C-iOYA — D0\.-\ X.\RCISSA,B.\KONNE DE GOICOECHE.V
Ijoii. ti^t- T'tikt.
l'Jf. Vii'rutr Oiirriiû.
(rOVA DO.NA JOSEPH.\ CASTILLA-POKTUG.\L
forts qui « savent », tro]5 .souvent son laisser-aller trahit de l'impuissance.
Mais toutes ces incorrections, tous ces à-])eu-près s'évanoui.ssent devant son mouvement endiablé, sa faconde prodigieu.se et la salacité de son étourdissante imagination. Quelques taches de couleur, quelques coups de brosse, bien donnés, à la bonne place, et l'on voit aussitôt les cortèges s'ébranler, les troupes échevelées de masques étaler, comme dans cette étonnante esquisse de rEnterreinenl de la Sardine, de l'Académie San Fernando, l'effréné délire de leurs danses, les picadors et les espadas rougir le sable des arènes... Et sans cesse déborde la vie, — une vie fiévreuse et grimaçante, née du cerveau d'un songeur ou d'un fou, qui pousse l'oliservation jusqu'à la caricature et l'étrange jusqu'à l'absurde. On est tout à la fois séduit et choepié... Choqué par la brutalité de cet art plein d'ignorance et de gaucheries dans ses moyens matériels, — séduit par tant de franchise, d'humour et d'imprévu. On se révolte parfois, on hausse les épaules : « — -Ce n'est pas un peintre, cela! C'est un improvisateur, un poète ! . . . Impo.ssible de
Cl. Giraufhm
GOYA LA MAROnSE DE EAZAX
prendre au sérieux ces harbouiUages... » Et. un instant après, on se surprend à considérer de plus près ces liarbouillages, qui vous retiennent, qui vous attachent ; quelque chose de ce qu'y a mis l'auteur vous pénètre : vous entrez dans son cœur et dans sa vie ; le tourbillon de sa fantaisie vous emporte... Le charme a opéré : Goya triomphe.
Impitoyable pour la laideur, disciple fervent de toute beauté, tel est Goya dans le cours entier de son ceux're. Tout ce qui est odieux, cruel, vilain, le trouve ])lein de haine et de mépris ; tout ce qui est jeune, gracieux, charmant, éveille son culte obéissant, soumis et enthousiaste. Les deux parts, celle du satirique et celle de l'amoureux, que nous
avons indiquées au début de cette étude, se vérifient minutieusement.
Et, pour en revenir à ce qui fait ici l'objet principal de notre attention, ses portraits de femme pro- I lament. tour à tour, avec éclat, cette double face de son talent, primesautier et indépendant. Gare aux princesses vieilles, méchantes, sans élégance et sans charme, que le pinceau du maître doit interpréter! Il ne leur fait grâce d'aucune ride ; il semble qu'il prenne un malin plaisir à respecter ce que d'autres peut-être, par courtisanerie, cacheraient sous les artifices aimables de la flatterie. Autant la belle duchesse d'Albe, qu'il a follement aimée, resplendit d'attraits que le pinceau du maître a soulignés religieusement, autant, jiar contre, l'impérieuse reine ^lana-Luisa qui contraria ses amours, nous apparaît d'une farouche ressemblance, dans toute l'inélégance de son costume militaire et de sa pose masculine, à califourchon sur son lourd cheval castillan. On sent que le souci de la vérité n'a pas guidé sa main seulement ; un peu de malicieuse vengeance se devine dans l'âpreté de cette peinture, sans complaisance et sans ménagement. Mais il faut voir surtout, pour bien juger de sa malice, la grande toile où Goya rassembla toute la fan:ille de Charles IV, dans le pittoresque aimable d'un groupe familial. Avec quelle amertume non déguisée il a trouvé moyen de placer, à côté l'un de l'autre, le revèchp horrible et malfaisant visage de la vieille dofia Maria- Josefa, tante de don Fernando, prince des Asturies, et le doux et souriant visage de la petite infante dofia Maria-Isabella, sur l'épaule de qui la reine appuie nonchalamment son bras ! Dans l'ombre, la vieille darde des regards méchants ; l'artiste n'a point cherché, si ce n'est en l'éloignant un peu, à atténuer sa laideur ; il l'a indiquée, négligemment, brutalement, en quelques traits, réservant toutes les care.sses de son pinceau, toutes les harmonies de sa palette pour l'autre, pour le frais et gentil minois, pour la grâce en fleur des quinze ans, qui semble là comme une aube rayonnante effaçant de sa jeune lumière le sombre masque de la nuit.
GOYA
La Reine Marie-Louise
A Valence, une autre toile, toute aimable, toute captivante, sourit aux visiteurs. C'est le portrait de dona Joaquina, une jolie fille aussi, qui fut une des maîtresses les plus chéries de l'artiste. La jolie lille a toute la grâce d'une Espagnole, petite, bien tournée, au teint éclatant, aux yeux de veloiu's. Le peintre, dit-on, la peignit dans une de ses heures les plus joyeuses.
Il l'avait amenée un jour de fête parmi ses amis, et ses amis, la voyant si avenante, voulurent qu'il fît son portrait aussitôt. Goya brossa l'esquisse à l'endroit même où la folle compagnie s'était réunie, et dès le lendemain, dans la fièvre <?ncore de son bonheur, il exécuta l'œuvre, et y mit tout son cceur.
Ah ! que n'eût-il toujours, devant ses yeux, pour l'inspirer, d'aussi agréables modèles ! Que n'eùt-il toujours la liberté de les choisir, sans l'ennuyeuse contrainte des effigies officielles et des travaux commandés, qui trouvaient sa main sans force et son âme sans volonté !
Ainsi, — sans nous aventurer -sur un terrain qui nous est interdit pour le moment, et en nous bornant à considérer le talent du pemtre espagnol sous une seule de ses faces, — une si grande inégalité semblerait faite pour dérouter, si •-'• '■""""'■
elle n'était au contraire, je pense, GOYA
la vraie caractéristique de ce talent.
Singulier mélange de séductions et de faiblesse, de finesse et de brutalité, de malice et d'ignorance, il n'est pas de peintre qui ait mérité autant de sympathie et autant de blâme ; 0 n'est pas d'artiste chez qui l'abondance des dons naturels fut plus riche et plus mal équilibrée, il' n'est pas d'homme •chez qui le tempérament fut mieux trempé pour la lutte et, avec cela, plus irrésolu et plus facile à surprendre.
Peut-être, si plus d'ordre et de mesure avaient existé en ce chaos de cho.ses mauvaises et bonnes, ■celles-ci auraient-elles perdu de leur saveur; l'e.sprit.