout ce qui peint aujourd'hui en Roumanie doit à Grigoresco la vie... M. Petrascu, par exemple, qui marche dans sa voie, va jusqu'à retourner en France chercher en Normandie des motifs qui furent chers au vieux maître. Comme je l'aime mieux lorsqu'il aborde des sujets sur la réalisation desquels l'empreinte de Grigoresco ne sera pas inévitable : cette mosquée de Dobroudja par exemple contre un ciel bleu vert limpide. M. Popesco pour mieux fuir l'influence adorée, s'est, après avoir passé par l'école de Gysis, réfugié en France, et sa lutte pour • conquérir une sorte d'indépendance semble aujourd'hui couronnée de succès : c'est un paysagiste de bonne tenue et de délicatesse. Mais à qui vont toutes mes sympathies, c'est à un jeune officier inconnu, M. E. Stoinesco, dont il y a là une petite meule par un crépuscule triste et surtout quelques soldats tués autour d'un caisson renversé dans de la neige bleue, qui annoncent un maître. J'écris ce mot avec un tremblement de la main... Je souhaite si ardemment à la Roumanie de voir le plus tôt possible le lever d'un astre nouveau !... M. Jean Steriadi me paraît dans la bonne voie :
il cherche la Roumanie en dehors et des sujets et des colorations de Grigoresco. Au risque même de perdre certaines harmonies... mais d'en découvrir de nouvelles.
De même M. Popovici, un iloldave, dont j'ai vu de mes yeu.x si mal placer, autant vaudrait dire dissimuler, une si expressive étude de vieille^ en cojoc blanc.
'SI. Artachino est un élégant dessinateur qui serre de près les ressemblances et a des qualités de sérieux qui me paraissent assez rares parmi ceux de la jeune école... Et là-dessus j'écourte cette énumération fort incomplète et qui aurait àù contenir au moins encore :M;\I.\'erona. ;\Iutzner, Kimon Loghi, Lu-