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LE BERNIN ET LA COUR

Le 17 août, le roi revint à Paris. L'hôtel de Frontenac étant occupé par la suite du roi, Le Bernin s'installa dans un appartement luxueux, au palais Mazarin ; on y transporta aussi le buste. Le retour de la cour à Paris allait aggraver la situation du Bernin ; on allait collectionner ses mots irréfléchis et durs. Colbert le discuterait sur les points dedétail. D'autre part, les murateurs demandés en Italie n'arrivaient pas; Colbert s'opposait au dégagement e la place Saint-Germain-l'Auxerrois.

Cependant, les séances de pose chez Le Bernin devenaient publiques ; l'atelier de l'artiste était le rendez-vous à la mode. La reine et la cour y accompagnaient le roi. Le Bernin, de son côté, continuait, à causer sans discernement ; montrant le buste, il aurait dit : « Cela est beau ; mais dans l'original, c'est vraiment laid ». A Saint-Denis, devant le tombeau de François P'', de sa femme, et de ses enfants il déclarait : « Ils sont là bien mal » ! A Versailles, toutefois, le 13 septembre, il félicitait Le Nôtre, et ajoutait, devant le palais : « C'est galant, chaque chose est proportionnée et belle, ce palais a de la proportion ». A Saint-Cloud, le duc d'Orléans lui demandait un dessin pour les cascades ; le commandeur de Souvré le priait d'un plan pour la reconstruction du Temple. A la Sorbonne, après quelques conseils judicieux sur l'emplacement du monument funéraire de Richelieu, il critiquait sans façon l'église. Le 18 septembre, on le recevait solennellement à l'Académie de peinture ; dans les soirées, on lisait des sonnets en son honneur et en celui de Louis XIV.

l'achèvement du BUSTE DE LOUIS XIV." LA POSE DE LA PREMIÈREJPIERRE DU LOUVRE.

Cette gloire n'allait pas sans nuages. On discutait maintenant le projet dans desd congrégations », conférences où assistaient Colbert, Le Bernin, Perrault, Chantelou, et d'autres encore. Une animositc entre Le Bernin et Perrault s'y dessinait. L'artiste complétait son projet par l'adjonction d'un tlicàtre entre le palais et les Tuileries ; entre les deux monuments, par deux colonnes, semblables aux colonnes Trajane et Antonine, av-ec, au milieu, une statue colossale sur piédestal ; par un mémoire d'ensemble sur l'organisation intérieure, sur la création d'une chapelle destinée à suppléer à la paroisse royale de Saint-Germain, sur un pont de pierre destiné à remplacer le pont de bois (Pont-Rouge), avec un terre-plein et une statue de Louis XIV, analogue au terre-plein et à la statue de Henri IV du Pont- Xeuf.

Le 2g août, Colbert priait Le Bernin d'entamer les fondations. Mais alors des discussions s'élèvent sur la maçonnerie française et la maçonnerie romaine : on construit à cet effet deux murs d'essai. Le Bernin veut qu'on paielesouvriersàlajournée;Colbert parle d'un tarif au forfait et à la toise. Le Bernin et Perrault se chamaillent. Le 30 septembre, l'artiste achève le buste du roi, d'une ressemblance imparfaite, mais plein de majesté. Le 17 octobre, on pose la première pierre du Louvre, au son des trompettes et des tambours. Le 19 octobre, l'artiste prend congé du roi ; on lui montre les émeraudes apportées d'Espagne par la reine ; et il n'a qu'une plaisanterie lourde pour les malheurs de la nation espagnole : « Cela ne m'étonne pas, car les E.spagnols sont au vert ». On l'avait muni d'une pension annuelle de 6 000 livres. Colbert lui faisait promettre un prompt retour, pour voir son ouvrage rcali.sé ; enfin, à Villejuif, l'Italien se séparait en pleurant de celui qui lui avait aplani bien des difficultés, du seigneur de Chantelou.

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