LOLA DE VALEN'CE
Olviupiii. cette courtisane recevant nue sur sun lit le bouquet en cocarde qu'un de ses amants lui fait apporter par une négresse. La toile est aujourd'hui au Musée du Luxembourg.
Comment avait-elle été admise au Salon ? Sans doute par un égarement passager du camp académique. La réaction ne se fit pas attendre. Le tableau, d'abord sur la cimaise, tut relégué à distance des yeux, et l'année d'après, les deux envois de Manet furent refusés.
Zola ayant entrejiris sa défense clans YEvcnement dirigé alors par Villemessant, les partisans de l'Institut hurlèrent, les menaces de désabonnement affluèrent et le rédacteur en chef dut charger un .second critique de soutenir dans son journal e.xactement la contre-partie des opinions émises par l'admirateur de Manet.
Eh bien ! pourtant, n'était-ce pas le peintre d'Olympia qui gardait la vraie tradition ? N'y avait-il |)as, par exemple, les plus grandes affinités •entre son nu et les courtisanes que Titien étale lri()nii)lialemeiu sur le manteau galonné d'argent
d'Alphonse d'Esté ou de tel autre seigneur de son temps ? N'était-ce pas la même verdeur, la même robuste allégresse dans la représentation de l'animal humain ?
Ou bien pour prendre un terme de comparaison plus rapproché de nous, Olympia ne rappelle-t-elle jias à ceux qui ont visité le Prado de Madrid la provocante Maja que deux toiles de Goya, le nerveux maître espagnol, nous montrent, ici vêtue et là déshabillée, dans une pose absolument identique ? C'est tout à fait la même effronterie et le même triomphe de jeunesse.
Les adversaires de Manet le blâmaient de ne pas continuer à figurer les Horaces et les Curiaces ' Léonidas ou le pieux Enée, de ne pas donnera ses personnages les poses ridiculement maniérées ou grotesquement héroïques que prennent les Italiens sur les tables à modèles, de ne pas arranger des draperies avec une fausse élégance, de ne pas s'asservir à un éclairage factice tombant de haut
ED. MANET — portrait
(.I^istel.)
selon le jour habituel des ateliers. Ils lui faisaient un crime de ne pas s'astreindre à ce programme de niaiserie et de mensonge qu'interprétaient leurs propres œuvres. Car c'était là, suivant eux, le f)atrimoine classique.
Mais on se demande chez quels maîtres anciens, ils pouvaient bien avoir trouvé les principes d'un art si misérablement truqué, d'une si plate contrefaçon d'idéal.
Etait-ce chez Raphaël dont le réalisme dramatique fait pendiller des hommes à des murs croulants dans Vlnccndie du Borgo ? Etait-ce chez Titien dont les portraits font peur à force de vérité formidable et hautaine ? Etait-ce chez Rubens, le grand pétrisseur de chair ? Ou chez Velasquez étirant les crânes, apjiesantissant les mâchoires de ses rois fatigués ? Chez qui enfin ?
Bien mieux, c'était lorsque Manet se refusait à imiter servilement les anciens maîtres qu'il leur