FRANÇOIS BOUCHER
Alexandrine Le Normand d'Etiolles
(Collection Henri Deutsch de la MeurtheJ
CvlkrJiiin Pantin
LA POMPADOUR EX BERGERE D'après une peinture de C. \'AX LOO.
tombée sur ses genoux, tandis que le bras gauche repose sur d'autres livres.
Le plus bel exemplaire de^ ce portrait, celui qui fut donné à l'abbé de Bernis, plus tard cardinal, pour lui rappeler l'amitié d'Etiolés, appartient aujourd'hui à la collection Alphonse de Rothschild.
L'n^troisième Boucher, le plus connu, a été brillamment décrit par les Concourt, dans leur essai fort incomplet sur l'iconographie de la marquise. Il est signé et daté de 1758. La favorite est dans son intérieur, étendue sur une chaise ^longue, retenant encore un livre sur ses genoux,' et entourée des objets familiers, qui caractérisent sa vie de femme artiste et de personnage politique ; dans le fond, une glace reflète sa somptueuse bibliothèque, détail qui ne figure pas dans la répétition partielle
de la (( National Gallcry of Scotland », à Edimbourg.
Il y aurait enfin le pastel, le fameux pastel qu'a gravé en couleurs L. Bonnet en 1769 et qui ]iasse pour représenter la mar- (juise tenant un panier de fleurs, avec des tlcurs piquées dans les cheveux. Le Louvre possède un exemplaire de l'œuvre, et un autre se trouve dans la collection Yves Le Moyne. On a douté de l'authenticité de la désignation ; la dame serait M""" Baudouin, fille de Boucher. Il est dommage pour nous de n'avoir pas à chercher en cette image une Pompadour charmante encortr de jeunesse et de fraîcheur.
On ne .sait auquel de ces por-
LA POMPADOUR D'après un pastel de L.A TOUR.
(7 r.inunl.tn.
LA PO.MPADOUR ■ . D'après le pastel de LA TOUR.
traits de Boucher pensait la marquise, alors qu'elle écrivait à son frère voyageant en Italie, le i"-"'' mars 1750 : « Je me garderai bien de vous envoyer mes portraits de Liotard, mais je vais vous envoyer la copie d'un fait par Boucher qui est charmant cl qu'il finira sur moi : j'espère que vous l'aurez à Pâques. » Boucher ne travaillait-il d'après nature qu'à la fin de son ouvrage ? Ce propos semble l'indiquer. En tous cas, à cette date, il ne satisfaisait point la marquise, qui écrivait le 26 avril : « Je vous envoie enfin la copie de mon portrait de Boucher ; elle ressemble beaucoup à l'original, peu à moi ; cependant assez agréable. Je fais copier celui de Liotard; je ne sais s'il sera possible d'en rien faire de bien. »
De ce portrait ou de ces portraits de Liotard, probablement au pastel, je n'ai pas encore retrouvé la trace. On pourra être aidé dans la recherche par une particularité que désigne la marquise à M. de Marigny : elle doit tenir dans la main une boîte qu'elle avait reçue de lui.
Le pastel consacra à M""" de Pomjiadour une de ses tçuv'rcs les plus fameuses, le grand morceau du Louvre, qui fut exposé au Salon de 1755. La II préparation » de La Tour conservée à Saint -Quentin accentue avec la cruauté d'une étude sincère, le fiétrissement du modèle ; on retrouve le même caractère dans le pastel possédé par le marquis de Ganay, où la marquise s'est affublée d'un costume de bergère. Dans le tableau du Louvre, le teint est rafraîchi, les traits agréablement arrondis ; l'intérêt principal a passé dans l'arrangement du décor, qui est délicieux.
La dame est assise auprès de sa table d'étude, dans une robe de satin d'argent à ramages d'or, le corsage ouvert enrubanné de clair lilas, tenant du bout de ses doigts son cahier de chant. La tête légèrement retournée, comme pour écouter un pas qui vient, laisse voir la ligne du cou dans toute sa grâce, et le paisible visage se détache sur le fond bleu clair des tentures. Le tableau révèle les ;,«.,■./« /...in, T. goûts et les occupations de celle qui I pourrait n'être qu'une jolie femme et qui s'efforce d'être une artiste. La guitare de la musicienne repose sur l'ottomane ; des livres, et des plus graves, dressent leur reliure; im carton armorié posé à terre, contient l'œuvre gravé de la marquise.
Cet étalage complaisant rend assez vivant le milieu où le peintre l'a placée. Il est probable que, pour une fois, il s'est laissé imposer le choix de ces accessoires, lui qui pourtant n'admettait d'autres règles que sa fantaisie, qui faisait supporter aux plus grands les bizarreries de son caractère, qui osait dire à la favorite, quand le roi était entré j)endant son travail : « Vous m'aviez promis, Madame, que votre porte serait fermée. »
La femme a été vue par La Tour dans l'attitude préférée que lui prête la p)ostérité bienveillante. Sa mémoire si cruellement compromise par d'autres côtés de l'histoire, ici, se réhabilite. C'est l'amie des artistes, qui essaye de participer à leurs travaux ; c'est la liseuse infatigable, qui se fait la protectrice des écrivains ; c'est encore l'initiatrice des industries délicates et la conseillère fidèle des bons ouvriers.
La Pompadour en Bergère
d'après un pastel de lA TOUR
fColl'-ction il'- Matlam'- ta Mar'/iii^c tic Gnitat/.