MISS MARY MORGAN
L'ART l-;i' LES ARTISTES
ondeur pleine de son visas;e aux •eux clairs s'érige avec assurance ur le carré de sa gorge décollecc, mate, nue et chaste. A l'ogive lu lioni s'accorde, soulignée l'un liséré plus claii'. la double •okiie du vaste chapeau recelant me ombre d'émeraude. He la ■ondeur des uinibanics épauks ;lisse avec grâce une écharpe l'im ton acide qui se ramène, en ui double ciMilour. jusqu'à l'inlexion des bras; les mains aux nitaines de dentelle ajourée se •ejoignent avi giron de l'ample ■obe, dont les plis simples souiennent toute la calme architecure téniinine. l ne eurythiuie ;'aHirmc et se dérobe a\ec lui act délicieux. Toute indication le surfaces iibliques ou monantes ramène l'ceil à la consilérationde la face. I ne anglaise ic cheveux bruns se suspend à iemi sur la chair pure du sein Iroit. Dans les prunelles, pa- ■eilles à la Heur du rnmarin.
.'inscrit un rêve tempéré, la -anté d'une àme rassurée, inrarnée dans une chair sans né- .•rose. On suppose une vie. on a sait : au fond sombre et uniaire du tableau la songerie susrite les détails du décor où cette emme doit certainement vivre.
Zlet art sévère et fleuri tout en- ;enibleest bien septentrional. Nul de nos Français ic résisterait au désirde rendre plusvaporeuse l'apparition, ou d'allumer avec vivacité le feu d'un joyau ou la soie d'une rose, d'un nœud, d'une passementerie. .lohn Laverv s'en tient à la puissance des musiques sourdes, et l'ombre où il aime placer ses figures ne recèle aucun fantastique. Elle est simplement l'enveloppe intimiste et quotidienne où. aux heures déclinantes, dans la douceur du jour fermant, se déclot la pensée reposée et confiante.
Il a fait de beaux portraits d'hommes; mais c'est avant tout un féministe, avec parfois ime vivacité française. Regardez \'era ChrLstic, le geste alerte de la main souple au bout du bras qui s'accoude, le caprice de l'autre main fuvante, toute l'allure du jeune buste penché que contrarie le rejet de la fine tète au regard d'oiseau, sous le chapeau d'uiu si pi-este peinture : c'est presque un .lacques lïlanche. et c'est enlevé
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vi:ra cHiusrii-:
comme une esquisse de Manet. La présentation ovale de l'eHigie de miss Mary Morgan rappelle avec insistance Whistler : c'est le même roidissement un peu figé d'une tète racée, aux yeux troids, au mentiin lourd, à la bouche chai-nue. le même fardeau de chevelure étagéj, qu'en certaines figures du maitre de Chelsea. l.a Violoniste évoque Manet encore : peinte en toute la personne, !*-ec beaucoup d'atmosphère alentour, un mur vaste, où s'inscri\ent sobiemeni un cadre et une crédence, un canapé dans une lumière Iroide, un sol gris, cette femme décolletée, volontaire et pensive, est construite par de merveilleux glacis. .le ne sais quel souvenir de Stevens se propose en l'étudiant, encore que la lacture soit toute différente : peut-être la proportion de l'être relativement au cadre, la qualité des chairs, l'apprêt cérémonieux de son élégance noire.... La comme ailleurs, .lohn Lavery a quelque chose.de grave qui rejette l'idée de virtuosité. Rappelons-
nous encore la jeune femme en pied, de profil, avec une robe grise, un mantelet brun, un chou bleu, qui érigeait au Salon d'il y a trois ans sa silhouette obscure et frêle. C'était le plus solide morceau de peinture qui fut là, et cependant défendu de l'admiration trop directe par une sorte d'effacement discret des moyens. On ne découvrait que lentement, au demi-jour de la haute apparition, la maîtrise graduée des valeurs, l'extrême force de synthèse, tout ce qui faisait de cette toile une leuvre plus sure qu'un Alexander, plus savante qu'un La Gandara, plus sereine qu'un Boldini, plus stylisée qu'un Zorn, et plus sensiblement vivante qu'un Whistler. La dédaigneuse impersonnaliié volontaire de l'Anglo- Saxon évoquait impérieusement le mot de Flaubert : « L'artiste doit être comme Dieu dans la nature, présent et ressenti partout, vu jamais ■■.