DÉSIR
Cette décoration se retrouve dans plusieurs pièces de l'intérieur; mais l'escalier surtout est merveilleusement riche et élégant. S'il est dépourvu de la majesté qu'offre le double escalier de Chambord, il e^t plus orné que celui de Chenonceau. Les pilastres et les cintres sont revêtus de sculptures exquises. Un peu partout, on remarque le chiffre et les croissants de Diane de Poitiers.
La salle à manger contient une des rares cheminées de la Renaissance qui subsistent en leur état primitif. Le salon et la chambre du roi sont d'un aspect imposant, et par les larges baies on ne peut se lasser d'admirer le décor charmant qui entoure Azay-le Rideau.
Azay-le-Rideau tire son nom d'Hugues-Rîdel ou Rideau, un des chevaliers bannerets de Touraine faits sur le champ de bataille de Bouvines par Philippe-Auguste. Hugues, qui vivait au commencement du xiii^ siècle, édifia un donjon destiné sans doute à commander la route de Tours à Chinon. D'ailleurs, Azay passe pour avoir été d'une réelle importance stratégique : une tradition rapporte que, lorsque Jean Sans-Peur se fut rendu maître de Tours en 1417, il y installa une garnison. A la suite d'outrages commis envers le dauphin Charles, qui, se rendant de Tours à Chi-
L'ART El LES ARTISTES
non, fut gi-avement insulté du haut des remparts par les soldats bourguignons, Azay fut assiégé, démantelé et ses défenseurs massacrés. Au XV'' siècle, Jacques de Montbrun essaya de le réédilîer. Le château actuel doit sa naissance au faste de GiUes Berthelot, secrétaire-conseiller du roi François I<^''. Ainsi s'expliquent les ornementations consacrées au roi et à sa belle amie Diane de Poitiers.
François \<^^ y séjourna, Louis XIII y iironicna sa royale mélancolie sur les bords de l'Indre et Louis XIV enfant y \ccut, habita même la chambre du roi.
Aujourd'hui, Aza\-, propriété de l'Etat, serait un cadre parfait pour évoquer dans son intimité l'existence seigneuriale, aux premiers temps de la Renaissance.
Edou.vrd André.
Les Théâtres
\"audeville : hi Belle Madame Hébert, de M. Abel Hermant. — Odéon : le Cœur et la Loi, de MM. Paul et Victor Margueritte. — Théâtre Antoine : Vers l'Amour, àç. M.Léon GandUlot. — Comédie-Française : Don Quichotte, de ]M. Jean Richepin. — Théâtre Molière : la Concurrente, de il. Jean Roy. — Théâtre Sarah Bernhardt : le Masque d'Amour, de M™^ Daniel Lesueur. — Théâtre fie l'Œuvre : les Bas-Fonds, de Maxime Gorky.
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Les feuilles tombent, les affiches se posent, les rampes s'allument. C'est la rentrée. Il va falloir recommencer le drôle de métier qui consiste à aller regarder, sur des planches, l'image de la vie... de quelle vie ! C'est dommage. On était si bien, parmi les prés et les vendanges. Mais tout a ime fin. Il faut rentrer...
La Belle Madame Hébert, on l'a dit, c'est Sapho, mais dans le grand monde, si l'on peut s'exprimer ainsi. C'est la femme fatale, tragique, redoutée, désirée des hommes, telle que la peignait Dumas fils. Son unique passion : l'argent. C'est une dame entretenue, ilais ces femmes-là, parait-il, éprouvent parfois de l'amour. Non de l'amour vrai, il s'entend, mais une rage sensuelle, une flambée de désir persistante. Et alors, tant pis pour celui qui est victime de l'accès. La maladie est contagieuse, l'homme, à son tour, deviendra fou. Seulement, la femme guérit, revient à ses rubis, à ses robes. Tandis que nous autres, naïfs, qui sommes, n'est-ce pas, plus profonds, nous ne pouvons nous consoler. Il faut un dénouement sinistre. II y aurait bien un voyage en Mandchourie, vers les hécatombes. Mais le président Roosevelt coupe fâcheusement cette issue. A défaut du train, l'omnibus. Claude Orcemont se jette dessous. Chanceux suicide, et bien malpropre ! J'aimerais mieux le poison, il me semble. Mais, au théâtre, on n'a pas le choix.
La pièce est bien faite, nerveuse, acre, désolante
et crispée ; celte frénésie sèche l'anime que, goûtent beaucoup de spectatrices. Le dialogue est spirituel, serré, pincé, éloquent parfois. Il n'y manque, pour le grand succès, qu'une qualité : l'émotion. La fureur des sens n'émeut pas, c'est une chose que nos dramaturges oublient souvent. Ils en pâtissent. Il faudrait qu'à défaut de la tète le cœur au moins fût intéressé. Cette Nicole Hébert est trop basse, décidément, et sans tendresse. Délicieuse Manon Lescaut !... Et quant à l'amant, s'il se tue, nous en sommes presque soulagés. On a envie de s'écrier, connue Andrieux lisant Lamartine : « Hé ! qu'il crève, et n'en parlons plus !... o Du talent, beaucoup. Pas de larmes.
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Tout le monde connaît les idées des frères Margueritte sur le divorce. Ils voudraient l'élargir, faire admettre qu'une seule volonté le provoque. L'union libre sous un autre nom, pour qu'il y ait paternité légale. Et cette prétention, il faut l'avouer, a pour elle au moins la logique. Les Margueritte, jugeant sans doute que la logique est chose trop sèche, ont voulu par surcroît nous toucher. Ils ont fait une pièce en ce sens. L'argument est on ne peut plus simple. La femme d'un goujat veut être libre. Le goujat s'y refuse, épris de la dot. On plaide deux ans. La femme perd. Elle va être ou ruinée, ou violée, et se voir enlever son enfant. Que faire ? Un honnête homme est là. Il tend sa main. Le monde est grand... Les amants s'évaderont, au mépris des lois, emportant l'enfant. Les blâmerez-vous ? Je m'en garderai, quant à moi. Et le public est de mon avis.
Pièce nette et franche, bien coupée, honnête, c'est une chose étonnante, d'une hardiesse respectable. Trop de discours, trop de tirades. Les auteurs nous sermonnent encore quand nous sommes déjà convaincus, et l'on voit leur inexpérience en ce qu'ils mettent leur thèse à la fin. Elle était démontrée par la pièce ! Mais il y a là, tout de même, outre les beautés littéraires, un sens évident du théâtre, des entrées, des sorties heureuses, un intérêt qui .se soutient,
de la fraîcheur et de la jeunesse. Et de l'émotion, oui, de l'émotion. Somme toute, spectacle excellent. Très bien joué par M"^^ Dux, passionnément raisonneuse, Sergine, exaltée et charmante. Janvier. Darras. Chevalet, Liser. Et il est précédé d'un fort joli acte d'André Rivoire : l'Ami du Mt'fiage. ironique et doucement ému.
Gros succès au Théâtre Antoine, comme par hasard, bien mérité. Le vaudevilliste Gandillot s'est senti touché de la grâce. Il a voulu faire une belle pièce, vivante et souffrante. Il a réussi. Il a réussi sans rien perdre de ses ressources de métier, et. par là, d'une idylle touchante, mais monotone, romanesque, il a su faire cinq tableaux qui nous tiennent sans cesse en haleine. Un jeune peintre à bonnes fortunes s'éprend d'une modiste, la quitte, la retrouve mariée, en devient follement amoureux, est quitté par elle, se tue. Encore Sapho ! Oui, parbleu, mais il y a toujours la manière. Celle-ci est délicieuse. Et le cabaret de Montmartre, et l'atelier, et l'étang de Saint- James, sont des décors attendrissants où l'on passe du rire aux larmes, des lèvres au cœur, comme disait le premier titre — un meilleur titre. Et. à chaque tableau, des comparses qui égaient l'attention, la ravivent : le mari, silhouette e.xcellente, une vieille bonne, un Américain, le gardien du Bois de Boulogne. L'ombre, de Murger flotte là, joliment rajeunie par Willette. L'auteur a trpuvé le secret d'extérioriser une histoire qu'on sent réelle, palpitante, d'y garder le frisson de la vie en l'adaptant à notre optique. C'est assez fort, je vous assure. Becque n'a pas fait autrement pour composer la Parisienne. Vous pensez de quel pittoresque Antoine encadra l'œuvre e.xquise !
Et Grand s'est surpassé lui-même dans le rôle atrocement difficile de l'amou reux. Il nous a charmés. M. Claretie, à l'avantscène, avait l'air satisfait et très fier de son innninent pensionnai re. II avait tout à fait oublié la fugue de M. Garry.
Ati Coin d'un Bois, d ' Hugues Delorme. est une A. GISHERT
amusante pochade, tirée d'un conte d'A.-G. Ibels. et ornée de rimes banvillesques.
Don Quichotte à la Comédie-Française, par Jean Richepin : quelle affiche ! Il faut y aller, évidemment, et l'on ne regrette pas sa soirée. Il y a de l'humour, du pittoresque, de l'imagination, de beaux vers. Au total, on est vaguement déçu. Pourquoi? C'est assez difficile 'à dire. Il semble que l'auteur ait trop compté sur la collaboration de Cervantes. Il suppose le livre connu, ce qui est une erreur énorme. Le public ne sait rien, n'a rien lu. Il ne voit qu'une intrigue assez mince et, pour tout dire, un peu falote, parmi laquelle un héros douteu.x fait des gestes plutôt décousus. Il ne sait s'il faut rire ou pleurer, sauf tout à la fin, où il pleure. Et alors, les bravos d'éclater. Mais c'est un peu tard, tout de même. Leloir est mi grime" admirable. Les décors sont d'vm goût bien fâcheux. ^
Je ne puis que vous signaler, en terminant, trois spectacles de très inégale valeur. La Concurrente, de M. Jean Roy, offre la donnée originale d'une femme qui, forcée d'écrire pendant une maladie de son mari, se révèle égale, sinon supérieure à l'écrivain. D'où la discorde. Querelles des sens et de la tète... En somme, pièce intéressante L'expérience scénique manque un peu. Elle viendra.
Le Masque d'Amour, de M""^ Lesueur, est une assez étrange histoire, qu'il eût bien mieux valu conter aux lecteurs du Petit Journal. Erreur d'une femme de talent. Il serait cruel d'insister.
Les Bas-Fonds, de Maxime Gorky, œuvre puissante et épileptique où les ombres sont accumulées, fut dé^ cemment montée
par l'Œuvre.
C'est un pendant russe aux Tisserands. Il ne suffit }ias à prouver que Gorky est un grand dramaturge . Grand écrivain, nous le savions. Je vous conseille de la lire.
G.-\B. Tr.\rieux.
DON OUICHciTTE CHEZ LES DUCS
L'Art dans la Mode