‹ L'Art et les artistesChapitre 142 sur 150 · M.\X OSBORN · texte numérisé non relu

M.\X OSBORN

AILLJSMAGHE DU SUD

T 'exposition d'hiver de la Sécession à Munich •*"^ ne se distinguait pas par une bien grande homogénéité puisqu'elle se composait en même temps de l'œuvre de trois artistes, dont deux au moins peuvent passer pour ultra-modernes, et d'une salle où l'on avait entassé tout ce que Munich renferme dans les maisons privées d'œuvres de sculpture antique. On y voyait en outre la ma-

gnifique copie antique du Doryphore de Polyclète, qui fit jadis l'orgueil des col'.ections du comte de Pourtalès. M. Furtwàngler y montrait cette tête en marbre d'Alexandre le Grand de provenance égyptienne, dont la matière comme ambrée et cireuse vaut tout ce que l'on peut voir de plus beau ailleurs.

Quant aux collections de JL le D'' Paul Arndt,

elles voudraient une étude spéciale. Regrettons le manque de place et passons.

Des trois artistes modernes, un au moins ne semble guère avoir droit à l'honneur qu'on lui fait. M. Becker-Gundahl, après avoir été un peintre d'intérieurs soigneux et pas méchant, a essayé de prendre des allures dévergondées où il s'est senti mal à l'aise, en lesquelles il a persévéré et qui ont fini par trahir une sorte d'impuissance. L'esprit « sécessionniste » n'est pas assimilable à toutes les natures. Il le faut d'autant plus regretter dans le cas de M. Becker- Gundahl qu'il y avait en lui l'étoffe d'un portraitiste populaire de la lignée de Ribot en France et de Leibl en Allemagne. Je n'en veux pour preuve que le portrait de sa mère, à la fois si pieux et si aisé et certain diptyque qui nous montre en prière, de face, des paysannes bavaroises à grande coiffe de soie noire.

M. Weishaupt est un bon peintre de bestiaux, que les lauriers de M""^RosaBonheur attendent tôt ou tard. Son Taureau furieux, propriété

de la Société artistique de Munich, est une fort belle chose, et aussi ses Vaches dans l'eau, et encore plus son Labourage bavarois. C'est aussi un paysagiste d'un accent bien particulier et d'une rare sincérité. J'ai rarement mieux senti la différence exacte d'un ciel bavarois, ou d'un ciel de l'Ile-de- France ou des environs de Vienne, comme en présence d'une étude de sol tourbeux dont tout l'intérêt gît dans la qualité blonde un peu rosée d'une atmosphère humide saturée de soleil. M. Weishaupt excelle aussi à la notation des coupes rectilignes de tourbe dans les Maas des environs de Munich, des étangs marécageux gris et tristes entre des verdures amènes, ou simplement de quelque assemblage de perches et de planches à l'angle d'une maison.

Ce sont là les récréations de son activité

d'animalier, l'une des plus méritoires de notre temps. Mais voici M. Richard Pietzsch, le peintre attitré de la vallée de l'Isar en amont de Munich. La rivière verte et rapide traverse un plateau de gravier chargé de forêts superbes, au fond d'un large ravin sauvage, avec de grandes courbes, où l'on a l'impression d'une nature parfaitement vierge. M. Pietzsch a été toujours très saisi par les variétés suivant les saisons de couleurs sombres de ce pays forestier. Et il s'est acharné à les rendre avec sa gaucherie d'un si grand accent de sincérité

et d'une sorte de naïvetégrandiose.

Si cet homme ne savait pas si bien voir on aurait quelque tendance à l'accuser de ne pas savoir peindre. La force de vérité de sa vision finit par faire admettre la légitimité de sa touche, l'une des plus lourdes qui soient.

Munich est la ville des contrastes violents. Je doute qu'à Paris même l'écart entre le plus brutal réalisme ou les modes les plus surannées et, d'autre part, la plus rare santé

intellectuelle puissent être aussi grands : on peut y étudier du reste les avantages et les désavantages de ne point connaître le sentiment du ridicule, car les mdividualismes y ont quelque chose de rude, de sombre et d'intempérant qui rendrait les meilleurs peut-être intolérables au goût français. Il faut pourtant s'y faire. A côté ou bien de la grâce charmante d'une femme artiste comme M"<' Anna May en qui revit un peu de l'atticisme de Gysis, ou bien de la sobre et hautaine statuaire de M. Rumann, dont les deux lions de marbre blanc viennent d'être posés sur l'escalier de la Feldherrnhalle, des tempéraments de la rudesse hargneuse et de la maladresse voulue de M. Richard Pietzsch semblent encore plus étranges, et l'on arrive d'autant mieux à les apprécier.

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