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LE RENARD

Octobre, syllabes qui sentent déjà, sinon l'hiver, du moins le triste automne avec ses brumes, syllabes dont l'assemblage, au ton mineur, fait passer un petit frisson entre les épaules! On songe déjà à se garer du brouillard, de la fraîcheur. On rêve de fourrure... déjàl

Fourrure, nom douillet, chaud et somptueux, nom qui berce et ragaillardit!

Mais ce n'est pas encore la longue et douillette enveloppe du manteau, sa large et vaste fourrure que la neige accompagne, ce n'est même pas la mante et presque pas rct()le.("est le simple boa, s'il se portait encore, c'est le très pratique renard, s'il était tant soit peu de mode :

hélas! il ne l'est plus.

Chantons donc sei dernières heures, scandons sa marche funèbre; la faim fait sortir le loup du bois, la mode y fait rentrer le renard. On ne le verra plus, pour quelque temps au moins, sur les épaules jolies , autour des cous ronds qu'il caressait et réchaulTait. Renard, symbole clair et franc, renard, image de la ruse, de l'adresse, de la malice, accompagnant la jolie frimousse des femmes!

( juel rapprochement !

quel symbole! Qui donc a dit que le renard seul est malicieux, qu'il est l'ennemi

de la poulette; qu'il la guette et la croque. C'était alors mieux qu'un symbole, c'était une revanche, et à son tour vaincu, dépouillé, empaillé, le renard a servi à celle qu'il croqua si souvent.

La bergère avait vu le loup, la citadine avait pris le renard pour s'en faire une chaude parure.

Mais les renards, si nombreux soient-ils, ne pourraient suffire à la coquetterie, à la demande, à la mode. Après avoir tué tous ceux de Russie, d'Alaska, d'Australie et même tous les renards des pavs où

PARMIGIANIXO

jamais on ne vit la' queue d'un, il fallut en trouver encore, en trouver toujours.

On en créa de toutes pièces ; n'importe quelle fourrure, quelle peau, chat ou lapin, devint renard. 11 suffisait de donner à la bête, au chat paré des poils du renard, la forme longue du classique croqueur de poules, de façonner avec du cartonpàte (celui des masques de carnaval) une petite tète lutée avec des veux ronds et vifs en verre, des oreilles pointues en velours, et trois poils de moustache en crin de cheval : le tour était joué, le tour du cou enveloppé; le renard était plus renard qu'un vrai, plus long que nature, plus gros que de raison, il était trop beau pour être vrai : mais un renard a le droit d'être faux.

Seulement les véritables coquettes ont vite renoncé à la somptueuse et comji mode fourrure; maintenant que pour cent sous on a un renard qui, de très loin, rappelle le renard bleu, ou le renard argenté de cent louis, cette fourrure est démodée, délaissée. — Ils sont trop peu cher, dit-elle, et bons pour des goujats.

C'est la revanche du raisin, du raisin de l'automne.

Probablement, un de ces jours, quand les renards auront eu le temps de repeupler les forêts, la roue de la mode les ramènera aux vitrines des fourreurs, on reportera du renard comme on en portait hier, comme on en a porté jadis, car les Romains connurent cette tiède parure, nos ancêtres aussi. Je n'en veux pour preuve que cette délicieuse figure du Parmigianino avec son renard à tête naturalisée, avec une petite chaîne-agrafe d'argent tout comme ceux qu'on faisait les ans passés, nouveauté admirable, à la grande fierté de nos élégantes.

Ln.i.v Ror.ERTS.

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