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roKiRArr m i'Limri-: et de sa fille
"STANISLAS SUCHARDA — pragck kt la vi.tava (iiAS-uKLii;ij
L'Art moderne à Prague
L'orvKRTiiîi: de la GalLiic Mndcrnc de Piai^uc permet aujourd'hui la constatation définitive de deux faits, acquis depuis longtemps aux yeux de qui avait eu l'occasion de suivre quelquesunes des expositions bohèmes de ces dix dernières années, tant au Rudoltinum iitraquisie c'est-àdire où se coudoient Tchèques et Allemands , qu'au pavillon de la Société Mânes, local et groupe exclusivement tchèques. Le premier est qu'il n'existe pas encore à proprement parler d'école tchèque; le second est l'évidente supériorité en Bohème de la production artistique ichèque sur l'allemande. Le dernier point n'est même pas à discuter, puisque des critiques parfaitement allemands, comme le D' Richard Muther, dans des journaux aussi allemands que Die Zeit de Vienne, se rendent à l'évidence. Les artistes allemands de Bohème, MM. .letinar. Hegenbart et Orlik, ne revendiquent du reste pi unleur groupe aucune autonomie et se sentent bien plutôt, l'un de \'ienne, l'autre de Munich, le troisième de Dresde, que de Prague.
Pour l'heure, la peinture et la statuaire tchèques, généralement à l'école de la France, se présentent à l'état de nébulosité lumineuse emportée par im mouvement vertigineux dans le sens du modernisme le plus caractérisé, et où certains no\aux se distinguent assez confus, tandis que quelques
astres en tcirmaiinn déjà se déiachent avec une réjouissante neituié. l'entre les meilleurs de ces artistes, chose étrange, pas un point de contact autre que la volonté d'être moderne, l'as de solide base de pavsage national. Tout Prague célèbre M. Antonin Slavicek. mauvais et tapageur succédané des \\'orps\\eder, dont les dèbius cependant promettaient un artiste sincère et ému, comme le meilleur peintre de la campagne bohème, lorsque à vrai dire celle-ci ne compte que deux célébiaius véridiques : M. Alovs Kalvoda et M. Richard Larda. Et dans tous les autres domaines, quel désarroi! Ici deux jeunes artistes d'avenir partent. l'un \L Arnost Hofbauer avec une éducation de l'iL'il toute japonaise, l'autre, M. Victor Stretii, en fatitaisiste hésitant entre les dessinateurs de Siinplicisxiiiiiis et ceux de Monttnartre. Là, un isolé austère et sobie. .\l. Charles Mvslbeck, invente rKspagiie à Prague, ce qui n'est déjà pas si mal appliqué à la .Vlala Strana de C^aramiiel de Lobkowiiz, ainsi que le montre cette petite vieille vêtue de la défroque surannée de quelques douairière des palais clos endormis au bord de la Certovka. lùititi, voici les deux "randes individualités du groupe Mânes: MM. Max Svabinsky et .lean i'reissler. Nous leur consacrerons plus particulièrement cet article en leur adjoignant, et M. Kalvoda, qui a été la gloire locale de celte
exposition du Rudolfinum qu'avait illustrée un si merveilleux choix de Zuloaga, et M. Stanislas Sucharda, le statuaire en vedette de la Ljénération montante. Il faudrait leur ajouter M. Jozka Uprka, peintre slovaque de Moravie. Mais la force de son individualité toute nationale est en train de transformer un coin de province purement rural en centre artistique, tel que Barbizon, Pont-Aven, Dachau ou W'orpswede, et cette tfuvre qu'affirme cette année l'exposition de Hrosnova-Lhota ou l'on accourt de tous le territoire tchéco-slovaque, est tellement sii^nificative qu'elle vaudrait qu'on lui consacrât une étude spéciale.
M. .\lo\s Kalvoda est né en Mora\ie. Nous verrons en M. Svabinsk^• également un Morave. La Miiravie est la seule reL,'ion du rovaume de Saint-V^aclav inclinée du coté du Danube; c'est une Bohême méridionale plus fertile, plus pittoresque, plus heureuse et, comme il con\ient, de
CHARLES MVSLBECK
l'I^TlTlC VIEILLE Dl'. LA MALA SIRANA
meilleure humeur. Les fétcs de la couleur aux expositions de Prague nous viendront toujours des Moraves. l'prka est un Rubens pavsan. Les Tchèciues regardent, eux, plutôt du coté de Vélasquez et de Whistler, il n'v a qu'à comparer par exemple les Slovaques de M. Milos .liranek h ceux du maître de Hrosnova Lhota : la dift'éi'ence est d'un catholique h un protestant, ou si l'on veut d'un évéque à un frère morave.
Le paysage de M. Kahoda est aussi personnel dans le goût qui a présidé au choix et à la misj en cadre du motif que dans la facture, .l'ai déjà sou\'ent développé cette thèse ailleurs, que de régions à régions de l'Europe surtout en passant de France dans les Etats de l'Europe centrale, — non seulement le sol, mais l'éclairage, l'aii' et la lumière changent. L'impressionnisme ne piiu\ait naître qu'en France, comme la peinture de Boecklin.qui a conquis les mêmes libertés à l'art par des moyens tout opposés, qu'en .Allemagne. Claude Monet lui-même aux environs de Munich serait forcé de voir cru et dur, sombre et dénué de cliati liements. Les Worpsweder près de la Baltique, tout comme Ktihl dans le Schlesswig ou Dettmann dans la Marche de Brandebourg, voient bariolé et rude. Va l'on sait ce que leur nature réserve aux Scandinaves. En plusieurs séjours très longs et à diverses époques en Bohème, j'ai pu me convaincre que c'est là l'un des pays les plus fins, les plus gris, les plus austères, les plus tristement et par le beau temps doucement \oilés qui soient. Des prés merveilleusement fleuris. Sous un ciel triste, des lambeaux de forêts immenses, une abondance de bouleaux qui annonce déjà la Russie, des chaumines blanches passées deux fois par an au lait de chaux, de petits clochers mélancoliquement baroques, des étangs gris qui sont des viviers et entretiennent l'atmosphère continuellement humide, des ruines moins romantiques qu'ailleurs, quoi qu'on en dise, mais plus muettement tragiques sur des rochers moins grandioses mais plus maussades : voilà la caractéristique générale. Et c'est aussi ce que d'un pinceau merveilleusement libre et expert M. Kalvoda nous monti'e en de grandes pages vigoureuses et jeunes de touche, fraîches de ton et pourtant fanées d'harmonie, d'un charme très pienant. Dès que le soleil devient plus coloré, les contrastes plus vifs, les petites maisons blanches plus souriantes, les villages éparpillés avec plus d'abandon sur les collines, nous sommes en Moravie. El les ruisseaux coulent aussi plus vifs et plus frais.
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En Bohème, l'eau Lm-liiic semble de l'ombre liquide. On a abusé de la eomparaisoii avec les ions de vieille tapissei-ie. M. Kalvoda les a souvent dans une pâle plan- Uireuse et iVaielie qui leur est en quelque sorte coniradietoiie. et c'est même là le spécial rai^oùi de ses dernières (cuvres : des étendues de pavs iiiouvemenlées se déroulent sous des cieiix i;ris qtii semblent en répercuter la ludesse; des troncs de bouleaux a l'écorce argentée insistent a ra\aniqilan.
Et celte ténacité du parii-iMis gris et argenté, cette distinction et celle subtilité de la xi^ion en quelque sorte brutalisée par la main chargée de la traduire, ne sont ntdle pai'l plus sensibles qu'en la dernièi'e grande teuvre de l'artiste, entrée d'emblée à la Galerie Moderne.
Auprès de ce paysagiste de bel appétit, W. Max Sxabinskv est le gourmet brusque et ner\ eux à qui suffit pour toute inspiration cl toute ambition de déshabiller la femme aimée et de la l'eprésenter dans des intérieurs ou des arrangements de son choix. C'est parfois un peu traiter l'amour en naitire morte. Sa manière soigneuse, pointillée de noir , veloulée, vibrante et caressante, prête ici et là au reproche de quelque salacité. C'est un païen en chambre, avec inui à cuup de violentes échappées sur une nature luxuriante, d'un éclat tropical, obtenu cependant par le seul foisonnement des etflorescences surprises dans les jardins de Prague : acacias et cvtises, lilas, trèfles et pommiers, 11 accroupira une femme nue sur un lauteuil Empire où elle feuillettera un album, teie voilée par quelque dentelle: cela se passera dans un appartement vert à la paroi duquel se balancent des oiseaux de paradis aux ailes bleu de Labrador. Et cette boule de chair sur ce fauteuil semblera un sorbet présenté sur une soucoupe. Tel quel, cet artiste aussi probe et serré que tantasque est le portraitiste attitré des nK)ndaines de Prague, des hommes célèbres tchèques. Et sa verve pointilleuse, et sa psvchologie clairvovante, et son procédé à la fois patient et rapide une sorte de morsure, d'égratignure à l'encre par-dessus l'ample caresse de l'aquarelle ou le copieux abandon de la pâte , le ser\eni on ne peut mieux
M.O^S K\l.\ODA
PAVSAGt; MOIiAVl-;
pour ces besognes qui lui sont corvée et dont il se console en jetant à la fourche d'un arbre dominant les frondaisons épanouies un couple édénique. Lorsqu'il a affaire à quelque superbe créature en robe de bal, comme sa zébrure de menus traits noirs le sert! Elle se fait dentelle, elle se fais jais, elle se tait luisance des rubans; elle est la souplesse et la \ie de l'étolfe comme elle est la trace du peigne dans la chevelure ou la lourdeur duvetée de la plume d'autruche. 11 faudrait consulter à cet égard le traitement de la robe de Mme Doubek ou du chapeau de Mme Lubos Jerabek. Et elle sera encore la dureté métallique des feuilles de camélias et le contour arrêté de leurs fleurs sanglantes dans la maîtresse œuvre de la Galerie Moderne: ou la crispation de l'ouragan dans le bouquet d'arbres courbé sous l'orage de certaine lithographie en couleurs; ou même, sur le diplôme de l'Hôtel de Ville, le velouté du sourire du prince Georges de Lobkovitz recevant la bouriieoisie d'honneur de Prague. L'exiraordi-
JEAN PREISSLER — icttok
naire purtraii à la plume du pocic Jules Zever montrera cette manière ele dessin fine, expressive, nerveuse, à laquelle ne renonce jamais M. Svabinskv, et le portrait de la grand'mèie de l'artiste, comme le tableau de la femme qui se peigne prés du massif de camélias, témoignera de l'application courante de ce trait à la couleur pai' l'artiste.
L'originalité d'un peintre neuf, auprès de qui ne sait rien de lui, ne peut guère s'établir que par un dosage délicat de comparaisons partielles. C'est le procédé du connu à l'inconnu. Dans le cas de M. Jan Preisler, il veut être manié avec une grande délicatesse, car influences disparates et pour ainsi dire inconciliables il -s' a, comme il V a individualité qui se dessine, et très saisissante désormais. Qu'on imagine, dans la tonalité, Vatmosplicrc murale, si l'on veut, de Puvis, obtenue par une facture intermédiaire entre celle de MM. Aman-Jean et Henry Martin, des scènes italo-siciliennes de NL Ludwig von Hoffmann Berlin!, conçues avec la tournure d'esprit que je qualifierai de celtique d'un Arv Renan, c'est-àdire amoureuse des tons blafards, des falaises, des mers sombres, des végétations madréporiques, des coraux et des lichens. Et là se meuvent des nus avec leurs chevaux maigres en train, semblet-il, de se muer licornes comme ceux de Hans von Marées (Musée de Schleissheim et quelques
créatures d'une maladresse d'attitude segantinienne avec parfois les traits de créatures de Klimt 'Vienne^ C'est, sans se mettre martel en tête à la recherche du neuf svmbolique ou de l'érudition m vthologique,' un répertoire fort analogue à celui de Boecklin et de Moreau, de Burne-Joneset de Stuck, mais cela ala nouveauté d'une interprétation parfaitement profane et exotérique. Cela ne veut qu'être agréable à voir et faire lever. Ces géologies étranges, blanches à cailloux noii's, les blancheurs de ces talus découpés par des ruisseaux qu'on dirait issus d'une fabrique d'engrais chimiques, sont hantées à la fois par les nus isolés et désolés entre des troncs de bouleaux ou des amoureux vêtus comme le sont des étudiants d'aujourd'hui. Ils s'en vont parfois enlacés sous des pommiers aux troncs et aux branchages ^■elus comme des chenilles et piqués de fleurettes maladroites comme des bouquets d'autel villageois. Nous avons affaire à un pi'imitif de laboratoire, au re\e de paradis terrestre d'un manlx'u^■re de fabrique. Ou bien en- C(ire c'est simplement la nostalgie de la Sicile ou de l'Armorique, telles qu'elles peuvent être conçues au milieu des usines de la dégoiitante banlieue de Prague.
11 faudrait encore dire en M. Preisler l'auteur de dessins merveilleux, d'une sobriété et d'une
ALOVS KALVODA
sùrctc qui n'ont d'égales que celles de M. Hvnais. maître impeccable, mais d'un académisme un peu troid. Chose étrange et du reste assez fréquente hors de France et d'Angleterre. M. Preisler ne cherche aucunement à concilier étroitement son dessin à sa peinture dans ses tableaux où tout est sacrifié à la grâce et à la pondération des taches, à la fraîcheur du coloris. .Tamais on ne croirait cet artiste capable de sentir comme il le sait faire la poésie d'une chemise débraillée ouverte sur un torse de manœuvre ou d'une manche aux plis tendus sur l'avant -bras. Seul l'artiste grec Nicolas Gysis, avait su jusqu'ici mettre autant de poésie, en quelque sorte sculpturale, dans une indication de mouvement et de draperie. Et le coté remarquable de cette sensibilité chez M. Preisler, c'est qu'il trouve à en user à propos de sujets très modernes. Encore une fois, c'est la blouse de l'ouvrier ou le vêtement faubourien du modèle qui lui inspirent des lignes d'une élégance atiique et pourtant d'une souplesse qui était jusqu'ici l'apanage des seuls maîtres réalistes, un .Menzel par exemple. C'est donc un dessinateur de premier ordre qui a le don de voir non seulement en vérité, mais en beauté.
Le statuaire Stanislas Sucharda a aussi un peu de ce don. Ils sont trois maîtres sculpteurs à Prague. Le plus âgé, M. Josef MvslbeU, père du
peintre déià cité, vit retiré sous sa tente, ne se commet plus guère avec le public, et de loin en loin pose avec indifférence sur une place publique ou sur un monument de Prague quelque retentissant chef-d'ceuvre : les groupes du pont Palacky, le mausolée du cardinal Schwarzemberg, le Sa/«? Ijc/ai', qu'il achève en ce moment. Le deuxième. M. Frantisek BileU. est un isolé, un mystique... très pratique, qui se prend au moins pour le .leaii Hus de la sculpture moderne. .\I. Stanislas Sucharda, plus jeune au bon sens du mot, pkis éveillé, entouré d'une pléiade d'artistes d'avenir, sortis de l'école Mvsibek et passés à la sienne, les Maratka et les Kafka, cherche dans un sens plus moderne et plus iniime des applications d'un art qui sait être aussi grandiose et monumental quand il le faut nionument Palacky, figures de la Caisse d'épargne, etc.i à la décoration des intérieurs. Il faut voir l'effet que produit aujond de la Galerie .Moderne son grand relief de Prague et la Vliava dont la splendeur de la matière ne le cède qu'à la somptuosité de la composition. La Vltava est la belle rivière brune, large et lente que les .allemands appellent Moldau et qui traverse Prague en une succession de bassins hantés de reflets magnifiques, où nagent des ilcs et processionnent les pilastres chargés de statues des ponts.: Des brumes de la rivière, une ligure
ID
vague se précise pour s'appuver tendrement à ht poitrine énergique de la tière cité. Et den-ieie la silhouette de bronze du Hradchin une plaque de [aspe d'un bonheur étourdissant simule un de ces merveilleux et tiépolesques ciels de Pi'ague au coucher du soleil, qui forcent sans cesse les promeneurs à s'arrêter sur le pont Charles, dont \'oici les arches et les tours qui se dJcoupent en bas-relief sous les dômes de la Mala Strana. L'or et l'argent et les patines vertes et fauves les plus riches rehaussent ce travail piécieux d'une noblesse de style toute latine, trop peut-être.... M. Sucharda a su dans d'autres circonstances être si bien slave '...
D'un caractère beaucoup plus véhément est son immense relief de chêne, qui se pourrait titrer les Fiiiuces d'usine, où une figure du Travail succnmbe snus les baisers ou la morsure d'une tigui'e de l'Industrie. L'allure est d'une trombe. Il v eut un premier état de cette ceuvre l'emarquable ou des ouvriers pvgmécs, à l'angle du cadre, contemplaient ce duel effrayant, svmbole de leurlabeui'. Ce groupe était un hors-d"ieu\ re et péchait par un coté anecdotique rapetissant. Il a été supprimé avec l'arbre qui l'isolait du tourbillon embrasé et mortel. Le bois a été trempé de substances au.\ tons vénéneux qui aggravent encore la signification redi>utable de cette belle chose conçue de piemier jet avec une audace tranquille et exécutée
MAX SVABINSKY — portr.ait dv pokte .uLi'.s zt:Yi;R
avec une entente merveilleuse des propriétés de la matière. ^
Les quelques pages que \oici sont loin de donner un tableaucomplet de la vitalité artistique de Prague. Rdles suffisent, je l'espère, à prouver l'existencj de quelques individualités fort remarquables et a inspirer aux visiteurs étrangers, qu'attirent du reste les représentations d'opéras slaves du Théâtre National, l'incomparable beauté du Hradschin et le trésor monumental que représentent certains quartiers de la Mala Strana et de la \ ieille-Ville. le désir de s'enquérir aussi de la tîalerie Moderne, l'eléguée, il est vrai, assez loin dans la banlieue, mais à l'entrée d'un beau jardin qu'on peut appelei' le bois de lioulogne des l^ragois.
Ils v feront la connaissance des quelques artistes dont on peut affirmer qu'ils représentent en face de la culture allemande les meilleures traditions d'une entente intellectuelle tranco-slave.
William Ritti-r.
MAX SVABINSKY