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BAVARDAGE

grouillant dans le soleil devant les étals de fruits. de melons, les déballages d'alcarrazas : des aquarelles iougueusement lavées sont de curieux portraits de chevaux.

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Argenteries de \ an de Velde (Galerie Druet). Depuis que les Salons ont innové leur section d'objets d'art, y admettant même des modes et de la lingerie, il ne faut pas s'étonner que dans une galerie, habituellement ornée de tableaux, on nous montre maintenant une bouilloire, des salières, une fourchette à homard; d'autant que les modèles sont nouveaux, la matière martelée à souhait, et que ce service luxueux, d'un chiffre assez élevé, a été exécuté par ^DI. Muller, orfèvres de la cour grandducale de Saxe-Weimar. D'un dessin sobre, avec les rjfthmes art nouveau, les formes sont gracieuses, souples, élégantes ; la bouilloire, les candélabres notamment présentent de l'intérêt; le mélange des anses en ivoire avec l'argenterie pure, formant une harmonie lourdede tonalités, décèle l'origine d'outre- Rhin; nos maîtres orfèvres auraient le goût plus délicat. Entre une aquarelle de Signac, un bronze de Claudel, une peinture de Charles Guérin, ces vitrines méritent de retenir l'attention où luisent des services à thé et à café, des couteaux à fruits, des ciseaux à raisin, un couvert à poisson, etc., sans compter des assiettes de porcelaine de Saxe.

Exposition de Louis Mokin. (Au Mur, librairie Eug. Rey). — C'est Ta seconde fois que le spirituel vignettiste réunit là des p;istels, des aquarelles, des dessins, des eaux-fortes et des lithographies, et c'est plaisir de retrouver cette fantaisie preste, ces croquis très dix-huitième siècle, ces coquettes colorations à la Chéret, ces vues de Venise et de Montmartre teintées de poésie, ces programmes et ces en-têtes, ces frontispices pour orner des éditions rares, toutes ces œuvrettes d'un Eisen de maintenant qui, on le sait, a un ioli brin de plume à son cravon.

14e Exposition annuelle des fe.mmes-artistes (Galerie E. Petit). — Il serait à souhaiter que les tableaux, déjà vus au Salon, ne nous soient pas représentés dans des expositions particulières, les numéros lai.ssés sur les cadres n'ajoutent aucune valeur, et si tous ces envois n'ont pas au moins l'excuse d'être inédits... M"'*" Nanny Adam, comme tant de peintres depuis Ziem, a pratiqué Venise, et les sites aimés sont traités par elle jMur chromos d'almanachs ; M""^ A. Crespel étudie avec talent, mais avec une eau un peu boueuse, des feuillages ; Lisbeth Delvolvé-Carrière distingue dans la brume du Rêve des orchidées, des renoncules, des hydrangeas, érige une anémone mystérieuse ; de 'SV'"^ Ger-

maine Druon, des portraits de choses finement traités ; de M"'-' Jeanne Duranton, une table servie, étude vibrante : de W' F. Esté, des paysages ingrats mais vus un peu à la manière de Paule Carjientier ; de M'"*" Nina Gallay-Charbonnel. des toits dans la buée matinale ; de M"»^ Galtier-Boissière. des intérieurs bien vus, exprimés par une touche brutale, à noter la Galerie ; de M""' PhUippar-Ouinet, des silhouettes drôles d'enfants ; -AI'"^ Séailles expose de jolis paysages de Rome et des figures délicatement exprimées: Infant de M'""-' Toudouze serait une toile exquise, peinte par Alfred Stevens ; M"'- Pauline Adour s'apparente, de très loin, à Prunier : M"" Amélie Valentino expose des portraits, parmi lesquels celui de M""^' Camille Duguet : jyjmc Frédérique Vallet-Bisson, dont on sait la maîtrise, ennuage délicieusement de mousseline rose une jeunesse blonde chajieautée de vert ; Mme DethanT^oullet, en jilus de fleurs vivantes, a de très justes notations de paysages ; M"' Renée IwiU a une signature connue ; M'"e B. de Neuville aquarellise dans la manière de Harpignies ; M"'-- Marie-Paule Carpentier triomphe en cette exposition avec le Pré aux Peupliers, grande frise décorative, avec les Bruyères en Alsace, qui consolent des Didier-Pouget et autres navrants spécialistes, avec les Pins sous lesquels la pensée logerait volontiers des héros wagnériens, etc.

A la sculpture, M"° Bertrand a toute une ménagerie en biscuit. M"' Jeanne Jozon des Bretonnes en céramique de Lachenal, M"° R. Silberer une Rieuse en étain. des Lamentations en plâtre. Il y a de plus, comme à l'habitude, des miniatures, des eauxfortes et des cuirs d'art.

litude de ruelles, leur pittoresque de monuments; la précision du dessin architectural soutient utilement le lavis de l'aquarelle, les tons sont chauds, très harmonieux, d'une minutie qui n'est qu'apparente, car tel panorama de la ville vu à travers les arbres d'une terrasse s'étend vaste et lointain dans une atmosphère de clarté, tel clocher d'église s'érige vibrant sur le ciel bleu, tel intérieur de nef avec, devant chaque pilier, les taches noires des confe.ssionnaux, sommeille impressionnant sous la féerie des verrières.

Certaines de ces études font songer à la joaillerie d'un Gustave Moreau, dont la seule nature a cette fois fourni les modèles; chaque voyage fait par René Binet nous donne ainsi la joie d'une ex]iosition intéressante. Pour celle-ci, notre distingué collaborateur M. Pierre de Nolhac, a écrit une charmante préface au catalogue et la termine par ce sonnet :

Sur les chemins d'Ombrie accouraient, les pieds nus. Les pauvres qui chantaient, en montant vers Assise : u Frères, un nouveau Christ a paru dans l'Eglise, Souffrant et dénué comme l'était Jésus.

« Infirmes et pêcheurs, ne désespérons plus; Une espérance neuve à nos pleurs est promise... » Et le bon Saint faisait, dans la foule soumise, Prier les endurcis et marcher les perclus.

— O cherclieur de pitié, pèlerin de justice!

Pour que l'œuvre d'amour en ton cœur s'accomplisse.

Prends le bâton de marche et laisse ton souci ;

Comme ceux d'autrefois gravis l'iiumble colline: En ces jours de détresse où le monde décline. La parole de paix habite encore ici.

Œuvres de Désiré-Luc.'SiS (Galerie Chainc et Simonson). — Nous connaissions les charmantes scènes bretonnes de cet intéressant artiste. Dans ses paysages, Désiré Lucas a les mêmes qualités ; il y a de lui des rubans de routes blanches menant à un clocher lointain, des villages de pêcheurs, une falaise notamment, qui sont de petites toiles délicates et puissantes à la fois; des croquis, au pastel, prestes ainsi que des instantanés {Petite Fille et son Veau) montrant la sincérité d'études, la vision exacte, ont des fraîcheurs séductives de coloris. A citer aussi des lithographies et des eaux-fortes.

Aor.\RELLES DE Re.xé Binet (Chez Durand- Ruel.) — Ce sont d'exquises petites choses, ces pages d'album rapportées d'Assise, avec leur éclatance de soleil, leurs lueurs de vitrau.x, leur papillotement de mosaïques et de fresques, leur so-

ExposiTicTN de Louis C.'\bié (Galerie Crombac). — De la Dordogne et de l'ile de Noirmoutiers l'artiste a rapporté une série de tableaux qui sont d'une sincérité intéressante, d'une impression calme et chaude ; l'influence du vieu.x maître Harpignies se révèle à certaines silhouettes de grands arbres placés un peu comme des portants de théâtre, et aussi à une matière crayeuse par endroits ; certaines toiles apparaissent plus originales avec des tournants de rivière ou des lointains de mer sous les feuillages; des paysages récents .sont plus intenses, de clartés plus violentes; Louis Cabié montre également des aquarelles très verveuses, d'une exécution primesautière, enlevées du premier coup, dans la soudaineté de la vision juste.

M.^URICE GUILLE.MOT.

REVUE D'ART ANCIEN ET MODERNE

SOMMAIIR]^ B]£S EILILTLJSTI^ATîIOH^

L'Exposition* des Van Eyck : L'Adoralion de l'Agneau. — La Vierge au donateur. — /. Arnolfini. — Les Anges chanteurs. — Les saints Guerriers. — Les trois Marie. — L'homme à l'œillet. — Portrait d' Inconnu. — H. T. Portrait d' un marchand flamand et de sa jcmnic.

Les Portraits de la Pompadour : La Pompadour, d'&pvès Boucher, C. Vanloo, La Tour. François Guérix. — H. T., d'après Boucher.

Les femmes de Goya : La Maja couché:. — L'Infante D.-M.-Josepha. — Le Mannequin.

— D. A. Zarate. — Manolas au balcon. — La duchesse d'Albe. — La reine Marie-Louise. — La Tirana. — La duchesse d'A Ibe. — D. Josepha

Castilla-Portugal. — La comtesse Goicoechea. — Marquise de Lazan. — La reine Marie- Louise. — /.(' jamosa Lihrera. — H. T. La Famille de Montijo.

Les Tapisseries de Chéret : 3 panneaux, Le Déjeuiwr sur l' herbe.

Le AIois artistique : Reproduction d'œuvres de WooG, Willette, Beauduin.

Supplément : L'Éducation artistique : Pointe sèche d'HELLEU. manière noire d'après J. Vernet. — L'Art dans la Mode: Corselet du musée de Clunv.

Alexandrine Le Normand d'Etiolles, fille de la Pompadour, gravure en couleurs d'après le tableau

de Boucher (Collection Deutsch de la Meurthe).

Sainte Barbe, d'après le dessin original de Van Eyck (Anvers).

l'adoratiox de l agneau

D'iijJics kl peinture de H. tt J. \'AX EVCK, conservée à SaiiU-Buvon de Gand

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à Gsiîmdl ©im 1'^

ON sait aujourd'hui que les Flamands ont bien voulu entendre l'appel que je leur adressais l'année dernière ici même', et qu'ils ont résolu une exposition des Van Eyck à Gand. J'ai été un peu honteux du succès, car mon ami Durand Gréville avait, ]iarait-il, prôné cette idée ; en m'en reportant l'honneur, M. Mœterlinck, conservateur du musée de Gand, avouait que la ]iriorité de notre excellent ami lui avait échappé également. Au fond, n'eussé-je point un peu redouté l'ironie d'une initiative qui me mettait aussi résolument en contradiction avec moi-même ? Car je suis l'iconoclaste impénitent qui a osé contredire la légende établie en l'honneur des illustres frères. Sans nier, j'ai donné à entendre combien le cycle littéraire, bâti jiar quelques esprits ingénieux et subtils, laissait de prises à la critique serrée. Pour me combattre et ruiner le schisme naissant, on employa naguère les arguments de grande, remise : on me traita d'agathopète, de patriotard ; on sous-entendit de pires choses. On m'accusa de vouloir diminuer la gloire des Van Eyck pour en magnifier les Français, On parla, un peu à tort et à travers, sans faire montre d'autres qualités ()ue d'une colère inexiilicable. Je ne rêvais rien

I. Voir l'Art et les Artistes, iv i, où notre collaliorateur lançait l'idée de cette exposition.

d'aussi noir ni d'aussi redoutable. Je disais, et ceci je le répiète encore, que les Van Eyck ont endossé le bon et le mauvais d'une époque, f>arce qu'ils ont été célébrés par des poètes, des sacristains et des littérateurs en prose ; que leur Enéide est façonnée comme les odyssées et les chansons de gestes, d'apports successifs et héroïques, et qu'un peu de lumière serait utile dans les attributions. J'ai montré que leurs œuvres, devenues sublimes, se sont prêtées, par leur illustration même et leur renommée, aux interpolations les plus éhontées. Disons-le vite, le principal mécompte des peintures passées au rang de merveilles est de rester sans défense en face des entreprises intéressées de leurs possesseurs ; ceux-ci, au temps où la critique était moins assurée, ne tenaient pas pour forfaiture l'addition d'une légende ou d'une signature qui donnait raison à leur opinion. Il arriva — et ceci on ne le peut nier — que des mentions péremptoires ont été fabriquées cinq cents ans après la peinture, et imposées à des compositions sans aucun rapport avec celles de l'artiste dont elles portaient le nom. Les preuves ont été faites, et telles, que maintenir la légende faussée montre plus de naïveté que de conviction sincère.

Mais il ne s'ensuit pas que l'exposition des panneau.x anciens et vénérables, dans l'instant dispersés

LA VIERGE Al" DONATEVR D'après la peinture tie j. \'AX E^"CK.

aux quatre coins du monde, et qu'on a généreusement attribués à Hubert ou à Jean Van E\-ck, ne vaillent pas qu'on les admire. On n'a jamais soutenu que ces reliques disparates fussent indignes de louanges ; on a simplement remarqué que leur groupement empirique sous une seule et unique étiquette laissait des doutes troublants. Si virtuoses qu'on les proclame généralement, les \'an Ejxk ne furent point en avance sur leur siècle au point de deviner les costumes et les décors apparus vingt ou trente ans après leur mort. Si géniaux

qu'on les fasse, il semble osé de leur reconnaître l'usage d'ingrédients et de couleurs inventés au XI x"^ siècle. Ce serait donner au génie une intuition divine, qui répugne à nos scepticismes grossiers. La manifestation tentée à Gand n'cùt-elle pour résultat que de permettre la sélection, le départage, elle mériterait d'avance l'approbation des gens de bonne volonté.

Et nous irons tous, les croyants et les incrédules, à ce pèlerinage, avec une entière et respectueuse simplicité, sans desseins méchants ; que des noms

llirh'' UunfsliKwj'-l

JEAN ARNOLFINI D'après la peintuie de \'AX E\'CK.

sortent agrandis ou amoindris de l'aventure, l'art n'aura rien à perdre. Tout au plus pourra-t-on sourire de certaines phrases enthousiastes échappées aux littératures bénévoles qui réi>utaient œuvre de Van Eyck le Triomphedc la Vierge d'Enguerrand Charton. Personne ne songera à railler, parce qu'on arrivera pénétré de cette idée que la vision humaine a ses faiblesses, et que l'esthétique ne s'établit point en formules d'aljèbre.

L'œuvre type qui a servi à glorifier la mémoire des Van Eyck dans le monde, et à leur donner dans l'art de la peinture le [iremier rang, était le Retable conservé autrefois dans l'église Saint-Jean de Gand. Au temps où le Retable fut peint, c'est-àdire vers le commencement du xv'' siècle, l'église se nommait S. Johannes; elle est devenue Saint- Bavon de]iuis. Nul ne sit;nale le tableau a\'ant

la fin du xv^ siècle ; sa grande popularité commence au xvi^ avec les historiens et les poètes du crû.

En 1495, le souvenir des auteurs du Retable est si bien sorti de la mémoire des bedeaux de Saint-Jean, que Jérôme Miinzer, médecin de Nuremberg, passant à Gand et visitant « Johannem »,c'est-à-direSaint-Jean, ne parvient pas à en avoir la moindre mention. Il décrit bien le tableau, il s'émeut de la beauté de l'œuvre, il répète une légende du sacristain au sujet d'une somme supplémentaire de 600 florins payée à l'artiste, son ouvrage une fois terminé, mais le nom des Van Eyck ne lui est pas indiqué. On lui raconte qu'un autre peintre, ayant voulu copier cette merveille en est devenu fou. On croit qu'il s'agit de Van der Goes, mais Miinzer ne le cite pas davantage. On a depuis tiré des inductions singulières du Johannes (saint Jean) dont parle Miinzer. On a voulu y retrouver le prénom du plus jeune des Van Eyck. Or, Miinzer écrit positivement : « nobilis tabula picta ad J ohannem » (noble peinture à saint Jean). Et lorsque Diirer verra la même pièce et l'admirera, quand il prononcera également le nom de Johannes, il ne visera point Jean Van Eyck, mais l'église Saint- Jean. Tout ce qu'on a écrit à ce sujet est du roman pur. Ni Miinzer, ni Albert Diirer n'ont connu les Van Eyck; ils ont vu le Retable, admiré, et voilà tout. Miinzer, qui décrit la composition, ne nous parle pas des revers des volets, ni du portrait de Josse Wydt, ni de l'inscription qui nomme si précisément les deux frères et leur attribue la paternité de l'œuvre. Voilà qui est singulier à tout le moins, et déroutant. Que mentionne cette inscription ?

Elle assure que Hubert Van Eyck a commencé le Retable, et que son frère Jean l'a terminé à la prière de Josse Wydt. Elle dit que le Retable fut achevé en 1432.

Bien. Mais Miinzer n'a pas vu cela. Et quand Waernewyck, Luc de Heere et autres entonnent l'hymne en faveur des Van Eyck dans le xv^'siècle, cent cinquante ans après, quand Karl Van Mander les démarque et s'approprie leurs phrases, ce n'est pas Josse Wydt qui a commandé l'œuvre, mais le duc Philippe le Bon ! Alors éclate comme une fusée la légende des deux frères. Ils ont inventé la

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