Id., ibid., t. III, p. bi
LE CABINET DE CHARLES NODIER, ArjOt'RD llll CAIilNET DES ESTAMPES
les '■iches ornementations du temps de Louis XI IL Du Cabinet somptueux, il fit un dépôt d'estampes et de cartes géographiques. Les cadres d"oiseau>;, les médaillons si délicieusement imités de l'antique, les arabesques d'un pur dessin, disparurent derrière des coffres pleins d'in-folio et des armoires surchargées d'atlas.
Du reste, la restauration intelligente des merveilles de r.Arsenal est de date toute récente. Le salon de musique de la duchesse du Maine, encore converti en salon de lecture des manuscrits dans les dernières années du xix° siècle, a, grâce à l'initiative de M. .losé- Maria de Hérédia,le dévoué administrateur de la Bibliothèque, été affranchi de toute servitude. Ce n'est plus que la maîtresse pièce des appartements en enfilade du premier étage, dont la vue donne sur les frondaisons du boulevard Morland. Et le génie décoratif de Germain Boffrand s'épanouit à l'aise dans cette merveille du xviii' siècle. Tandis que les sculptures des boiseries étaient exécutées sur les dessins de l'architecte décorateur, les nombreux trophées d'instruments de musique, en surmontant les panneaux et les trumeaux des glaces, venaient fort heureusement svmboliser les goûts de la duchesse, qui raffolait de musique presque autant que d'intrigue. On admire des dessus de porte en grisaille, reproductions des bas-reliefs de la fontaine élevée par Bouchardon dans la rue de Grenelle. Lne horloge à gaine de toute beauté, et un portrait d'apparat de Louis XV, de
forme ovale, complètent le charme de ce lieu, que devaient égayer autrefois les meubles de Charles Cressent, d'une élégance légère et solide.
D'après les Curiosité^ de l^aris', les appartements du duc contenaient quantité de richesses d'art et d'ameublement. " 11 \- avait un cabinet de médailles très accompli. L.es curieux de peintures devaient examiner le grand salon, peint par .\lignard à son retour d'Italie. La France triomphante en était le sujet. »
Toutes ces curiosités artistiques ont disparu.
Dans les divers cabinets qui avoisinent le salon de musique, la décoration moins somptueuse n'est pas exempte d'une certaine grâce : ainsi le petit « Salon bleu », qui sert de bureau au conservateur des manuscrits, justifie d'attrayants dessus de portes; la salle où réside le « trésor » de la Bibliothèque révèle par l'ornementation de sa frise l'existence de boiseries dissimulées vraisemblablement derrière les rayons de livres.
L'ancien salon de Charles Nodier a été transformé en « Cabinet des estampes >'. En pénétrant dans ce local bondé d'imposants in-folio, d'une austérité froide, on éprouve une impression singulière. Ce fut pourtant ici que le mouvement romantique prit naissance, ou peu s'en faut. Mme Ménessicr-Nodier. dans
I. Les Curiosité^ de Paris, rcimprimccs d'après l'cilition originale de 1716. Paris, Quaiitiii, iS81i-4.
les Souvenirs consacrés à son père', a raconté comment Alexandre Dumas père, Musset, Victor Hugo, \'ignv, Eugène Devéria, Louis Boulanger, les frères Alfred et Tony .lohannot, Eugène Delacroix, Lamartine, s'assemblaient auprès de Charles Nodier, qui écoutait d'une oreille favorable les théories dramatiques de Hugo, dont la préface de Cronuvcll allait
nous conserver l'écho
Mais tant de souvenirs du passé dominent en cette Bibliothèque de l'Arsenal, tant de chefs-d'œuvre de tous genres y survivent, qu'on se lasse malaisément d'évoquer les mille faits qui se rattachent à l'existence du dernier vestige de l'antique Arsenal I Et quand on aura rappelé que la « Chambre Ardente » se réunit à l'Arsenal pour juger le surintendant Fouquet accusé de malversations et pour instruire le procès de la trop fameuse Brinvilliers- et de ses complices,
1. Mme Ménessier-Nodicr, Cliarics Sudicr. làudes et Souvenirs, iSG-.
2. M. Fraiilz Funck-Breiitano, sous-bibliiithécaire, possède une curieuse toile de Charles Le Brun représentant la Brinvilliers décapitée. La tête tranchée d'où dégoutte le sang n'est pas une œuvre d'une haute valeur d'art, mais elle offre un puissant intérêt documentaire. Cette toile accrochée aux murailles du « studio » de l'érudit auteur de r « AlLiirc des Poisons » est bien à sa place dans ces lieux où furent instruits tous les procès d'enipoisonne-
quand on aura signalé les inestimables « Archives de la Bastille » et les richesses uniques dont se compose le « trésor «delà Bibliothèque', cet édifice s'imposera à notre admiration et à notre piété vigilante, non seulement à l'égal d'un dépôt de livres rares et précieux, mais comme Un legs des temps révolus, dont nous pouvons attendre le secret de bien des énigmes et qui nous instruira aussi sur l'évolution du goût national.
Ei>ou.\iu) ANDr<É.
Clichés Robert Bala
ment qui énuirent si violeuinicnt les dernières années du XVII" siècle.
I. Ces 0 richesses « sont trop nombreuses pour être toutes énumérées. Les unes tirent leur intérêt de leur valeur d'art et delà beauté, de leurs caractères, les autres sont remarquables par les souvenirs qu'elles évoquent. Contentons-nous de citer en bloc le « Psautier », dit « de saint Louis », spécimen de l'art de l'enluminure au XIV' siècle, un manuscrit des « Comédies » de Tcrence, ayant appartenu à Jean, duc de Berry, frère de Charles \', un exemplaire des « Triomphes » de Pétrarque avec d'incomparables miniatures exécutées pour François 1", la tt Bible » de Charles V, les manuscrits dits du « Mnitre aux Fleurs », les manuscrits de Conrart, les registres d'écrou de la Bastille, etc., etc. Tout un article spécial s'imposerait.
Le Mois Artistique Belge
Dans le courant du mois d'août, on a inauguré, à l'Exposition rétrospective de l'Art belge, la salle réservée au u Monument du Travail », l'œuvre que Constantin Meunier venait de terminer quand il mourut.
Une maquette du Monument du Travail avait été déposée il y a trois ans au Cercle artistique de Bruxelles; les quatre grands bas-reliefs formaient les quatre hices d'un bloc flanqué aux angles des figures du Mineur, du Forgeron, de ÏAiicètre, et de la Malernitc, et surmonté par le Semeur. Mais ce n'était point là la conception initiale de l'artiste. Cette conception, on l'a réalisée à l'Exposition et l'on va probablement s'y conformer pour le placement de l'œuvre au musée.
Les quatre bas-relief sont disposés en hémicycle, encadrés par une architecture très simple et séparés parles figures de bronze, le Semeur au milieu. L'ensemble est d'une grandeur sereine, très impressionnante, et d'tine parfaite harmonie.
Presque en même temps que l'Exposition rétrospective de l'Art belge, on a ouvert en Belgique deux iiutres expositions importantes ; à Bruxelles celle de l'Art ancien bruxellois, à Anvers l'Exposition Jordaens.
L'Exposition de l'Art ancien, installée dans des locaux provisoires construits au Parc de Bruxelles, et
c(>mmuniquant avec ceux du cercle artistique, réunit surtout des tapisseries. On sait quelle splendeur cet art atteignit au xv' et au xvi' siècle, dans la capitale brabançonne, sous l'impulsion des Roger van der Weyden et des Van Oriey, et quelles admirables œuvres décoratives, somptueuses et graves il donna. Si l'on n'a pas réussi à obtenir les tapisseries de la couronne d'Espagne qui ornaient le pavillon espagnol en Kioii, à Paris, on a pu montrer d'autres merveilles, notamment le Triomphe du Christ que M. Pierpont Morgan a payé un million et qui appartint au cardinal Mazarin, — un joyau éblouissant de couleur et d'or, un tableau délicieux de grâce fine; — la Présent Jtion de Jesus-Christ au 7'c'»!j.'/e, plus vigoureuse, plus éclatante, appartenant à M. Martin-Lerov, d'autres prêtées par M. Nardus, par le musée des Gobelins, par les musées belges et par de nombretix collectionneurs.
L'ensemble présente le plus puissant intérêt. Et, malgré l'absence des tapisseries de Madrid, de celles du Musée de Berne trouvées dans le camp de Charles le Téméraire, on peut se faire une idée de ce que fut cet art patient et savant qui donna la seule ornementation décorative convenant aux pays du nord, la seule que letir climat respecte.
L'Exposition Jordaens est évidemment très intéres-
santé. On y a réuni un grand nombre de travaux sortis de l'atelier du maitre.
Mais je ne sais si la gloire de eelui-ci y gagnera. Les plus belles œuvres de Jordaens sont connues, elles figurent dans les musées qui, généralement, ne les ont pas prêtées — le musée de Bruxelles a envoyé cependant la Fécondité.
Or, pour un très grand nombre de tableaux, on ne sait pas dans quelle mesure Jordaens y travailla. Sans Joute ils portent sa marque, sans doiUc ils sortent de son atelier, mais ils furent en grande partie exécutés par des collaborateurs du maitre, qui n'avait pas le rayonnant génie de Rubens grandissant tout autour de lui. Il s'ensuit que tout n'est pas admirable en cette exposition. Mais pourtant on y est frappé parla puissance, l'éclatante santé d'un art qui, sans s'élever jusqu'aux sommets, donne aux realités les plus simples une vie épique.
C'est le cas pour la Fccondité, pour Aillante et Méléagre, pour bien d'autres grandes compositions où apparaissent quelquefois des figures de la plus pure noblesse, au milieu d'un grouillement d'humanité vulgaire.
Le chef-d'œuvre • de cette exposition est le portrait d'homme de la galerie Esterhazy de Buda-Pesth. Cette sobre, grave, pénétrante effigie, animée d'une vie intérieure si profonde, si mystérieuse, étonne chez l'artiste épris généralement de violentes réalités extérieures. Et elle fait penser à ce qu'aurait été peut-être Jordaens si les circonstances lui avaient permis de mettre au service de sa puissance un peu de la culture, de l'initiation, qui grandissent chez Rubens des aspirations analogues à celles du maitre de la Fecouditc.
Il faut signaler la première Exposition organisée à .-\nvers par l'association l'Art contemporain. Deux salles y sont occupées par Besnard, par des portraits, des esquisses décoratives; Cottet y a une salle également et expose notamment ses petits nus qui sont des chefs-d'œuvre de forme ample et de voluptueuse
lORDAEXS
couleur. Une salle au Hollandais Breitner : des coins d'Amsterdam d'un caractère amer, d'une exécution fougueuse et d'une vision raffinée: une salle aussi à l'Espagnol Zuloaga dont les œuvres, en ce pays de peinture solide, paraissent un peu sommaires; des tleurs d'une belle allure décorative, du Hollandais V'erster.
Parmi les Belges, Claus, Van Uysselbcrghc, avec des œuvres déjà vues pour la plupart; Eugène Laer-
mans,avec des pages d'un sentiment poignant, d'une tristesse somptueuse; Jacob Smits, avec des figures et des paysages d'une ilpre éloquence ; Oelaunois, Oleffe Morren, Mertens, Buysse, Ensor, Delvin, l'rédéric, Baeseleer. Van Micghem, Walter Vaes, un jeune peintre dont la curieuse personnalité promet beaucoup, et les sculpteurs Constantin Meunier, Victor Rousseau, Georges iMinne et Huygelen.
Enfin, il faut dire un mot de l'Exposition a Bruxelles du cercle de l'Clùivre, où l'on a remarqué certains jeunes, notamment le portraitiste Cran, le dessinateur Van Haelen, 7^71- ,. , ,„ 1 , et l'animalier Delin.
(.■.llcjhni: hs/ri/lj;)- ^lluJjffSl 1.
l'OUTUAIT d'uoMMK *
La Société Royale Belge des Aquarellistes célébrera, le ii juin iqoG, le cinquantième anniversaire de sa fondation.
Le regretté sculpteur Constantin Meunier avait, pour cette solennité, composé une plaquette où nous retrouvons avec plaisir sa maîtrise ordinaire et aussi, — avec un peu d'étonnement, — un de ses sujets familiers.
Sur le fond, où le titre Société Royale Belge des Aquarellistes est inscrit avec lesdeuxdates, iS.StJ-igoô, se détache le mâle profil d'un jeune porion du pays wallon, tenant de la main dr.iite sa hachette, de taçon svmbolique.
La tête est superbe de calme résigne, la main robuste et bien modelée, — mais... quel rapport a ce jeune ouvrier, armé pour le labeur ou la défense, avec cet art léger, coquet et propre de la Société Royale .- Point n'est besoin de hache pour peindre à l'aquarelle.
L'Art dans la Mode