L.\ FAMOS.\ LIBRER.\ DE LA CAI.LE DE CAKKETAS
plus posé, mais n'ayant pas pour guide la \-olonté inébranlable du génie, se serait laissé entraîner, et alors tout ce qui fut en Goya de spontané, de vif, d'original, tout ce qui fit son charme, on l'aurait vu s'éteindre doucement dans la paix sonuiolente de la médiocrité.
Mais il a suffi que la Femme lai.ssàt, dans sa vie et dans son œuvre, sa trace lumineuse pour nous rendre l'une et l'autre aimables, et rapprocher de nous, jusqu'à en faire presque un contemporain, cet Ancien, qui, autant que nous, souffrit par Elle —
Et l'adora.
Lucien Solvay
Les
Tapisseries de Chéret
JULES CHÉRET, ces derniers temps, a renouvelé l'art de la tapisserie, non point dans la technique, — elle demeurait excellente. — mais dans la conception décorative — elle en avait bien besoui. Les cartons de Chéret ne sont pas modèles d'Etat. Ils n'ont pomt la sanction gouvernementale. Ils sont transcrits par des moyens d'Etat, librement, en marge, à côté, pour M. Fenaille. le collectionneur, pour (]ui Chéret fit son affiche si populaire de la Saxolciiie. qui, on le sait, est un historien d'art, érudit et spécialiste en tapisseries, et qui a obtenu, non sans quelque peine, de faire exécuter à ses frais, pour lui, des tapisseries de Chéret destinées àembellirsamaison.
A l'ordinaire , les excellents praticiens des Gobelins assortissent leurs laines irréprochables en vue d'une lutte à livrer à des colorations médiocres. Il est vrai que l'art vieillot dont (exceptons la Jeanne d'Arc de Jean-Paul Laurens), en leur ton anachronique avec l'art d'aujourd'hui, relèvent la plupart des compositions admises , n'est point sans cadrer avec le petit aspect tranquille de la Manufacture où on les transcrit, de ce petit Béguinage d'art décoratif, semblable, parmi ce Paris ouvrier de la Butte aux Cailles, à un petit coin de Bruges ; l'évolution ne peut pénétrer très vite dans tout ce silence qui descend vers la Bièvre, parmi ces pavillons bas et ces feuiUures vénérables.
Décor paradoxal avec ses dépendances de grands jardinsen annexe avec sa bande potagère courant
FEMMES, EXF.-^XTS ET FLEURS Peiiuure |ioiir tupisst-rie {ku Jules CHERET.
en quai du ruisseau roux, décor d'ancienne France amusant et curieux au possible, mais où l'on aime trop la ]ieinture froide, la pompe ennuyeuse, où aussi l'on croit trop que Chevreul a tout emporté de la science dans son cercueil, y compris les possibilités d'études nouvelles, où l'on ferme l'oreille aux bruits du dehors, où l'on demeure immobile et majestueux comme les héros des tapisseries d'après Lebrun.
Connaître les affiches, les pastels de Chéret, sa décoration de l'Hôtel de Ville, son rideau du
Théâtre Grévin, ses couvertures de livres, ses illustrations de pantomimes, c'est savoir qu'il a toutes les qualités nécessaires à une rénovation de la tapisserie... Il a la fraîcheur, la grâce, l'éclat, le jeu des couleurs jolies harmonieusement fondues, il a cette gaieté supérieure, cet épanouissement, nécessaires à toute tapisserie qu'on n'exige point austère et commcmorative. Faut-il égayer les murs ou les assombrir ? toute la bonne tradition de l'école moderne, en peinture, les veut considérer comme des fenêtres ouvertes sur le jour et non sur la nuit. Xi Puvis, ni M a r t i n , aucun des grands décorateurs ne fait sombre; au contraire, après les colorations tendres de Puvis, la fougue de Martin éclabousse les murs de soleil et il a raison, comme Chéret avait raison de dérouler à la villa du baron Vitte, ou chez M.
Fenaille, en ornement de halls et de salles à manger, les séries de ses Pierrots, de ses Polichi-