‹ L'Art et les artistesChapitre 32 sur 150 · I. }\oiive,iux I.iiihlis, t. IV, p. !i · texte numérisé non relu

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l'éclat, la majesté, la gloire, dans tous les genres, une sorte d'aspiration à la grandeur. Auparavant, et plus on se rapprochait de l'époque d'Henri IV, plus on était .simple, naturel et voisin de la bonhomie : les arts eu.x-mêmes, qui avaient perdu de la délicatesse des Valois, marquaient de la probité et de la gravité en attendant de retrouver mieux. Je sais bien que l'emphase espagnole régnait au théâtre et parmi tout un monde de beaux esprits : mais la veine française directe se maintenait distincte. La littérature proprement dite n'offrait cependant, durant cette période, que troj) peu d'exemples à citer de la vérité dans les tableaux : on ose à peine rappeler les romans bourgeois trop vulgaires, dont Sorel donna la première idée dans son Francion. Mais c'était alors, à deux pas de nous, le grand moment de l'Ecole flamande et hollandaise, et il nous en arriva quelque chose...

« Trop rejetés en seconde ligne, trop négligés, même de leur vivant, totalement éclipsés durant l'époque radieuse de Louis XI\^ les Le Nain ont recommencé peu à peu à re]iaraître quand la splen-

Miisre h-\ FORGE

d'.\prks l.\ peinture de le X.\IX

dîur du règne académique diminua. Au xviii'" siècle l'excellent peintre de genre, Chardin, semble avoir voulu renouer à eu-x pour les scènes d'intérieur et la représentation des objets naturels... Chardin, qui était, en outre, un homme de beaucoup d'esprit, l'cpandait sur ses reproductions naturelles une qualité que les Le Nain avaient trop négligée ou ignorée, l'agrément : ceux-ci lui restaient supérieurs peut-être par un trait moral plus prononcé, par une bonhomie plus antique. »

Pour l'apport pictural de chacun des Le Nain, il n'a pas été nettement défini. « Il semble difficile — dit Antony Valabrègue — de préciser, d'une façon absolue, la part qui revient à chacun des trois frères. »• Il faut nous en tenir, en effet, à cette sage réserve, mais nous pouvons, devant les tableaux du Louvre, classer les œuvres et établir des différences. La Nativité est un tableau de caractère espagnol, par la Vierge, les anges, le berger à demi nu, la jeune femme brune, et le Saint Joseph barbu qui regarde en souriant le nous veau-né. Seule, la vieille femme au.x mains jointepeut faire songer à une bonne lemme de nos pays.

Avec les Portraits dans un intérieur, nous sommes en présence d'rme œuvre familiale, à la fois bourgeoise et campagnarde, conçue selon le mode de rassemblement et d'expression des artistes des Pays-Bas.

Il en est de même avec la Réunion de famille, où un guitariste à moustaches et à barbiche grisonnantes accompagne le chant d'une jeune personne à cheveu.x tire bouchonnés, assise au milieu d'un cercle de seigneurs attentifs.

Quell'-s sont donc les œuvres des Le Nain, peintres français, peintres picards, s'inspirant de l'existence villageoise et intune qu'avait connue leur enfance ? Les voici, et ces œuvres sont tout à fait extraordinaires, à cette époque, alors que l'imitation sévit, que les conceptions de la décadence italienne prennent la l)lace de l'observation directe et de l'émotion ressentie. Les Le Nain, avec trois œuvres bien simples, mais profondément vécues, suffisent à tenir en échec l'.Art mensonger et pompeu.x d'un Simon \'ouet, peintre du Roi. Celui-ci et ses élèves peuvent avoir en partage un art de composition et une verve d'exécution, mais ils aboutissent à des

pages creuses qui nous renseignent trop sur l'inditlerence et le \iile de leur esprit.

Les Le Is'ain se sont intéressés à une scène ordinaire, ramenée devant leurs yeux tous les ans jiar la saison.

Aujirès d'un bâtiment de ferme d'humble apparence, ils ont vu le.s enfants gardeurs d'animaux, la laitière portant le vase de cuivre attaché àson épaule, la femme rude et solide assise à terre et endormant le dernier né, le joli groupe des trois fillettes debout sur la charrette de foin, qui écoutent le garçonnet jouer de la flûte, la poule et le dindon qui picorent, les porcs qui fouillent le sol le chien fidèle qui guette, — et ils ont peint le Retour de la fenaison.

Ils ont vu dans la flamme brillante et joyeuse et les ombres bougeantes de la forge, le jeune niaréchal-ferrant, mettant le fer au feu, le visage à demi éclairé par la rouge lumière du foyer. Il est chevelu et sauvage, maladif, sérieux et mélancolique. Auprès de ce Vulcain de village, debout entre son feu vif et sa massive enclume, il y a vme femme soucieuse et des enfants insouciants, et il y a un vieillard au repos, le regard fixe, qui tient de la main droite une pipe, de la main gauche une bouteille en osier. Les Le Nain ont vu et revu ce spectacle familier, — et ils ont peint La Forge.

Ils ont vu, dans la salle obscure d'une chaumine, trois paysans revenus harassés de leur travail, et assis, qui sur une escabelle, qui sur un tonneau, autour d'une planche improvisée en table. Les trois rustres ont. pour apaiser leur faim et leur soif, la miche de pain bis et le vin clair du pichet. Celui qui est à gauche boit, et il est tout entier à son acte. Il boit animalement et religieusement.

Celui qui est à droite, les vêtements en loques, les coudes de sa souquenille percés, les pieds nus.

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