LE CHAPITRE DES CHAPEAUX
^ANS ses invraisemblables et inépuisables variations, le chapeau — celui des femmes entendonsnous — garde toujours, pendant une période de la mode, une silhouette générale, une analogie de masse, une ressemblance d'allure, un à peu-près de proportions qui classe les variétés infinies écloses sous les doigts inventifs et fantaisistes des modistes, dans un genre déterminé, genre qu'un connaisseur approfondi détermine d'un coup d'œil en disant : printemps de telle année, hiver de telle autre. C'est la règle générale, dirions-nous, l'exception actuelle est peut-être pour la confirmer, mais il faut reconnaître que nul ordre primitif, nulle conception primordiale nulle entente tacite, ne président en ce moment à la combinaison, à la disposition, au chiffonnage, à l'ornementation des chapeaux féminins.
Il y en a pour tous les goûts — même pour le mauvais — de toutes les formes, de toutes les couleurs, en toutes matières. Feutres mats ou soies velues comme les tuyaux de poêle d'antan, velours ou panne, chenille ou tulle, dentelle ou fourrure, plumes ou ifeurs. C'est la liberté absolue. La débauche d'invention, l'anarchie.
Ainsi l'on voit par les rues de jeunes anges... Pitou avec le petit haut -de -forme évasé, bas, en soie noire, aux bords retroussés, conspirateur, on voit d'adorables Gainsborough, aux ailes largement éployées, aux plumes légères.