VUILLARD
CuUi.:tiuii Ji, D' l'ailliez INTÉRIEUR
d'études, auxquelles se joignent quelques-unes des richesses du Musée de Montauban, la série du Bain turc. Un fragment de chef-d'œuvre permet de deviner le chef-d'œuvre tout entier. Ces 68 numéros sont une contribution suffisamment précieuse à l'apothéose d'Ingres. Il y a là le portrait de M'"*? de Rayneval, d'après lequel a été peinte la Muse de Cherubini, ceux de M"ie Dolfus, d'Hippolyte Flandrin, de Mlle Forestier, de Charles Gounod, celui justement légendaire de Bertin aîné, celui du peintre par lui-même, physionomie de volonté, de conviction, de rudesse, qui inspire de l'émotion et du respect; il y a encore les études de \ Angélique. du Saint-Symphorien, de V Andromède, de l'Œdipe, du Phidias, etc ; même une page de croquis, — le terme ne senible-t-il pas manquer de noblesse lorsqu'il s'agit de ce maître ? On ne se lasse pas de regarder, d'étudier ces effigies au crayon, toute la vie enclose dans de simples traits, révélée par quelques lignes dont la netteté signalétique a la sereine harmonie de la nature. Ces modèles ont posé, sans nul doute, et cependant leur vie normale, leur habitude de pensées, leur individuel état d'âme est dévoilé. La pointe du crayon va plus avant que le contour ou le relief de la figure, pénètre la personnalité intellectuelle. La hantise vous demeure de certains de ces portraits. Il est juste que dans tels ateliers d'artistes contemporains des reproductions en restent sur le mur entre une eauforte de Rembrandt et une tête d'Holbein, les dieux du foyer, comme disaient les anciens.
Edouard Manet est davantage le patron des exposants d'aujourd'hui. Ils le prétendent du moins ; je ne dirai rien de lui dont la figure combative est étudiée à part. Mais pourquoi le souvenir du Salon des Refusés n'a-t-il pas convaincu du danger des jurys ? Comment se fait-il que l'exemple donné par les Indépendants ne soit pas suivi : la porte grande ouverte, l'entrée libre ? Cela eût évité cette fois des injustices, des mesquineries, des rigueurs déplacées : l'artiste ne peut pas être juge et partie, car... monsieur Josse est orfèvre toujours et quand même ; nous souhaitons que l'année prochaine — il n'y aura pas l'excuse du Congrès de la Tuberculose qui a réduit l'emplacement — cette institution néfaste du jury ait vécu. Les peintres et les sculpteurs ont autres choses plus utiles à faire en leurs ateliers que de siéger au Grand-Palais pour décider des admissions et des non-admissions. Cette besogne autoritaire leur prend un temps précieu.x; ce fonctionnarisme les diminue; la confraternité et la justice en souffrent.
Renoir, Guillaumin. Cézanne, celui-ci très inférieur, n'ayant ni le charme de l'un, ni la robus-
A Kl El LES ARTISTES
ABEL FA IVRE — printemps
tesse de l'autre, et à côte d'eux paraissant d'une palette pauvre ; Raffaëlli, ayant évolué des noirs de son Clemenceau vers les clairs portraits de jeunes filles ou de bouquets, des banlieues miséreuses vers les gais paysages de France ; Willette, conservant son esprit le pinceau en main, renouvelle le mythe d'Eve et du serpent, en faisant de celui-ci une corde à sauter ; Odilon Redon reste anémié ; Charles Guérin qui délaisse un peu les modes rétrospectives, fait causer dans un jardin trois Grâces dont une seule est habillée, essaye une romance lunaire à la Massenet, a réussi une jeune femme en gris feuDletant un gros missel : Valotton voit la nudité laide; Bjnnard (/'(/.) la présente de derrière ou dans un tub. Degas nous avait d'ailleurs déjà initié avec une géniale audace à ces attitudes intimes.
Albert Braut la traite mieux que les jardins : Rouault la bariole d'éclaboussures d'aquarelles, dont les tons se retrouvent en des maisons de tremblements de terre : Vuillard, exagérant son procédé, fait avec impatience des trompe-l'œil de tapisserie, gâte par sa facture un joli sentiment décoratif ; Laprade, habile en natures mortes, brutalise des Stewart ; Abcl Truchet troque l'habituel bar de Montmartre ou d'ailleurs contre une guinguette en plein air, très ensoleillée comme ses jardins qui sont de vibrantes études : a vu un paysage d'eau un peu avec les yeux de 1 haulow ; SjTiave a l'exquise spécialité des petits enfants ; ces joujoux de la vie ; Iturrino habille de blanc des Espagnoles plus bistrées que nature ; Garcia Lozano a rencontré une Famille de charbon-
niers ; de Mlle Delasalle un Portrait d'homme, la Fillette au chien, et des vues de Paris, crayonnées librement ; Maiirer groupe des robes de filles en taches qui chantent ; Belleroche, lithographe ou peintre, est fidèle au mystère des têtes de femmes ; Mlle Dufau affadit ses belles audaces d'antan ; Lavery s'égale à lui-même avec sa communiante et ses deux beaux portraits de femmes ; VVely passe avec aisance de la Parisienne à la paysanne ; Margueritt Carrière dessine des stylisations de plantes ; sa sœur Lisbeth mclancolise des fleurs ; Francis Jourdain exprime la quiétude des jardins de villégiature dans une atmosphère assourdie : Abcl Faivre est le délicieux humoriste du Journal et le délicat interprète de la grâce féminine; Robert Besnard portraitise, surtout un petit garçon en rouge ; Borchardt dont il faut citer le joli dessin de la Femme au géranium, mène deux femmes à la promenade, et cela évoque — est-ce à cause du format ou de la toilette ? — certaines œuvres d'avant 1870 ; Gumery situe une famille au bord de la mer, expose aussi une porte enfeuillagée. un intérieur ; ÎMartel nous conduit dans un cabaret d'apaches de province ; Albert Laurens svniphonise une très intéressante série de femmes en blanc qui ont des légèretés d'Elfes ; son frère Jean prouve sa maîtrise atavique avec une sim])le petite étude de bateau. M. Moreau-Nélaton expose une suite d'intérieurs et de paysages d'une rare fraîcheur d'impression.
XAUDIX