J. CHÉRET
La Ronde
Peinture pour une tapisserie.
Chilir
LA FEMME A LA GUIRLANDE Peinture poiii tapisserie \r.
Jules CHHRF.T.
nelles de ses Scapins, de ses Colombines et de ses danseuses, de cesextraoïdinairessilhouettesde ballerines tout éclat, toute gaze, tout sourire, toutes fleurs, harmonieuses de la pointe du pied jusqu'au bout flottant de leur écharpe, le bouquet à la ceinture et faisant neiger les fleurs autour d'elles sur leur chemin de nuées. L'art de Chéret s'est d'ailleurs depuis quelques années singulièrement agrandi.
Depuis et même avant sa décoration de l'Hôtel de Ville ce n'est plus, chez lui, sinon tyrannique, au moins pré]5ondérante, la préoccupation de la couleur générale qui emporte tout comme en une gracieuse tourmente de roses rouges et de roses blanches, d'éclats solaires et de rubans feu. Sa science des attitudes féminines s'est encore accrue, et la curiosité de ses masques et la fermeté des lignes autour de la sensibilité du regard : à jilus d'élégance encore s'est ajoutée l)lus de solidité ; il n'est point de dessin de maître ancien où un corps de femme soit mieux établi, où la structure en soit mieux indiquée et la transcription de la ligne de beauté plus parfaite, que dans ces sanguines où Chéret a jeté, d'après le modèle joliment attifé, diversement dévêtu et drapé, les allures souples, les pointes agiles des danseuses de sa Ronde, les attitudes des coquettes écouteuses de Decamérons qu'il groupe dans son Déjeuner siirl'lierbe, et autour de la grâce mutine, éveillée, rieuse, saine des jolies faces et autour des belles allures joyeuses, le paysage se développe en lignes nobles de coteaux, en belles statures d'arbres, en colorations amples et puissantes d'horizons qui font de ces cartons, de merveilleux tableaux, et les meilleurs qu'ait encore signés Chéret.
Le dernier grand travail décoratif de Chéret, ce sont ses cartons de tapisserie établis pour .M. Fenaille. CJutre ces deux grandes pages, la Ronde et le Déjeuner sur l'herbe, il comporte, sans compter des fauteuils sobrement ornés d'un bouquet, trois jianneaux longs, et sur l'un c'est le caprice d'une ballerine éparpillant du ciel, parmi le jeu d'oiseaux multicolores, la grâce menue des fleurs qu'elle détache d'une branche flexible. Une autre, parmi la nuée de cendre dorée, montre une femme serrant coquettement contre sa jioitrine l'éclat d'une gerbe d'épis ; un chapeau léger orne sa tète délicate.
Brune et blonde, en robe éclatante, en robe claire, cheveux dorés et cheveux d'Erèbe, enlacées dans l'ascension d'un vol dansant, deux belles filles s'élèvent que suivent, porteurs de fleurs épanouies, des amours comme les peint Chéret, de jolis enfants d'aujourd'hui, au rire
en fête ])armi leurs joues de rose-thé à peine ])iquces d'une roseur plus vive. Mais l'intérêt de ces jolis panneaux i)â!it auprès de celui de deux grandes pages, du Déjeuner sur l'herbe : en longue robe d'un gris un jieu violet ovi le soleil jilaque une protéique dentelle d'or que dessine le feuillage au tremblement du vent léger, une svelte jeune femme tend une corbeille de cerises à des jeunes femmes assises auprès de la nappe blanche, tout auprès de cette belle personne en robe jaune, de ce pâté, de cette bouteille, de ces verres mi-pleins qui amènent dans cette gaieté des êtres et de la nature, comme le sourire des choses. Parmi tout cet allègre mouvement c'est une admirable nature morte que ce coin de nappe sur l'herbette fleurie.
Et l'art des tapissiers, de M. Gouzy et de ses amis, rend toute l'acuité des flèches lumineuses, la fraîcheur des fruits, tous les reflets de tout ce printemps de soleil qui rend plus vifs le regard et les lèvres des jeunes femmes. La gageure de Chéret d'obtenir de la tapisserie, le décor le plus frais, et en même temps le plus mobile, et le plus léger, d'en tirer des délicatesses de pastel, a été tenue par ses exécutants.
A peine, en prévision du pâlissement fatal qu'amène la durée, les couleurs sont-elles montées d'un ton, mais en harmonie; de sorte que tout l'aspect jeune, frêle, le bouquet de la composition, est absolument sauvegardé.
Le Déjeuner sur l'herbe est aux trois quarts terminé. La Ronde sera transcrite après : c'est une opération longue ; un bon ouvrier fait environ un mètre par an et l'on devine quel soin et quelle peine doit donner ce choix de laines, qui arrive à égaler les détails du pastel.
Le carton de la Ronde est peut-être plus beau que celui du Déjeuner sur l'herbe.
Du fond d'un parc Watteau, par des degrés de marbre blanc, vers une colonnade entourée d'arbres majestueux, courent, se tenant par la main, des danseuses. Elles vont vers la joie; en courant elles nous laissent admirer la splendeur élancée de leur démarche, les fleurs qui encadrent le feu de leurs yeux, la beauté de leurs épaules et la grâce d'un ajustement qui semble la parure naturelle et simple du bonheur.
De belles femmes, au visage dou.x, les regardent; elles semblent écouter le prolongement du son des guitares dont elles rythmaient l'élan des danseuses; il n'est plus besoin de ce rythme pour souligner cet appel de la beauté; c'est une minute de mouvement suprême, comme glissant, comme soulevé des chaînes de la pesanteur. C'est la beauté de la vie.
GusT.WE Kahn.
tiii/if \ i^zuvona.
LA FEMME ET L.\ GERBE Peimure poxir tapisserie p,ar Jules CHKRF.T.
Le Mois Artistique
Sf
■pASTELS PAR ARTHUR Wardle (galeries Arthur ^ Tooth and Sons). — Après les peintures fougueuses de Delacroix, après les aquarelles précises de Bar\'e, ces pastels d'Arthur Wardle semblent s'apparenter seulement à quelque dessin de Rosa Bonheur ; le drame intense de la lutte jiour la vie, le destin fatal de la proie chassée et vaincue, l'orgueil satisfait du victorieux, ne sont ici que des anecdotes, imaginées à dessein, d'aucunes trop banales comme dans Sauve :
ces fauves, copiés dans des ménageries sans doute, ont été replacés après coup dans des décors de nature (parfois trts réussis comme dans Léopards au Sonialiland , le paysage lointain crête de soleil couchant.) et on ne sent j)as leur allure réellement libre, leurs muscles en action, leur férocité lâchée ; le Léopard d la Pintade n'est qu'un agrandissement du chat et l'oiseau, une Histoire de la
Jungle est bien loin du Lion au Serpent de la terrasse des Tuileries ; Tigre buvant est un sujet connu, et Lever de Lune ne vaut que par l'étrange phosphorescence des prunelles. Où l'artiste nous montre des motifs inédits, c'est dans ses études d'ours polaires, « les maîtres des vagues » comme les appelle le catalogue ; les grosses bêtes blanches tapies au bord d'une crevasse guettant des veaux marins ou nageant rapides — sous un vol de mouettes dans l'écume des flots — sont des aspects nouveaux d'une belle intensité. Il est regrettable que cela n'ait pas la facture si artiste de William Wats.
Exposition' de Brevern de la Gardie (boulevard de Clichy). — Vues de Bretagne et de la Hollande, telle est l'indication de la carte d'invitation. Ayant reçu les leçons du vieux maître, Harpignies, M. de Brevern de la Gardie sait le mvstère des masses sombres de feuillages, les
clartés d'eau où se mirent des maisons, l'ondulation des champs sous des ciels de nuées, les ruelles de village, les cours de ferme ; et, comme feu Chaplin, il a de jolis croquis de porcs ; toutes ces pages à l'aquarelle sont d'une sincérité absolue, d'une grande distinction discrète.
RAYMOND WOOG — intimité
Œuvres de J.
Flandrin (Galerie Druet). — Les Salons annuels, s'ils sont pour un certain public une fête du snobisme, pour l'innombrable mêlée des soidisant peintres et sculpteurs une occasion de se ])roduire, pour les critiques une promenade parfois fastidieuse, ne rendent pas à certains artistes les services que l'on s'imagine; une exposition particulière dans laquelle ils peuvent montrer leur œuvre complète, avec ses inégalités et ses trouvailles, renseigne bien mieux, permet de pénétrer davantage la personnalité, de définir une technique, de synthétiser une manière.
Ainsi, au dernier Salon d'x\utomne, les bergers de J. Flandrin, d'une facture cotonneuse, inhabile, étaient des envois bien mal choisis par le peintre, ne faisaient aucunement prévoir un ensemble comme celui qu'il présente à la galerie Druet ; ne redoutant pas d'indiscrétion sur ses affinités, il a
WILLETTE — FRAGMENT d'ux panneau décoratif a la taverne de