LE LEVRIER MORT
D'après le dessin k la pointe d'argent de PlSAXKLl.C).
ces bêtes de Pisanello — et la caricature est pilus marquée, plus délicate, plus mordante que dans les transformations voulues d'animaux en gens dont on abusa souvent chez nous, sous la plume de Granville entre autres.
Sans intention — sans le voir peut-être même — Pisanello a apparenté l'humanité aux bètes qui la confinent — et la délicatesse de sa vision traduite par la délicatesse, plus subtile encore, de son exécution, a donné des chefs-d'œuvre qui sont parfois supérieurs aux japonais comme un oiseau vivant est préférable à l'oiseau mort, si bien naturalisé soit-il.
Et cette fraîcheur de traduction s'accentue encore quand on voit, mêlées aux Pisanello par la fantaisie ou j)eut-être la superficielle érudition du collectionneur de l'album, les cruelles carica-
D'aprè;
LE CIL\C.\L la miniature de PIS.ANELLO.
LE LUI r D'après la miniature de PISANHLLO.
tures du Vinci — qui ont, elles, une férocité d'intention qui les rend à côté des autres peutêtre fort souvent inférieures.
Il y a, pour un naturaliste et un iihysiologiste, une étude infiniment fructueuse à faire, des médailles et des dessins de Pisanello.
Une autre étude, mais qui .se réduirait à des conjectures, serait de se rendre compte par l'imagination, de ce que purent être les somptueuses peintures dont il ne reste que des ruines. On le peut, en partie, en étudiant attentivement le riche petit tableau de la National Gallery, saint A Moine et Saint Georges (ce si beau saint Georges à l'extravagante armure d'argent) si parfait de matière, si noble de maintien, si ravissant de détails.
On est invinciblement frappé en regardant cette caressante composition de tout ce que l'on peut dans Gustave Moreau retrouver non seule-
ment de l'architecture féerique des lointains mais même encore de ressemblance, de similitude presque d'expression, dans la suave et voluptueuse figure- du Chevalier. Les maîtres comme Pisanello font toujours songer à quelqu'autre maître qui les suivra.
Avec ces divers éléments que nous venons de passer en succincte revue, l'on peut reconstituer de Pisanello une figure singulièrement haute et fière ; sorte de fils par volonté d'Orcagna et de Lorenzo Monaco, s'attardant à leur conception de la grandeur tout en devançant son propre temps par sa conception de la vie. Philosophe aussi peut-être,
— philosophe sans, le savoir, ou sans le vouloir paraître — car sur les arrière-pensées de ce brave ouvrier au menton volontaire, à la bouche petite et serrée, à l'œil en apparence un peu appesanti mais très pénétrant, un certain revers d'une de ses médailles en dit long. C'est le revers de la médaille d'Alphonse d'Aragon, dit le Magnanime. L'on y voit, avec cette inscription : Liberalitas luigiista, un aigle qui vient de tuer et commence à dépecer, fier et sombre, un cerf qui palpite encore. Autour de lui, de respectueux et impatients vautours attendent leur part de la proie...
Arsène Alex..\xdre.
TROIS BICHES D'.il.rcs le dessin .i l.i plume de PIS-WELLO.
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Cliehe Dornac.