LE TRIO.MPHE DE LA VIERGE
Musée de l'ilUiieut'e-iez-Az't^ii(nt.
inférieur droit du tableau deux personnages agenouillés devant le tombeau de la Vierge, qui est d'ailleurs de même forme que le tombeau du Retable. De ces deux personnages. — un laïque à cotte armoriée, et un moine. — l'un, le moine, est. on croirait, un autre portrait du donateur de Boulbon. Il suffira, j'espère, de comparer les deux pièces pour admettre ceci. La construction de la tète, les mains, ne laissent guère de doute. Ces deux personnages soîit ainsi signalés dans le prixfait du tableau du Triomphe de la Vierge. « Item au pied dudit monument seront deux prians du cousté droit de la vallée de Josaphat entre deux montagnes en laquelle vaJée a une esglise ou est le monument de Nostre Dame, et un ange dessus. « Mais il n'est pas dit que l'un de ces priants fût celui qui en faisait la commande, Jean de Montagnac, prêtre.
Le saint Agricol de Boulbon a aussi un .sosie dans le prélat agenouillé au pied de la croix devant le tombeau du Christ dans le Triomphe de la Vierge, comme le chartreux en habits blancs, également agenouillé au pied de la croix, nous montre des plis identiques à ceux du surplis du donateur de Boulbon.
Ces choses se voient mieu.x qu'elles ne s'écrivent : les gens de bonne foi ne sauront disconv'enir de ces faits principaux, qui prennent une plus
grande force dans la juxta])osition des œuvres peintes, car c'est le même procédé de plaquer ses couleurs dans l'un et l'autre, les mêmes tics de pinceau, la même esthétique de dessin et de placement, la même inclinaison des têtes.
L'ne autre série de remarques vient confînner ces premières observations. Le Saint-Esprit, figuré par une colombe vue de face, les ailes éployées, est identique à Villeneuve et dans le Retable. L'Esprit, soufflé par le Père et le Fils, sous forme de rayons, remplace dans le Retable les pennes de la colombe partant de la bouche des deux personnes divines, que Jean de Montagnac a exigées égales en âge dans le Triamphe de la l 'ierge.
J'ai déjà parlé du tombeau à couvercle conique aperçu dans le Triomphe de la Vierge, et rencontré exactement semblable dans le Retable du Louvre. Cette forme n'est pas habituelle ; elle note une concordance étroite entre les deux œuvres. Mais il y a mieux. Engucrrand Charton ayant eu à peindre dans son Triomphe de la Vierge une Messe de saitit Grégoire à l'angle gauche inférieur, sur la demande de son client, a mis un Christ debout dans son sépulcre dans la pose exacte de celui du Retable. Là encore la vérification est facile.
L'ne des particularités du Retable entré au Louvre, et l'on pourrait dire un des épisodes les plus aimables de cette œuvre à l'aspect sévère, c'est la rue
de ville, entrevue par une large porte, en arrière du donateur et de saint Agricol. La perspective en rappelle celle du Donateur du Louvre attribué à Jean van Eyck, et les petits personnages qui s'y meuvent portent les costumes de 1450-60 environ. Cette perspective, fort ingénieusement traitée, nous laisse comprendre que la rue est montante. Vers le milieu, un homme est penché sur la margelle d'un puits, et une « fenêtre » de cordonnier e.xpose un étalage de chaussures. Tout au fond, dominant deux collines, la flèche d'un clocher.
Qu'on se reporte au Triomphe de la T'ÙTgt', à gauche près de la Messe de saint Grégoire dont je parlais, on aura une représentation identique. Ici, la ville est censée représenter Jérusalem, mais, en réalité, nous montre un coin d'Avignon ou de toute autre cité méridionale. Devant l'église, à deux clochers, une petite population trottine ; elle porte les mêmes costumes que ceux du Retable ; les poses, les attitudes sont les mêmes ; pour nier les concordances, il faut être résolu à le faire de parti pris.
A ceci nous pourrions ajouter que les légendes de l'un et l'autre tableau sont dans la même écriture gothique. Saint Agricol dit : Hec est fides nostra, et le donateur : Salvalor niiindi miserere me (sic).
Le nom de saint Agricol [S. Agrieoliis) est en capitales du xvi" siècle, et, par conséquent, ajouté postérieurement, comme les armes du pape à droite, et les armes du donateur à gauche. Mais l'ange Galinel du Triomphe de la Vierge tient un phylactère avec des écritures toutes pareilles. On objectera que, à cette époque, la minuscule gothique est la même partout ; ceci n'est pas rigoureusement vrai. Il est rare de retrouver deux spécimens aussi proches en deux oeuvres de mains différentes.
J'incline donc à penser que le Retable de Boulbon, désormais acquis au Musée du Louvre, est de la même date et de la même main que le Triomphe de la Vierge de ViUeneuve-lez-Avignon, c'est-à-dire de 1450 environ ou i 455, et de la façon d'Enguerrand Charton. Si cette opinion se confirmait, comme elle fut étabhe pour la Vierge de Miséricorde du Musée Condé, à Chantilly, ce seraient trois tableaux de Charton retrouvés. J'ose môme espérer que la Pietà lui sera quelque jour rendue, et ce jour-là il sera difficile de ne pas proclamer ce peintre, naguère inconnu, comme l'un des plus grands maîtres du xv^ siècle français et — pourquoi ne le dirais-je pas ? l'un des plus grands de toutes les écoles.
Henri Bouchot,
(If l'Institut.
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LA S.-MNTE CITE (Friignii'iit du liiûiiiphc Je la J'icivf.)
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E.Penziequin ac
împ. Louis Fort, Paris
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