CAMILLE M.M'CLAIR
PL.VI-UND ,\ L HOTEL DE VILLE DE P.VKIS D'apixs 1^1 pc'imuie de- G. IMCAIvD.
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LENBACH
Clicht Brncktnann.
Portrait de Lenbach, par lui-même.
Franz Lenbach
TkyfUNICil \-iriit (K' trivv I.cllh.uii. La N'illc (le l'ait ■^'■^ allemand a consacré la gloire de son grand ])eintre, et toute une foule a défilé devant ses toiles. Elles avaient été rassemblées des parties les plus reculées de l'Empire, et solennellement exposées dans le temple antique qui s'élève à la Place du Koi. Les Allemands restent saisis d'admiration devant l'immensité de cette œu\i"c. L'étranger comprend cet enthousiasme et le partage. C'est que 1. en bac h est le jiortraitiste de la nouvelle Allemagne. Il nous a légué le souvenir impérissable de ses gloires : artistes, politiques, savants, hommes de guerre, et il les a reproduits avec le talent le plus élevé, le goût le plus fin, et le plus profond regard. Lenbach est le peintre de Bismarck, de \\'agner.
de Momm.sen. Il en est à la fois le ps\'chologue et l'historien, le seul peutêtre qui fut capable de transmettre à la postérité une digne image de ces colosses. Mais il demeure en même temps le peintre des
les a pas vues. Il les néglige. On ne connaît qu'un tableau de lui, où l'exécution des mains ait été traitée avec quelque scrupule. L'n critique d'art, compatriote de cet artiste, disait une fois : « Le jKjrtraitiste doit donner dans la main un surjilus de ]5sychologie. » Lenbach atnait ])u lui réj)ondre : « Comment le pourrait-il, pui.squ'i) donne dans
le visage la totalité
' de l'e.xpression .' »
Et c'est pourquoi il répandait à la manière d'un Titien, d'un Rembrandt, d'un \'an Dyck, toute la lumière, toutes ses lumières, MU' le visage du modèle qui captivait son attention.
Lenbach n'a jamais ré]5ondu aux critiques — même très vives — que soulevait son oeu- \ie. Il a pris .soin lui-même de formuler son esthétique.
Il philosophait, dès sa jt'unesse. avec Hoecklin. son ami intime, si différent de lui. sur la nature et sur les fins de la beauté, sur le goût, sur le style. Boecklin ne parvenait pas à comprendre comment Lenbach, si réaliste à la fois et
ELEONOR.\ DUSE
n';i]nès lin crayon de LIiNB.\CH.
femmes les plus gracieuses qui aient embelli de si idéaliste, osait compromettre ses travaux les
leur charme la seconde moitié du Nix^ siècle. plus remarquables par des alentours d'un dilet-
Travailleur scrupuleux lorsqu'il modelait un tantisme parfaitement ridicule. Un examen de
visage d'homme, causeur plus nonchalant quand son œuvre dans les salles de la Kœnigsplatz
il s'attache à reproduire la grâce, l'abandon fémi- nous permet de donner la réi:)lique posthume
nins. Lenbach intéresse et charme tout à la fois, et définitive de Lenbach : « La physionomie
On l'aime jusque dans ses défauts. On lui pardonne était de mon ressort. Rien de jilus, et c'est
cette négligence souveraine — cette négligence assez. Xe voyez dans le reste que des effets de
si peu allemande — qu'il manifeste jiour tout ce couleurs et de lignes, destinés à rehausser le
qui n'est pas « le visage ». C'est que la personne plus possible le relief de mes têtes. » Où est
tout entière se résume pour lui dans les traits de d'ailleurs le peintre moderne qui aurait trouvé
la figure. Les mains se tendaient vers lui. 11 ne comme lui ces fonds d'un brun doré, d'un noir
mystérieux, qui rappellent le Titien, Rembrandt, Van Dyck ?
Lenbach était l'artiste né. On le voit s'élever, tel qu'un palmier clans le désert, d'un milieu de paysans très pauvres, d'une famille où dix-sept enfants partageaient la misère des parents. Son père était maçon. Il habitait Schrobenhausen, village situe non loin d'Augsbourg. Franz, l'aine des onze frères, fut appelé, dès sa quatorzième année, au privilège honorable, mais bien lourd, de subvenir aux besoins de la bande. Il ne passa que trois années à l'École commerciale de Landshut. Cette instruction lui permit néanmoins d'être l'architecte de son père. Lenbach dessinait des plans pour les nouvelles maisons de Schrobenhausen. Ce travail lui rapportait des sommes énormes : un florin par ]ilan (2 fr. 50). L'ne fois le travail technique achevé, le futur maître prenait des pierres, une pelle, et il aidait son f)ère, de toutes ses jeunes forces, à élever les murs de l'habitation qu'il avait dessinée. Les murs plâtrés, bien cimentés, il restait encore à les brosser avec de belles couleurs : du bleu, du rouge, que le jeune Lenbach avait à sa disposition, à pleins seaux. Donnez un cheval à l'enfant d'un gaucho : il s'improvisera cavalier. Mettez dans la main d'un artiste des jiinceaux,
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LE V.WXl LliUN .XIII U'upiès kl peintun; de LE^'BACll.
de la couleur. C'en est assez j)our qu'un chefd'œuvre naisse.
Schrobenhausen faillit être inondé sous des ifots de couleur bleue et rouge. Franz ne désarma pas. Il voulait qu'une enseigne peinte par lui se balançât à la porte de chacun de ses habitants. Pour le pri.x d'un Iforin, il dessinait le portrait d'un cheval, d'un pourceau, d'une vache. Il coramença même à reproduire les « gros bonnets » de la localité, des familles entières de Schrobenhausen. C'était alors l'usage, comme au temps de Holbein et de Lucas Cranach, de consacrer des ex-votos à la Vierge de la Chapelle, à Altoetting. On la remerciait ainsi de son intercession, pour une vie qu'elle avait protégée, une récolte qu'elle avait sauvée. Lenbach aimait plus tard à raconter avec beaucoup d'humour, combien il était heureux de peindre pour la Vierge ces familles nombreuses : père, mère, filles, fils, côte à côte, rangés comme des tuyaux d'orgue, tous an même tarif : un florin par personne.
Tant d'efforts artistiques ne pouvaient pas rester inaperçus. Aussi bien, l'année 1852 vit-elle le jeune Franz à l'École polytechnique d'Augsbourg. 11 n'y apprit qu'une chose: une haine sans réserves ])Our tout ce qui lui rappelait l'Académie. Ses excellents maîtres de l'école s'en tenaient aii.x iornuiles a]iprises. Il fallait dessiner d'après de vieilles lithographies françaises. On les copiait minutieusement, jusque dans leurs lignes les plus fines, ce qui fatiguait les yeux délicats de l'élève. Il prenait la fuite. Cette jeune àme d'artiste avait besoin de liberté. Il retournait alors à Schrobenhausen, pour y brosser « de la nature », soigneusement, ardemment, en compagnie de .son ami Hofner, qui habitait à côté de lui, à Alesing, dans une maison qu'il avait héritée de son père, et que Franz avait construite, ([uelques années auparavant. Les jours de lete, les deux amis faisaient, côte à côte, le long chemin qui conduit à Munich, afin d'étudier dans cette ville, si féconde en musées, l'exemple illustre des vieux maîtres.
La jeunesse de Lenbach ressemble point par point à celle de Henner. Lui aussi, le grand artiste alsacien, il appartenait à une famille nombreuse de paysans, de Bernviller. Pour apporter quelques francs à son père, il entreprit le portrait des familles les plus riches de la contrée. Puis il travailla le dessin à Strasbourg ; et de retour dans son villa'.îe. il laisait à pied la longue route qui conduit à Haie, iiour y admirer, y étudier ses chers Holbein... Les petits paysages de Lenbach, composés à Schrobenhausen, sont maintenant
iiS
FRANZ LENBACH
Le prince-régent Luitpold
jalousement gardés par les collectionneurs. Ce sont des souvenirs historiques. Et certes, ils ne sont pas plus mal que beaucoup d'autres qui peuplent aujourd'hui les salons modernes.
Le peintre Graefle à Munich, les trouva à son goût. Il ouvrit son atelier à Lenliacli. Graefle était un artisan de la Cour bavaroise. C'était un peintre lade, médiocre imitateur de certains maîtres français du temps. Lenbach ne juit y résister.
Au bout de deux mois, il se retrouvait au village natal. Mais une année plus tard, il excitait l'intérêt du grand peintre historien Pilotv. Piloty était alors dans toute sa gloire. Ce (ut sous son inspiration que Lenbach travailla à sa première grande toile : une scène de jiaysans qui se sau\'ent dans une chajielle, devant l'orage. Le pas décisif était fait. ( )n remarqua beaucoup, à l'exposition du Kunstverein, l'ccuvre de ce jeune homme de vingt et un ans. qui avait pu, sans instruction, s'élever à ce haut degré de perfection. Mais on critujua très vivement
LE KOXPRIN'Z FRIEDRICH-WILHELM r)'.i|iles l;i |U'inlur>- Je 1. EXBACH.
M)n naturalisme Si nous regardons aujourd'hui ces jiauvres faucheurs qui se penchent devant la Vierge, avant d'entrer dans la chajielle, dans une attitude si justement étudiée, nous ne comprenons rien à cette ]ietite temjiète qui s'éleva en
IN57 dans
bonne
ville
de ^Munich. Le
LE PRINXE DE BIS.M.\KCK Daprcs un dessin de Ll-..Mi.\CH,
genre paysan récoltait, d'ailleurs, les mêmes reproches ridicules. Et Piloty lui-même, était mis à l'index pour son réalisme. On l'accusait de vouloir empoisonner la nou- \'elle école munichoise. Le mérite essentiel (]ue nous décou\-rons aujourd'hui dans ce premier tableau de Lenbach — le premier (pu compte réellement dans son œuvre — c'est d'abord une certaine notion de la couleur, inconnue jusque-là aux peintres allemands du plein air. Il a\'ait réussi à trou- \'er le 1)11111 de la terre nue, et ce brun taisait horreur aux braves esthéticiens du temiis. Ils accusaient le « naturaliste » de traîner ses toiles dans la boue. Il se trouva cependant, malgré ce scandale, un audacieux, qui paya pour les Paysans à la cliapcllc, une somme respectable. L'Etat y adjoignit un ])rix. ce qui permit au jeune ai tisle d'accompagner son niaitre Pilotv en Italie. \'oir le Titien, c'était son rêve! Lenbach rapporta de ce voyage des
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LE SCULPTEUR BEGAS D'après un tableau de LEXBACH.
études pour un grand tableau L'Arc de Tilifi plus fortement encore influencé de Piloty, et plus critiqué encore que les paysans, à cause de son caractère accentué de naturalisme. Les vieu.x maîtres de Munich ne voyaient pas que plus ils fouettaient ce « cheval de campagne », plus il se mettait à courir. Le pavsan à tête carrée s'entêtait de plus en plus dans sa voie. Si bien que le goût de Piloty finit même par lui sembler trop stylé, et qu'il ne se plia plus que difficilement à la discipline de l'atelier. Chaque fois qu'il le pouvait, Franz se sauvait dans la nature vraie de Schrobenhausen. Là. quand il entrejn-it son fameux Jeune berger couché dans i herbe, il obligea le pauvre garçon qui lui servait de modèle, à exposer ses jambes, pendant des heures, au soleil brûlant. Lenbach voulait obtenir ce « brun chocolat » qu'il avait admiré à la campagne. Quand on vit exposé à Munich ce berger avec ses jambes rôties, ce fut un cri unanime. L'Etat, encore une fois, avait bien placé son « prix de Rome ». On ne voulait plus de ce fils de maçon qui portait la boue de son vUlage, dans la ville de Munich, si fière de sa propreté. La carrière de Lenbach sembla brisée à jamais. Pilotv même jugea qu'il fallait éloigner l'imprudent.
.V ce moment, arrivait à Munich un être encore plus curieux (pic Lenbach : Boecklin, l'idéaliste, le symboliste ])ar excellence, l'iionnue des nuages, le peintre de l'Ile (les .Aines, tout !<■ contraire du réalisme de Schrobenhausen. Lenbach et lui devinrent amis, d'autant ]ilus que le grand-duc de .Saxe les aijpi'iait tous les deux, sur le conseil de Piloty, à son école d'art nouvellement fondée à Wcimar. Ils y rencontrèrent Begas, le .sculpteur aujourd'hui bien connu de Berlin. Le grand-duc rêvait de faire de la petite ville de Gti-the et de Schiller un centre d'art. Il n'y parvenait pas. L'académie de W'eimar a gardé un caractère plutôt familier, où des artistes rares, quelquefois de grand talent, comme Hofmann, goûtent les joies d'une petite ville de campagne où traînent encore de grands souvenirs poétiques. Lenbach et Boecklin y passaient leur temps à jihilosopher, à discourir sur l'art ; et s'ils profitaient l'un de l'autre, c'est que chacun se fortifiait dans sa position. Boscklin comprenait bien qu'il resterait éternellement plongé dans le mysticisme. Lenbach s'apercevait qu'il ne posséderait jamais aucune fantaisie. Et dans cette considération, il se tourna vers sa véritable destinée : le portrait. Les deux bohèmes retournèrent deux années ])lus tard à Munich, où ils retrouvèrent leur grand protecteur, qui devait, dès maintenant, jouer un rôle tout à fait prépondérant dans le développement de la carrière de Lenbach.
C'était le comte de Schack. qui dotait Munich d'un magnifique musée, plein de tableaux anciens et modernes, et d'excellentes copies des grands maîtres. Accompagné de Boecklin et du comte, Lenbach voyagea en Italie et en Espagne pendant plusieurs années. Plein d'un enthousiasme religieux, il se mit à copier pour la galerie du comte de Schack, le Vénitien, et plus tard Velasquez. Ces copies de la main de Lenbach, qu'on voit dans la galerie de Munich, sont des chefs-d'œuvre en elles-mêmes.
Dès son retour à Munich en iSbb. l'artiste est complètement imprégné des influences de Titien, et il le restera jusqu'à la fin de sa vie. L'année suivante, il exposa quelques portraits, entre autres le sien, et celui du romancier idéaliste, Paul Heyse, dont il donnait plris tard une réplique beaucoup plus magistrale, à l'exposition de Paris. On y remarquait ces têtes entourées d'un noir impénétrable, qui faisait ressortir avec tant de vigueur les profils éclairés. C'est environ vers cette époque
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FIUNZ LISZT I)',i|.i-è< le tabk-au .le I.KXBACII.
que Richaid Wagner apiiarut à .Munich pour y donner ses Maîtres Cluuitcurs. Ce grand génie musical attirait Lenbach, et jusqu'à sa mort, il lui garda son amitié. On ne possède jias de portraits jilus saisissants et plus vrais, on voudrait dire l>lus monumentau-K. de cette tète unic]ue de Wagner, que ceu.K de Franz Lenbach. Il se déjiassa lui-même cependant, lorsqu'il arriva en face de son grand inublèmc : la tète de Bismarck.
Cependant Munich méconnaissait toujours son prophète. C'est à Vienne que le grand monde découvrit d'abord la future gloire de la Bavière. Le jieinlre réaliste trouva dans la capitale de r.\utriche le pain, vers lequel l'art se dirige. (Kiiiist i^t'/il nach Brul !). Bientôt, il n'y eut plus de jolie femme à Vienne qui ne brûlât du désir de se laisse dessiner par la main de cet homme étrange et .sympathique. Les cercles de la ]5lus haute société fêtèrent l'artiste à la longue iiarbe roussàtre, aux yeux vifs, aux manières franches, et d'un langage à la fois si brusque et si juste. L i ■comtesse Andrassy, la princesse 01)ren()witsrh, la comtesse Clam-Gallas posèn'Ut devant sa palette ou ses crayons.
Lenbach ne dépensait pas pour ces portraits la force entière de son talent. Il esquissait la grâce. Il n'approfondissait ])as le caractère. Il donnait en quelques lignes le charme du ])rofil : il caressait les reflets d'une jolie chevelure, il ne s'arrêtait pas aux détails. Les couturiers de Vienne n'eurent guère à se féliciter de ce ix'intre. Quelques traits, et la robe était indiquée. Une seule fois, Lenbach a pou.ssé l'exécution d'un costume. C'est dans le jiortrait de la jolie millionnaire munichoise. M""" de Poschinger. Elle eut ainsi la chance de voir éternisée sa robe à plis, à la mode de 18^5.
Lenbach devint plus tard le peintre de la Cour. Il faut reconnaître que ce titre ne lui fut [las conféré jiour récompenser sa flatterie, ni sa comjilaisance. Uniformes, décorations, costumes d'apparat, Lenbach voulut tout ignorer. <( Oui n'avait pas de tête n'avait pas de majesté. » Pour être peinte par lui, une femme devait être belle, et non riche. Lenliach fut un gourmet de la beauté. Les iiortraits de la comtesse
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LENBACH
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Marion
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Moltkc, la pri-miôre kniiiu' de l'artiste, a\'cc latiuello il (ii\()i(;a, et celui de la baronne Hornstein, sa deuxième femme, nous montrent un exemple de cette gourmandise raffinée et délicate.
Ouelle élégance dans ce dessin !
Quelle hardiesse dans la couleur I Ouelle nonchalance aussi dans le détail !
Il n'en était pas de même pour les portraits d'hommes. Là, Lenbach travaillait avec une patience de ciseleur, patiemment.
sans se lasser, cherchant les traits les plus fins, les plus déliés, les plus cachés. Psychologue à l'œil perçant, il mettait dans ses toiles tout ce qu'il apercevait de l'âme et de la volonté de l'homme qui posait devant lui. Et quelles illustres figures la destinée lui a permis de rencontrer t Lenbach nous a laissé des portraits, déjà célèbres, de Léon .Xlll. de Gladstone, de Marco Minghetti. Delbruck, Doellinger, Wagner, Liszt. Strauss, Biilovv, Lévy, ont posé devant lui. 11 nous a conservé le souvenir de Mommsen, Schopenhauer, Helmholtz, Pettenhofer, Boecklin, Begas. Il a
LE P.-IYS.\.\ D'après le tableau de LENBACH.
LA MAISON DU PAYSAN D'après le tal.leau île LK-MiAl'il.
enfin tracé des figures imjx'rissables de Luitj)old de Bavière, des empereurs (juillaume I'''' et Frédérir 111. de Bismarck, de de JNIoltke.
Le Chancelier de Fer, si peu enclin à poser devant les peintres, fit exception pour Lenbach. Il aimait ce stratège du pinceau. Il l'admettait dans son intimité. Les tableaux et les dessins que Lenbach nous a donnés de Bismarck ne se comptent ]ias. On aperçoit le colosse, pendant l'histoire de vingt années, avec ou sans casque, en tenue de parade, en homme d'État, en cau,seur dans l'intimité, en famille à Friedrichsruhe, où Lenbach fut le seul artiste à qui l'on permit de prendre un dernier dessin 1'' jour de la mort du prince.
Jamais toute la puissance psychologique de Lenbach ne se déploya plus à l'aise qu'en présence de cet homme dont le regard faisait trembler tout être qui l'approchait pour la ])remière fois.
C'est un monument gigantesque que l'œuvre de Lenbach a élevé à la gloire de Bismarck, pour la postérité.
Les portraits des empereurs sont beaucoup moins intéressants et plus conventionnels. Mais par contre, le crâne chauve de de Moltke (qui poussait l'amabilité envers son grand contemporain, jusqu'à enlever devant lui sa perruque pommadée, puisqu'il fallait mettre âme et cervelle à nu), ce crâne restera une des curiosités de l'œuvre de Lenbach. C'est d'un Holbein impitoyable.
L'exposition de Munich contient toutes ces gloires. On y remarque la tête merveilleusement martelée de Liszt, celle de Schweninger, d'un tempérament si puissant, d'une vigueur si mâle,
celle de Busch. le poète satirique des enfants de l'Allemagne, celle du Prince-Régent Luitpold, un des rares portraits où Lenbach s'intéressa aux mains, le portrait de la princesse Clémentine de Cobourg, considéré comme le meilleur portrait de femme exécuté par l'artiste, et celui du comte de Schack. Il rappelle parfois Rembrandt, en s'élevant presque vers les hauteurs de ce géant unique du portrait, parfois Titien (une de ses plus belles toiles représente le comte de Moy dans l'arrangement fidèle du costume aimé de l'Italien), parfois Van Dyck, parfois encore V'elasquez. Lenbach a été l'adorateur des grands maîtres anciens, toujours modernes.
L'exposition de Munich présente, en outre, au grand complet, des portraits de famille : la char-
mante Marion qui faisait la joie de la somptueuse demeure de l'artiste à Munich : la villa Lenbach, ainsi que le double portrait de cette enfant chérie et du ]ieintre, qu'on a pu admirer à l'exposition universelle de 1900.
Franz Lenbach s'est endormi pour toujours au mois de mai 1904. Il a connu tout l'enthousiasme et toute la gratitude que l'Allemagne est capable de manifester envers ses hommes de génie. On lui a fait des funérailles nationales. Mais sa véritable apothéose est dans cette pieuse réunion de toutes ses œuvres, que la capitale de la Bavière a exposées cet été, avec une fierté bien justifiée. L'Allemand peut dire de Franz Lenbach qu'il a été le grand peintre d'une grande époque.
Carl L.\hm.
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