EUGENE FROMENTIN
Musée du Louvre.
La chasse au faucon en Al<réne.
Le Mois Artistique
Le uioniinicnl J' /■'iii^ciic h'i-omcntin . — ()n rinauj^Lii'c aujdiiid'luii i" ocu>brc, à la KnclicUc. saville natale. 1,'annonccdc ccitc Ictc raiiR-nc slip récran de racuialilc la lit^urc d'un artiste justement célèbre par ses tableaux et ses livres, le peintre avant été doublé d'un écrivain remarquable.
Dans un musée privé, familial , où la mémoire encore persiste de celui qui est représenté au Louvre par /1.7 Chasse au Faucon, il m'a été permis de contempler des reliques du maître, de voir des études du commencement et de la lin, de lire des correspondances inédites, de feailletei' des albums de \oyage, d'ouvrir des cartons emplis de dessins, d'entendre évoquer sa noble tigure toute de distinction et de bonté. \'oilà, par luimême, son portrait dans son premier et très modeste atelier de la rue des Marivrs :
enveU)ppé d'une houppelande, il est assis devant son chevalet, et l'on aperçoit le lit à
peine dissimulé par un rideau suspendu à une tringle; voici les études d'Orient, au début, d'un aspect brutal, foncé, lourd, sous l'inHuence de Cabat et de Dccamps ; puis des pavsages où les constructions ont la blancheur des Corot d'Italie; enfin la toile inachevée sur laquelle le dernier coup de pinceau date de quinze jours avant sa mort: un portrait de lemnie qui a la jolie élégance de ceux de Stevens, les mains ébauchées avec une souplesse adorable.
En ces cadres, comme dans les innombrables croquis d'album, on parcourt cette féconde existence d'artiste, la manière s'éclairant à mesure que
r.VGlCNF.
{Cliché
la personnalité se dégage et s'aliirme, les tâtonnements faisant place à la maîtrise, des parentes de palette s'établissant avec Gustave Moreau, en compagnie duquel il travailla si longtemps. Eugène Fromentin, lui aussi, fiu un peintre littéraire.
Très recherché dans le monde, reçu chez la princesse Mathilde, chez les de Broglie et lesd'Haussonvillcqui avaient fait surgir sa candidature à l'.^cadémie française, il était le convive fêté dont la conversation attachait, sa simplicité ne dédaignant pas parfois une sorte de morgue aristocratique que certains de ses confrères ne lui ont pas pardonnée; et cependant " c'était LUI grand enlani jo\eu\, une nature d'élite, un être exquis -. ; la déliniiion est de quelqu'un qui l'a intimement connu.
Son (vuvre, du reste, indique un caractère supérieur, plus qu'un dilettante, comme il s'appelle dans la préface des ^Mailrcs d'au- KROMt;NTix trefois.
Mulnier] Eugène Fromentin
naquit à la Rochelle le 24 octobre 1820; il commença d'écrire avant de peindre; ce n'est qu'en 1S43 que le jeune licencié en droit décida sa carrière d'artiste, et entra dans l'atelier de Cabat; en i84{'., il fait son premier voyage en Algérie : il en revient, enthousiaste, épris de cet Orient déjà vu par Decamps et Marilhat ; il v retournera plusieurs fois, rapportant livres et tableaux. Sa célébrité s'affirme rapidement, il est en pleine gloire lorsqu'il meurt presque subitement, en 1871'), d'un anthrax charbonneux à la lèvre. Telle est, résumée, sa biographie. « J'aime passionnément le bleu, et il y a deux choses que je brûle de revoir: le ciel sans nuages