STYLISATION DE FLEURS PAR DENTELLES OU BRODERIES
\Jn livre de lui. DciilcUcs d Broderies (20 planches, 150 motifs) abond ■ en projets ingénieux et de lignes harmonieuses.
Un système se démontre à ces essais de dentelle. L'artiste ne cherche nullement à accumuler le détail. Encore qu'il ait vers .ses débuts travaillé avec Mucha, dont le goût somptueux aime à nourrir de joliesses le moindre coin de la page ornementale, M. Paul-Loys Armand est d'un gorit très sobre- Sa méthode ordinaire est de créer un grand motif central, très évident, très lisible, qu'entoure une série de motifs plus légers, passant à de menues dégradations. Dans beaucoup de .ses projets, M. Paul-Loys Armand établit l'autorité de ce motif central non seulement par la ligne, mais encore par la couleur, ou plutôt par la valeur, par des gradations dans l'emploi des blancs employés, allant du blanc pur au crème, variant les densités et par conséquent les clartés du réseau qui sert de fond à son
arabesque ou à .son dessin ornemental. Au.ssi dans ses dessins, dans ses mterprétations de la nature, car là est sa base, il se sert selon la bonne technique, de la fleur, de la tige, des coupes botaniques et non point de l'objet usuel figuré dans des décors déjà vus (mandolines ou flûtes enrubannées, fleurs stylisées et méconnaissables), il se garde de pousser par trop son exécution. Ce sont des indications de mouvement qu'il fournit, des mises en place de fleurs, de façon qu'un praticien puisse s'en inspirer avec une certaine largeur pour produire, avec les ressources qui lui sont fournies, un dessin similaire et bien adéquat au but recherché. Pour établir des réseaux, l'artiste a recours à des sections botaniques, à l'étude de fleurs, de tiges décomposées, étudiées à l'aide de très grosses loupes qui lui révèlent la construction et le mouvement de son modèle. Ailleurs, il empruntera l'arabesque d'un galon à l'algue, à la monnaie-du-pape, au chardon à foulon, au pavot. Il les modèle fortement et entend que l'exécution pratique rende fidèlement ses intentions. Il reprend parfois sans trop d'archaïsme le style de Vecellio, mais dans un goût du motif très moderne. Avec le même soin dont il établit le modèle d'un corsage de femme flore et ajouré, il compose des motifs qui peuvent se fragmenter et fournir au goût de la couturière tout un éparpillement de fantaisie, tout un essor de petits détails autour du grand motif d'ornementation de la robe. Son faire est simjile et très varié et c'est justement au moment 011 renaît le goût de la dentelle, qu'il était bon de parler de cet artiste très ingénieux, d'éducation esthétique excellente, dégoût vraiment traditionnel, puisqu'il oriente ses recherchesMans la direction de la simplicité ornée et de l'expression des lignes en une arabesque dont Ttous les éléments sont empruntés à*la nature.
Gustave Kahn.
Le Mois archéologique