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LE NAIN

LA CRECHE

celui-là ne boit ni ne mange. Il a terminé, il est place dans l'Ecole française. Ils sont dans la tra-

farouche, e.xténué, soucieux, et il songe. On pour- dition des anciens artistes, des primitifs, des

rait citer à son propos le passage — • si souvent gothiques, qui ont représenté les scènes de la vie et

cité! — de La Bruyère, et les vers d'une brièveté les personnages de tous les jours dans les mi-

si admirables de la Mort et le Malheureux, où niatures des missels, les peintures religieuses, les

La Fontaine a fait, comme La Bruyère, la descrip- sculptures des cathédrales.

tion du paysan du xvii'^ siècle. Je ne citerai ni Ils ne sont pas à la mode des italianisants du

la prose ni les vers, mais il n'est pas défendu d'y temps, épris du-, fràcars jdécoratif et du style,

songer, ni d'y faire songer. Au milieu, entre le mais ils montrent le. chemin aux artistes qui vien-

paysan qui apaise sa soif après avoir apaisé sa faim, et le paysan qui rumine son triste sort, il en est un au tre, qui est parfait d'intelligence et de vaillance.

Il tient son verre en main et il va boire.

Mais avant, il regarde son camarade accablé, et il le regarde d'un œil qui semble lui dire qu'il a bien tort de se laisser aller ainsi, et qu'il ferait bien mieux de boire un dernier coup avant de retourner à l'ouvrage. La vie est encore bonne puisqu'il y a une salle pour se réunir, un escabeau pour s'asseoir, une table où s'accouder, du pain qui sent lion la farine, un vin récolté au coteau, une ménagère comme celle qui est là, de visage attentif, pour veiller à toutes choses, des enfants comme les trois qui tournent autour de la table, et même un air de musique pour vous remettre un peu de joie au cceur, puisque l'un des trois garçonnets accorde son violon pour le dessert.

Les Le Nain ont vu et senti cela, — et ils ont peint le Repos de paysans, de la galerie Lacaze.

Cette toile suffirait pour leur donner leur

PORTR.\ITS DANS UN INTÉRIEUR (FR.'\GMENT) d'après la peinture des le NAIN

dront plus tard.

Ils sont les précurseurs des réalistes du. xixe siècle, de . Xpurbet, de Bon- -> vin;. ".de.', Jean- Erailçois - Millet, ' -de;-, Râffaëlli,- et ~ de ces • nouveauvenus, : Charles Milcendeau, Eugène Martel.

Les Le Xain avaient l'humeur grave et en mê- , me,, temps une • fine. gaieté, l'ob- ■ seryation jiittoresque et profonde. Peintres, ils avaient trouvé une manière d'exprimer en rappçJrtiayec les Sujets qu'ils représentaient.-

< r sont les Goncouit qui ont remarqué, à propç.s .de ■ Millet, que les . vêtr ments de drap et les blouses -de toile- des— -paysans étaient de la couleur de !a-terre et' de la couleur du ciel.

Regardez les paj'sans des Le Xain à la galerie La Caze : leurs peintres ont peint la bure dont ils sont vêtus avec la terre des champs.

On pense, en les voyant, aux sillons bruns, aux garennes grises, aux étendues qu'ils labourent et qu'ils ensemencent.

Gustave Geffkov.

Clichi's Morcfiii et Driit'f.)

I^^usce du J.ouvrc.

U. C)/i/ii/i/ <i /<i (l/ici/i't^clle^

Imp. Louis Fort Pans

Les Figures de Corot

EUGENIE DUTILLEUX

COROT ^ OKOT n'est pas seule-

^^ mont , comme on le croit trop souvent, un grand paysagiste. Ses figures, longtemps, méconnues contrilnient avec ses traditionnnelles matinées et ses soleils couchants universellement admirés à lui assurer la première place à la tête de notre moderne école française. j\I. E. Moreau-Nélaton, l'auteur de l'Histoire de Corot \ dont nous avons signalé dans notre dernier numéro la récente apparition, nous autorise à extraire de son livre quelques clichés et divers passages intéressants relatifs à cet aspect encore insuffisamment apprécié du maître et de son talent.

« ... Son délassement favori, c'est de prendre une semaine de modèle, d'affubler une de ces faubouriennes qui courent les ateliers d'oripeaux plus ou moins italiens et de s'appliquer à peindre pour le plaisir de peindre, pour la joie de fixer sur la toile un beau regard noir et d'harmoniser le blanc d'une chemise avec le jaune d'une manche ou le rouge d'un jupon. »

c( ... La clientèle boude les figures de Corot. Il est convenu qu'il ne sait pas dessiner une tète. About se fait l'interprète de l'opinion générale quand, après avoir couvert d'éloges ses paysages, il l'accuse de n'être « pas de force à peindre un portrait ni à modeler un torse ». L'apparente gaucherie des bonnes femmes de Corot déroute la plupart de ses confrères. Ingres, qui se rencontre par hasard avec lui chez Haro, devant une de ses Vénus, s'échappe brusquement pour n'avoir pas à dire son sentiment jusqu'au bout.

« Cependant, avec plus de clairvoyance, Hippolyte Flandrin avoue que « ce diable d'homme met dans ses figures quelque chose que les spécialistes n'ont jamais mis dans les leurs ». C'est qu'il va chercher l'âme et la vie à travers

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