‹ L'Art et les artistesChapitre 7 sur 150 · L.\V1'^R\' — LA VlOLONlSTli · texte numérisé non relu

L.\V1'^R\' — LA VlOLONlSTli

Le portrait de l'artiste et de sa fillette, qu garde le Luxembourg, en dira plus long sur lu: L'enfant au beau visage, dans sa robe blanche a déjà l'héréditaire assurance calme, que dénot le geste d'une main décidément posée au bra d'un fauteuil de bambou. Derrière et au-dessu d'elle s'accoude le père, attentif et sérieux, u doigt sur la tempe, l'autre main fine et crispé sur une hanche. L'arrangement est une merveill de simplicité, et déjà là nous saisirons la nuanc de tendresse particulière de cet homme conten et savant. Rien d'expansif dans le geste, aucun de ces recherches d'enveloppement, d'attouche ment, qu'un Français, se peignant auprès de s tille, eut précisées; mais un sentiment de protec tion, d'équilibre, une présence sérieuse, une con" munion d'àmes attestée par les regards, par 1 similitude délicate des traits et des expression; Une comparaison de cett œuvre avec un Carrier dirait mieux que de long discours la dissemblanc psychologique de deux ract en ces deux épanchement d'artistes songeurs et pi reillement jaloux d'une dis tinction dérobant son émc tion aux mvstères des pt nombres. Là où Carrier exprime l'etfusion du cœu par de suaves passages d tons, de câlines souplesse; Laverv maintient nette c terme l'attitude paternel!

qui veille; et même l'enfar apparaît sans rêves, san craintes, droite et lucide legardant venir la vie t levant son petit front d'oi

gueil et de clarté

l'n Salon récent non montrait un poème où s révélait une ingénuité pre; que sensuelle. C'était cett jeune rille en blanc tenar une brassée d'aubépines t appelée Printemps. U grand succès vint à Laverv pour la première fois u sourire atténuait la gravit de son stvle, et les fond de son (eu\re s'éclairaieni Au long d'une boiserie gris aux plinthes blanches mor tait la longue et svelt forme en ample jupe d

.1. LAVFRY

Marv in ijfccn.

L'ART F/r I.KS ARTISTES

linon drapée, corsagu - liclui , manches bouffantes serrées aux poignets minces : nul bijou et, sous le large et Irais chapeau bergère, sans plumes, ni rubans, ni boucles, rien que la note brune aux retlets d'ordes lourds cheveux annelés et de leur torsade tombante, l ne main retenait en l'évasant la spirale de la jupe fluide, l'autre appuyait à la hanche la grande palme fleurie des aubépines. La tète rose, penchée avec langueur sur un col gonflé de colombe, montrait, étonnée du délice de vivre, la fleur nue de son jeune soul'ire humide, déclose sur des dents brillantes, et le charme tout anglais du regard de pervenche et de lin s'attardait vers un aimé invisible. Il y avait là la grâce de Greuze transposée dans les souvenirs de l'Ecole anglaise, et même une moue à la Rossetti, et je ne sais quel balancement exquis dans le mouvement de la promenade qui s'arrêtait, à demi tournée, au seuil du clair appartement, mais toujours la vie réelle, et la certitude des valeurs, la tenue gardée fière et discrète jusque dans l'épanouissement de cette beauté irritante à force de s'ignorer, chaste et vive, riche de caresses futures et de fraicheui's présentes. Auprès d'un parfait portrait de femme rose et dorée, cette harmonie lacice s'avivait pour le contentement des veux.

La Polymnie de cette année indiquera par son titre le vreu de composition svnthétique dj celui qui ne nous apparut jusqu'alors qu'un portraitiste sagace. Lavery semble se penser assez maiire à présent de sa technique pour tenter de conférer aux figures une signification générale : et peutêtre y réussira-t-il. étant sensible, songeur, et accoutumé aux longues et perspicaces interrogations du visage humain. Cette Pulrmnic n'ét;iit pourtant qu'une fantaisie décorative, toute moderne, une longue femme en noir accoudée à un piano et laissant, du bout de ses doigts, s'effeuiller une rose rouge sur l'ébène. Mais elle pouvait prétendre incarner bien des visions de la musique de chambre, par la grâce hautaine de sa

LW'ERY l'RINTl'MPS

grande cambrure souple, par l'expression de son pur mas.]ue de blonde dans l'auréole du vaste chapeau detnllenoir, par la rêverie incluse au pli de ses lèvres; et jamais l'artiste ne posa plus sûrement la touche d'or d'un brjcelet, ne s'entendit mieux à svmphoniser les noirs, à établir le mouvement par de grands plans et des modelés sobres, à suggérer cette distinction dont des peintres comme lui aident à refaire une notion neuve, en rachetant le terme et l'idée de tant d'avatars abusifs et décevants oii on les fourvoya. Quelque chose de luxueux et d'éteint en cette Muse, et une intention ornementale dans l'union du piano aux soieries sourdes, c'en était asse?pour revêtir toute l'œuvre d'une buée magnétique, retenir l'àmc et

le regard, dépasser portrait ou anecdote et atteindre à la synthèse psychologique.

De telles œuvres disent la maturité d'un magistral technicien, dont la science et le goût n'ont rien à voir avec les airs de bravoure des ténors de la peinture contemporaine. Ce sont de silencieuses leçons annuelles, les leçons d'un art profondément intelligent tout en demeurant exclusivement pictural et sans mélange littéraire. Art septentrional, où quelque aspect de musée persiste, ou l'hérédité anglosaxonne s'altirme, art sans lyrisme, sans caprice, sans verve, mais sobre, mesuré, médité, réalisé

par la volonté d'un évocateur conscient, toujours fort et souvent subtil. Sans inutile abus du chromatisme, mais osant, s'il le faut, de franches tonalités jusqu'au recul des ombres, John Lavery s'impose, parce qu'il restitue des êtres vivants, représentatifs d'un âge, et donne la sensation durable que confère seule la justesse absolue des valeurs. Grand dessinateur des plans, c'est un homme qui sait les secrets du lond de son art, et il nous revient chaque année plus armé pour nous les faire comprendre. l\ir de tels hommes se fortifie le style et s'accroit l'héritage d'une école et d'une race. Camille Mauclair-

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