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DÉPART DU BERNIN. — ABANDON DE SON PROJET

Quoi qu'en aient dit ses détracteurs, l'artiste témoigna à plusieurs reprises de sa reconnaissance pour le roi. Malheureusement, l'absence est le pire des maux ; le mur d'épreuve en mortier italien s'écroula, et les adversaires comme Perrault triomphèrent bruyamment. D'autre part, la mort du roi d'Espagne, en septembre 1665, faisait prévoir la guerre de Dévolution, et les préparatifs militaires allaientconraindreàdeséconomies. En 1666, l'affaire traînait en longueur ; Rossi, atteint par les fièvres, ne pouvait venir à Paris surveiller les travaux. Mais Le Bernin continuait à perfectionner les

vu

plans. On le ménageait d'ailleurs, car on espérait qu'il s'intéresserait à l'Académie de France à Rome. Ce projet d'Académie, qui remontait à Sublet des Noyers, fut réalisé en 1666, sous la direction d'Ehrart ; Colbert espérait les leçons de sculpture du Bernin. En mai 1666, Rossi revenait enfin à Paris, et exécutait d'après les dessins de son maître deux modèles en bois et en stuc du nouveau palais. Mais le 5 novembre, Rossi attendait encore la visite de Colbert. A Rome, Le Bernin répliquait en négligeant l'Académie, en réclamant les honoraires en retard de son élève. Ce à quoi Colbert donnait satisfaction, mandant à l'artiste de faire venir son fils en France, s'offrant même à l'y marier. D'autre part, Rossi avait toutes les peines du monde à réaliser son modèle ; le mauvais vouloir du Bernin à l'égard de l'Académie mécontentait Colbert et Louis XIV ; la guerre menaçait : Le Vau et Perrault multipliaient les intrigues ; en mai 1667, l'abandon du projet italien était décidé. Le 15 juillet, Colbert annonçait au cavalier la remise à une époque indéterminée de la poursuite des travaux. En réalité, Colbert avait longtemps accordé sa faveur au projet du Bernin. Il lui fit maintenir sa pension, et provoqua la commande de la statue

équestre de Louis XIV ; en échange, il espérait l'appui de l'artiste à l'Académie de Rome. Mais il voyait avec inquiétude l'imprécision matérielle de ce beau dessin, la guerre, les dépenses de Versailles. Quelque chose pourtant devait en subsister : la colonnade de Perrault rappelle singulièrement l'œuvre du Bernin. De ces rapports du Bernin avec la cour de France, il reste enfin, outre le buste du salon de Diane, la statue équestre de Louis XIV. L'aventure en est amusante ; elle finit par débarquer au Havre, malgré la flotte espagnole ; conduite à Paris par un bateau hollandais, on la transporta de Sèvres à Versailles. Le roi la vit, voulut la faire briser, puis la fit transporter dans le bassin de Neptune ; de là, elle fut reléguée derrière la pièce d'eau des Suisses, transformée par Girardon, et devint le Curtius se précipitant dans les flots, ou pour le bon public la Statue de Berlin (sic).

Le voyage du Bernin en France montre l'éclectisme du roi, l'influence de l'art italien sur notre art national, et les résistances des artistes nationaux. Les critiques du Bernin ne demeurèrent pas sans effet ; et ses détracteurs eux-mêmes ne purent qu'imiter son œuvre.

LÉANDRE VaILLAT.

Le Mois artistique en Belgique

J.=TH. COOSEMANS.

LE

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