‹ L'Art et les artistesChapitre 78 sur 150 · GOYA — I.A MAJA COUCHÉE · texte numérisé non relu

GOYA — I.A MAJA COUCHÉE

ILes Feimimes d

•T» lEX qu'il ait vécu en plein dix-huitième siècle ■■-' (de 1746 à 1828), Goya annonce et proclame le dix-neuvième. Il n'est même pas dépaysé au début du vingtième. Il a tous les caractères d'un peintre d'aujourd'hui. C'est un précurseur. Il a ouvert la voie à plus d'un de nos impressionnistes. Toute son œuvre respire la jeunesse et la vie ; toute son œuvre reflète l'âme ardente de son pays. A une époque où l'Espagne artistique, en pleine décadence, semblait avoir oublié son passé et, inconsciente de ses forces et de son caractère, avait abdiqué le souci de sa gloire dans les mains d'étrangers, Gova, tout à coup, apparaît comme un révolté, sans respect pour les dieux du jour, comme un héros aventureux qui se moque de tout et n'écoute que son caprice, fierà-bras et conquérant d'amour, maniant l'épée et le pinceau avec une égale désinvolture, — la parfaite incarnation de

GOYA — l'infante dona-mari.v-josepiia

l'Espagne romanesque, que dis-je? l'Espagne ellemême, soudain ressuscitée.

Mais l'Espagne qu'il incarne n'est pas celle du mysticisme ténébreu.x et profond qu'avaient pratiqué les maîtres primitifs de la Royauté somptueuse et grave enclose dans les froides galeries de l'Esculial... Cette Espagne-là, (joya ne craint ]ias de la défier, de la bafouer, d'en dénoncer les pratiques barbares et surannées. L'Espagne qu'il incarne, c'est l'Espagne grouillante et folle de la rue, des fêtes [lubliques, des divertissements populaires ; celle qui se remue, se l)at, crie, souffre — et aime. Oui, c'est l'Espagne de l'amour, urtout : car Goya fut, vaut d'être un grand ar- ; iste, un grand amoureux.

Il nous a révélé l'Espagnole, la vraie femme espagnole, que nous ignorions avant lui, et qui n'a pas cessé d'être ce qu'elle était alors, et ce qu'elle fut toujours.

Et c'est parce qu'il l'a aimée qu'il l'a si bien comprise et si bien interprétée.

Les femmes de Goya sont le sourire et la lumière de son œuvre. Elles l'illuminent dès le commencement. De cette œuvre, deux parts peuvent être faites : celle du satirique, qui note et flagelle les abus du pouvoir, et celle de l'amoureu.x, qui immortalise la beauté. Cette dernière n'est pas la moins considérable, ni surtout la moins séduisante.

Elle nous livre l'artiste dans ce qu'il a de meilleur, de plus spontané, de plus charmant. Jeune, Goya avait traversé toutes les influences,

GOYA — lE M;\NNEQU1N" CARTON POUR TAPISSERIE

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sans en subir aucune. Ni l'Italie, ni Raphaël Mengs, ni les solennels classiques, ni les faux continuateurs des vieux maîtres espagnols, n'avaient eu de prise sur son caractère indépendant et frondeur. Mais une chose cependant l'avait séduit : la grâce légère, frivole, mousseuse, de la femme du dix-huitième siècle, que la France avait apportée en Espagne, comme un fruit nouveau. Les pastorales de Versailles et de Trianon avaient envahi la Cour d' Aranjuez et parfumé de senteurs capiteuses les bosquets du Prado et de la Granja. A son incrédulité native, Goya ajoute le scepticisme galant des petits-maîtres. Et il ne s'en dé- fend pas. Ayant à peindre

des fresques pour la chapelle royale de San Antonio de la Florida, aux portes de Madrid, il ne s'inquiète pas outre mesure du sujet principal qui doit représenter Il saint Antoine de Padoue ressuscitant un mort pour lui faire révéler le nom de son meurtrier » ; il esquive ce sujet, l'indique à peine au milieu d'un déploiement fou de gentilles Espagnoles, — très modernes, vous n'en doutez pas — accoudées le long d'un balcon circulaire, d'oii, l'éventail aux doigts et la flamme dans les yeu.x, elles assistent au miracle, d'une façon d'ailleurs extrêmement distraite, — en lui tournant le dos. Galerie féminine, prestement exécutée. Tous les' personnages sont, dit-on, des portraits. La tradition veut même que les dames de la Cour aient toutes posé devant le peintre en cette occasion, et aient tenu à honneur de figurer là. On croit avoir reconnu notamment, dans la figure d'un ange debout, les bras levés, à la droite du maîtreautel, la fameuse duchesse d'Albe, célèbre par ses aventures galantes. Et l'on nous a conté à ce sujet une anecdote, qui pourrait bien n'être pas vraie. Goya achevait son travail quand, un jour, la duchesse vint le trouver :

— Il paraît, monsieur le peintre, s'écria-t-elle, avec un visible dépit, que vous avez mis là toutes les... filles de Madrid ?

Nous faisons grâce au lecteur de l'expression juste qu'elle employa.

GOYA

Cliché iloreiiii.

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La comtesse de Montijo et ses filles

(On peut voir assise à droite de la composition la future Impératrice)

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Dona Isabelle Cobos de Poroel

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