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LE MANCHON

SON nom indique son origine: le premier man- que le poil fait glisser tout en conservant ce calo-

chon fut dû à un mouvement instinctif, dicté nque. et cependant si le manchon est généralement

par le froid: la main droite s'est glissée dans la fait ainsi, s'il emprunte sa riche tiédeur à l'astrakan,

manche gauche; la gauche dans la manche droite: la zibeline, le vison, la martre, la loutre, l'hermine

la chaleur est revenue, rapidement : le manchon même, précieuse et un peu salissante, il fait aussi

a été inventé, du coup. appel, à défaut de fourrure, au.\ velours et aux

Les hommes, eux, ont leurs poches où ils peuvent draps,

abriter les doigts des baisers piquants de la bise, La mode a de telles mais les femmes ?

Une poche de femme est une chose lointaine, mvstérieuse, cachée, introuvable :

il fallait trouver autre chose pour garantir les mains, plus délicates encore — friandises pour l'hiver goulu; — d'où la nécessité du manchon.

De là à séparer du vêtement ces deux « bas de manches », à les réduire à un seul

— économie et simplicité — à fabriquer ce cylindre court et mobile, chaud et étroit, où les mains, comme des oiseaux dans leur nid, se prélasseraient, se dorlotteraient à leur guise

— il n'y avait qu'un pas.

A quelle époque fut-il franchi ? Oui peut le dire ? — Le fait est que dès le .w siècle on le

POKTK.J1IT DE M'"- .MuLE-K.\Y.MOND,

DE L.\ COMÉDIE-FR.\NÇ.\ISE

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voit a]iparaitre ajipelé de noms variés. coH/c^rt/iCt'. bonnes grâces, que les hommes bientôt s'en emparèrent à leur tour, que l'on voit même au xviii" siècle, à l'époque de la guerre en dentelles, des soldats avec des' manchons... il est vrai en peau de tigre...

Il est tout naturellement indiqué que le manchon soit en fourrure ; c'est à la fois solide, chaud, à l'abri de la neige et de la pluie que la peau arrête, cartons verts avec du camphre et du pyrêthre.

exigences que malgré la variété des pelages elle eut tôt fait le tour de la roue et pour inventer une variété nouvelle on se met aujourd'hui à faire les manchons en n'importe quoi.

L'acheminement sembla naturel en ce qu'il passa par une de ces savantes évolutions dont la mode a le secret. On commença par égayer, par enrichir la fourrure, déjà coiiteuse et rare, avec des passementeries, des dentelles, des fanfreluches ; petit à petit ces accessoires prirent une place importante, accaparante, prépondérante. O n apporta à la fourrure l'appoint du drap et du velours et aujourd'hui — économie de bout de chandelles — on supprime la fourrure pour ne garder que l'étoffe qu'on froufroute, plisse, arrange, tarabiscoté, orne de mille riens e.xquis, de chichis si jolis et si précieux que la plus chère zibeline est près d'eux économique. Mais on n'a plus ce cylindre disgracieux au goût du jour, cette ronde et encombrante fourrure, ce bonnet à poil de grenadier, fauve et monumental, que nos grand'mères conservaient précieusement dans les vastes

La palatine de martre de France, et le manchon assorti — si douillets, si pratiques, — ces meubles, ces bons meubles domestiques, sont ridicules et saccagés par les petites filles moqueuses; la coquetterie double les étoffes et les rend douillettes. Le gros cylindre jaune est allé rejoindre l'acajou dont il avait certains tons, la crinoline les vieilles lunes.

A nous la petite fanfreluche coquette — friponnée — aumonièrc, réticule, manchon, tout à la fois; minuscule cachette où cependant se nichent le fin mouchoir, la pomponnette, la boîte à poudre, le carnet, le jiorte-monnaie, le nécessaire, les. billets doux et, parfois aussi, les menottes.

Lll.I.\ ROBERTS.

jr

Le Mois artistique

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