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L'ECOLE DE TERVUEREN ' SILLON

■pVEUX expositions très intéressantes par les rajipro- •■^ chements qu'elles permettent, se sont ouvertes le même jour à Bruxelles : au Cercle artistique, on réunissait environ deux cents œuvres du paysagiste Joseph-Théodore Coosemans, mort il y a quelques mois ; au Musée moderne, les jeunes peintres et sculpteurs du cercle le Sillon exposaient leurs dernières œuvres.

Et ces deux expositions simultanées offrent un sujet d'étude à ceux qui cherchent à démêler les tendances de l'art belge. Coosemans, c'est déjà le passé; il représente l'école de Tervueren, cette école de Tervueren qui, il y a une quarantaine d'années, secoua violemment les modes pour imposer une conception vigoureuse et saine du paysage, inspirée par la simple et sincère contemplation de la nature, par le respect des choses, par ce panthéisme ardent qui leur donne une expre.ssion héroïque, leur reconnaît une person-

nalité et une vie, et trouve ses émotions dans le caractère d'un arbre, dans la lumière d'un ciel, dans la couleur frissonnante des feuilles.

L'école de Tervueren n'était d'ailleurs pas une école. C'était un groupe de peintres qui s'étaient rencontrés dans le vieux village de la forêt de Soigne, et qu'une communauté d'aspirations avait réunis. Ils étaient animés tous de la même volonté de libérer l'art des conventions qui l'enserraient encore. Et ils durent soutenir de rudes batailles pour faire admettre leurs paysages sans ruines et sans nymphes, leurs paysages splendides montrant la nature seule, sans artifices et sans anecdotes. Ils triomphèrent d'ailleurs ; ils triomphèrent parce que leur vision voluptueuse, virile, était servie par une technique consciencieuse, aboutissant à des évocations intégrales donnant à la couleur, à la forme, à toute la matière une puissance épique, cette puissance qui anime la nature d'une vie presque

humaine sans que rien d'iiuniain ne la peuple. Et c'est ce qui fait la beauté de la jilupart des œuvres de Coosemans, en ce moment exposées, œuvres scrupuleusement étudiées mais larges, amples, de grand caractère.

Lorsqu'ils réagissaient si vigoureusement il y a quarante ans contre les conventions, les peintres de l'école de Tervueren retournaient simplement à la tradition flamande, à sa simple et saine et voluptueuse contemplation. C'est la joie des yeu.x que a peinture flamande a toujours traduite, la joie des yeux par laquelle a pensée peut s'imprégner de plus de noblesse et prendre plus de force exaltée, mais qui ne s'inspire que des beautés concrètes, visibles. Chaque fois que dans l'art flamand a pénétré l'ambition d'évoquer des idées, de substituer aux beautés éternelles les passagères concep tions et impressions humaines, cet art s'est affaibli. Il est fait pour les vigueurs et les évidences. C'est dans l'instinct de la race. Aussi, les paysagistes de Tervueren furent suivis par tous les jeunes. Ce fut un beau mouvement d'affranchissement qui vit naître de nombreux et grands talents. La vision s'était rafraîchie, s'était fortifiée; et en même temps s'était élargie la facture, consistante, mais cherchant plus la synthèse que la minutieuse analyse. Mais le mal dont on venait de se libérer devait renaître bientôt sous un autre aspect, modifié par le temps et adapté aux progrès accomplis. Sur les conquêtes acquises on voulut renchérir; de la fraîcheur et de la sincérité dans la vision on alla vers la subtilité fiévreusement cherchée, de l'ampleur fougueuse de la facture on alla à la forme vague, confuse, négligée, sans s'apercevoir que, tout en se réclamant de la nature, de nouveau on lui substituait des idées et des impressions auxquelles on donnait plus d'importance qu'on n'en accordait à elle-même; souvent elle ne fournissait plus qu'un vague prétexte à des effets voulus, imprécis

PHILIPPE SWYNCOP

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