LE GOUT DU VIN
aux canaux nonchalants, aux façades muettes, aux intérieurs luisants, aux monuments altiers et endormis; un homme simplement contemplatil et laborieux, n'avant pas ou ne se crovant point de génie et n'avant pour ainsi dire aucun mérite à se livrer, régulièrement et méticuleusemcnt. au passe-temps de peindre. On peut, au contraire, le considérer comme un philosophe ironique, passionné sous des apparences de tlegme. méditatif et moqueur comme on sait Tétre dans cette Hollande, très au courant des intrigues amoureuses qui se jouent sous les allures mornes de la province; pince-sans-rire, satirique aux airs gracieux et comique renfermé autant que Steen est comique en dehors; homme du monde ou bien bourgeois sans faste; ouvrier sans arrière-pensée ou penseur aux complexes ondovances....
Ou plutôt Van der Meer est tout cela il la fois. et cela se concilie en perfection, la candeur et la tinesse. la malice et le sérieux, les belles médita-
tions calmes et les réticences rouées, l'amour profond de la franche et vaste nature et le plaisir pris à Tobservation de la rouerie bourgeoise et de la sensualité vertueuse.
Et voilà pourquoi \'an der Meer est le plus moderne de tous les peintres, mis à part Rembrandt qui est moderne à la façon de Shakespeare, Pierre de Hoogh. .\driaii van Ostade, Metsu, tels autres bons peintres que vous voudrez, et même Ter Borch, cet ironiste intermittent, et même Jean Steen, ce .VIolièrc, tous ont une certaine unité de vision humaine, tous une certaine persistance de sentiment, qui font que l'on ne se trompe jamais sur ce qu'ils ont voulu dire. Vermeer, lui. possède une telle complexité, il voit la femme de façon si délicate et si mvstérieuse; il la traite, picturalemént. avec tant de respect, et, moralement, avec tant de perspicacité, que l'on ne sait jamais à quel moment il se moque, — non, \j mot est ircjp précis et trop