‹ L'Art et les artistesChapitre 58 sur 150 · GEORGES PICARD · texte numérisé non relu

GEORGES PICARD

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Étude pour un portrait

l'artiste ! Elles connaissent aussi le doute et l'anxiété, parce que toute réalisation les encourt et que sans scrupule il n'est pas de ' travail. Mais ce doute s'applique à leur faculté d'exprimer, il ne touche pas aux sujets, aux raisons secrètes qui mettent le pinceau à la main. Aucun élément métaphysique ne complique ce doute du bon ouvrier qui se demande si son œil a bien vu. si ses doigts ont été experts. Il ignore l'angoisse infinie de voir lui échajiper son idole, et du moment qu'il a fait de son mieux, il est tranquille. Je vois en Georges Picard cet ouvrier de toutes les heures. lojal. ])atient et paisible, exempt des névroses et des outrances de .son époque. Tout le rattache au .\vin« siècle ; il eût été le gai compagnon d'un Lenioyne. travaillant au jilafond d'Hercule, y modelant avec amour de belles femmes roses et blanches, y jetant des festons de fleurs, y laissant un jieu d'anonyme immortalité, faisant son devoir sans ouvrir son âme au.x conseils des « heures corrosives >< dont a parlé Edgar Poe. Mais faute d'avoir vécu dans sa véritable période, il la prolonge au milieu de nous par sa bonne humeur et la probité de son travail, et il incarne un type d'artiste autochtone qui disparaît de plus en jilus.

Nous ne savons rien de ce que l'avenir j)ensera

de nous. Il nous est à peine permis de le supposer en voyant la forme de nos jugements à l'égard du passé. Les œuvres ornementales et directes survivent aux œuvres intentionnelles et spéculatives. Nos idées ne nous appartiennent pas : nous n'en sommes que les véhicules, nous les avons reçues d'autrui et nous devons les rendre. Seul notre corps est à nous. Il en est de même en peinture. Vn beau buste nu. une arabesque de branches, un bouquet, demeurent universellement compréhensibles et, si l'on peut dire, individuels. Leur valeur se transmet entière au-delà des discussions. C'est pourquoi il est bien ]30ssil)le que des morceaux comme ceux qu'a signés Georges Picard survivent, préférablement à des œuvres qui nous émeuvent ou nous font réfléchir davantage et qui, admettant en leur composition une part de mystère, en seront peu à peu rongées jusqu'au non-sens à mesure que le mystère se présentera différemment. Les idées changeantes offrent quelques masques immuables derrière lesquels c'est la passion de l'humanité que de les rechercher toujours, et représenter ces masques n'est peut-être, pour le peintre, que le rôle essentiel et la véritable profondeur. Tout le mystère multiforme de la femme palpite sous la chair soyeuse d'un pastel de Georges Picard.

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