‹ L'art et les artistes hollandais (volume 3)Chapitre 30 sur 57 · Publié dans la Galette des Beaux-arts, loc. cit · texte numérisé non relu

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CAREL FABRITIUS.

inconnus. » Cela est en partie vrai pour le moment, mais raison de plus pour les chercher. Elles ne peuvent être nombreuses, toutefois. Le peintre est mort à trente ans; il avait obtenu tardivement son brevet de maître; il n’a donc pu produire que pendant un temps fort limité. En second lieu, nous savons par Bleyswijck qu’il décora à Delft même un certain nombre d’intérieurs de maisons et de plafonds aujourd’hui démolis. Enfin, la catastrophe qui lui a coûté la vie a détruit en même temps tout ce que renfermait son atelier en tableaux achevés, ouvrages en train, croquis, ébauches, études, etc.

Cependant, l’admiration que ses contemporains lui témoignent est trop sincère, trop ardente pour s’étayer uniquement sur des souvenirs. Il faut qu’il soit resté un certain nombre de toiles de premier ordre. Pour nous personnellement, nous en connaissons trois qui justifient pleinement tout le bien qu’ont dit de lui Bleyswijck et Arnold Bon. Ces trois tableaux sont, en premier lieu, la tête d’homme du musée de Rotterdam; ensuite le fameux Chardonneret qui, après avoir appartenu à Bürger, est passé entre les mains de Mme Lacroix; enfin, la Décollation de saint Jean-Baptiste, du musée d’Amsterdam. Cette dernière toile, il est vrai, est attribuée par le catalogue à Drost ou Carel Fabritius; mais il ne peut y avoir de doute à son égard. Non seulement elle est de la même main que la tête de Rotterdam, mais encore le catalogue de Hoet1 nous apprend qu’une Décollation de saint Jean-Baptiste (S1 Jans Onthoofding), par Fabritius, fut vendue à Amsterdam, le 16 mai 1696, tandis que pour Drost nous ne trouvons rien de semblable.

1. Catalogus of naamlyst vau Scliilderyen met de^elver pry^eu. La Haye, 1752, t. Ier, p. 'iy.

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Ce même catalogue et celui de Terwesten, qui le continue, nous révèlent, en outre, les tableaux suivants :

Des personnages dans une grotte, vendu à Amsterdam le 28 mars 1708;

La naissance de saint Jean-Baptiste, vendu à Amsterdam le 16 mars 1724 (vente George Bruyn) ;

Un soldat fumant, vendu à Amsterdam le 29 novembre 1729;

La naissance du Christ, vendu le 11 avril 1731 à Rotterdam (cabinet de Cornelis Wittert, seigneur de Valkenburg) ;

Et enfin Joseph dans sa prison expliquant les songes du pannetier et de V échanson, vendu à la Haye le 19 avril 1752 (cabinets de M,,,c Maria Beukelaar, veuve de l’envoyé de Saxe- Gotha et du peintre Anthony de Waart). Ce tableau avait déjà figuré cinq ans plus tôt (23 mai 1747) à la vente du peintre Van Pee.

A cela il faut ajouter tous les ouvrages dont la trace est absolument perdue, et qui se prélassent dans les grandes collections sous le nom et même sous la signature de Rembrandt. L’histoire du portrait de Rotterdam n’est point, en effet, un accident unique en son genre; il est mainte autre toile qui se trouve dans le même cas. Et justement parmi les tableaux du musée de Stockholm qui nous ont valu la question de M. Clément de Ris, je ne serais point surpris qu’il s’en rencontrât deux au moins de Fabritius. En effet (si mes souvenirs me servent encore bien), il existe une grande analogie entre le Jean Ziska et les deux tableaux de Rotterdam et d’Amsterdam. En 1871, quand je visitai le musée de Stockholm, je fus très frappé de cette ressemblance. En outre, comment admettre que cette toile si vaste, qui sort des proportions habituelles que Rembrandt donnait à ses tableaux, et qui

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aurait dû faire époque dans son œuvre, ait passé inaperçue et qu’elle ait échappé à tous ses biographes ? Il plane làdessus un mystère bien étrange, et l’on a si bien senti ce qu’il y avait d’anormal dans l'existence de cette grande œuvre tardivement révélée et dans sa présence inattendue sur d’aussi lointains rivages, qu’on a dû, pour expliquer ce déplacement , imaginer une série de récits étranges.

On a été jusqu’à inventer je ne sais quel voyage de Rembrandt dans le nord de l’Europe. M. Clément de Ris se garde bien d’ajouter foi à cet hypothétique déplacement. Il préfère se demander si Mme Peil ‘, née Grill, qui légua ce tableau au musée de Stockholm, n’était point originaire des Pays-Bas. Bien que le nom de cette dame ne soit guère hollandais, je n’entends diminuer en rien l’ingéniosité de cette supposition. Toutefois, je ne puis m’empêcher de remarquer qu’en restituant pour un instant cette grande œuvre à Fabritius, toutes les difficultés s’aplanissent.

Entre Delft et Stockholm, les relations, en effet, furent de tout temps très suivies et très cordiales. 11 faut se souvenir que, dès 1 63 5 , la reine Christine avait choisi pour ambassadeur en France un enfant de Delft, Hugo Grotius, qui, proscrit de sa patrie, mais en correspondance journalière avec les Arminiens de sa ville natale, poussa continuellement ceux-ci à la cour de Suède et les y aida à faire leur chemin. Ses bons offices s’étendaient à tous ses

1. Le catalogue du musée de Stockholm ajoute à la mention de ce tableau la note suivante : « Selon la tradition, Rembrandt aurait laissé, en souvenir et en témoignage de sa reconnaissance, ce tableau à une famille du nom de Peil, chez laquelle il aurait été soigné pendant une maladie à Stockholm. Le dernier membre de cette famille, Mnic Peil, née Grill, fit cadeau, en 1798, de ce tableau remarquable à l’Académie des beaux-arts. »

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co ncitoyens, même aux artistes, et c’est à cette influence toujours serviable qu’il faut attribuer la fortune de David Beck, «peintre et valet de chambre de la sérénissime reyne de Swede, envoié de Sa Majesté : pour peindre les personnes illustres de la Chrestienté, natif de Delft, en Hollande », comme il se qualifie lui-même sur son autoportrait gravé par Antoine Coget.

Après Christine, Charles X et Charles XI continuèrent leur bienveillance aux Delvenaars, et même en 1667, l’année par conséquent où Bleyswijck proclamait dans sa Beschryvinge, que Fabritius était l’un des premiers peintres de son pays et de son temps, nous trouvons à Delft un autre ambassadeur de Suède, également enfant de la ville, adopté par elle, Christophe Delficus Dohna, que les bourgmestres de Delft avaient tenu sur les fonts baptismaux. Cette année-là, le collège des bourgmestres et échevins comblait de présents le filleul de leur chère cité. A l’occasion de son mariage, on lui offrit un superbe cadeau de faïences montées en argent l. Ces faïences, j’en ai retrouvé la trace en Suède. Elles sont passées, par voie d’héritage, dans la famille Bielke. Quoi d’étonnant, après cela, que Delficus ait rapporté, lui aussi, quelques tableaux ? Pensionné par la ville de Delft, il fut forcément en relations très suivies avec Bleyswijck, qui était alors secrétaire du collège échevinal. Il dut l’entendre vanter le talent de ce peintre qu’il avait en si grande estime; et c’est peut-être là qu’il faut chercher le point de départ de cette toile si surprenante; car si toutes ces probabilités n’aboutissent qu’à une présomption, on doit avouer que celle-ci est singulièrement mieux assise et plus plausible que celles produites jusqu’à ce jour.

. Voir aux archives de Delft, Lopende memoriaal, n° IV, f° 177 r°.

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Le second tableau du musée de Stockholm qu’on pourrait revendiquer pour le compte de Fabritius, c’est le Portrait de Saskia. Comme l’a fort bien remarqué M. Clément de Ris, dans certaines places de cette toile, la touche est lourde, on sent une main-d’œuvre encore inexpérimentée. Il y a une indécision de brosse qui n’est guère le fait du Rembrandt de ce temps. Ensuite, ces répétitions d’un même portrait paraissent fort suspectes à qui connaît l’œuvre du maître. Tous ceux qui ont étudié son caractère, la nature éminemment créatrice de son génie, tous ceux qui ont vécu dans la contemplation de ses eaux-fortes, savent quelle difficulté ce terrible homme éprouvait à ne pas remanier sa pensée. Et, pour ne citer qu’un fait, il m’a toujours paru peu admissible que le cerveau fiévreux auquel nous devons les onze « états » de la Résurrection de Lazare se soit complu à copier et à recopier servilement un portrait dont il avait sans cesse l’original sous les yeux.

Quant à la signature, car le tableau est signé et daté, je n’en ai gardé aucun souvenir. Mais dans une œuvre pareille elle ne saurait être qu’un indice et rien de plus. Le tableau du musée de Rotterdam, dont il est longuement question en tête de cette notice, montre assez avec quelle disinvoltura on signait les tableaux anciens au commencement de ce siècle, et le P. L. Van Ryn, relevé par M. Clément de Ris (signature absolument inusitée par le maître et certainement contrefaite), me rappelle malgré moi l’époque assez récente où l’on affublait Rembrandt du prénom fantaisiste de Paul.

Enfin il n’est pas jusqu’à la date qui ne vienne s’inscrire en faux contre l’attribution. Le tableau est daté de i632. Mais, en i63o, Rembrandt n’était pas marié. En i632, Saskia habitait à Leeuwarden en Frise. En 1 633,

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elle résidait à Franeker. En 1634, elle se rendit au printemps chez sa sœur Hiskia, à Anna-Parochie, dans le Bildt, où son beau-frère, Gerrit van Loo, était secrétaire du bailliage; et c’est seulement le io juin de cette même année qu’eut lieu le mariage de Saskia et de Rembrandt. En quelle ville, à quelle occasion et à quel titre Rembrandt eût-il, en 1602, exécuté le portrait de celle qui n’était pas encore sa fiancée? En outre, le portrait nous représente Saskia mariée. Ainsi la signature et la date, bien loin d’attester l’authenticité de la peinture, seraient propres, au contraire, à faire naître des doutes, si la peinture ne suffisait pas à elle seule à les provoquer. Le tableau a dû être signé et daté, après coup, par quelque spéculateur maladroit et sans scrupule.

Enfin je termine en rectifiant une erreur commise par Immerzeel.

Parlant de Johannes Vermeer, ce biographe dit qu’il fut l’élève de Fabritius. « Hy n>as discipel van Karel Fabritius. » Je me suis efforcé de découvrir où Immerzeel a pu trouver une base à cette assertion, et comme il ne cite point ses sources, la tâche est difficile. Tous ses prédécesseurs consultés, je n’ai rencontré que quatre mauvais vers d’Arnold Bon qui, mal interprétés, aient pu donner lieu à cette méprise. Voici ces quatre vers :

Soo door’ van desen phénix t’ onser schade,

In't midden en in’t beste van zyn swier Maar weer gelukkig rees’er uyt zyn Vier,

Vermeer, die meesterlyck betrad zyn pade.

Je traduis mot à mot :

« Ainsi s’éteignit ce phénix (il s’agit de Fabritius), à notre douleur, au meilleur de sa gloire; mais heureuse-

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ment de son feu naquit Vermeer, qui, magistralement, suit ses traces. »

Il est incontestable qu’Arnold Bon a obéi, en écrivant ces pauvres vers1, au double besoin de développer une fausse image poétique et de faire un peu de réclame à son ami Vermeer. Il est même probable que Bleyswijck ne nous aurait point conservé ce pathos, s’il eût émané d’un autre que de son éditeur.

Quant à Immerzeel, son excuse est dans l’ignorance où il se trouvait des règlements de la gilde de Saint-Luc. Il n’eût certainement pas pris au pied de la lettre les allusions fantaisistes du poète Bon, s’il avait su que nul peintre ne pouvait former d’élèves s’il n’était maître, et que la durée totale de l’apprentissage était de six années, divisées en trois stages de deux ans. Il s’en serait bien gardé surtout, s’il eût connu les deux dates d’inscription de Fabritius et de Vermeer sur les registres de maîtrise. Le premier, nous le savons, fut reçu maître le 29 octobre i652, le second, le 29 décembre 1 653. Il y a donc impossibilité matérielle à ce que Vermeer ait été le « disciple », c’est-à-dire l’élève, l’apprenti de Fabritius, dans le sens étroit et professionnel du mot.

Que ce dernier ait exercé une certaine influence sur son jeune confrère, cela est fort admissible, très probable même, et le contraire étonnerait. Karel était riche, bien apparenté, lancé dans le monde; il venait d’une grande ville où il avait connu les célébrités artistiques de son

1. Weyerman, faisant allusion à ces vers, dit que Bon était mal nommé et qu’à ne considérer que ses œuvres poétiques on aurait pu l’appeler très méchant : « Een Zeker poeet van deux aas, gedoopt Arnold Bon, vereerde (dus noemde hy dat geschenk) zyn gebeente met een treurdicht dal waarlyk niet bon, maar très méchant etc. »

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temps. Il était, en outre, grand peintre, esprit ingénieux, brillant causeur. Vermeer, au contraire, bien qu’il ait, dans la suite, figuré parmi les syndics de sa corporation, semble avoir été pauvre et sans puissantes relations. Tout est là.

BARTHOLOMEUS BREENBERGH

i en ne ressemble moins à la biographie de Carel Fabritius que celle de Bartholomeus Breenbergh. Autant l’un demeura, comme artiste et comme producteur, inconnu des générations qui succédèrent à la sienne, autant l’autre fut estimé, goûté, recherché; à ce point que ses œuvres trouvèrent, au siècle dernier, accès dans les plus célèbres collections, côte à côte avec celles des plus illustres maîtres.

Mieux accueilli encore en Italie et en France que dans son propre pays, qu’il semble avoir quitté d’assez bonne heure pour s’en aller au delà des Alpes acquérir le style et les belles manières, Breenbergh vit, à son retour, les galeries royales et princières s’ouvrir devant ses meilleures productions.

Descamps1 et Papillon de la Ferté2 nous signalent

1. L.a Vie des peintres flamands et hollandais, t. II, p. 3o2.

2. Extrait des différents ouvrages publiés sur la vie des peintres, par M. P- D. L. F. Paris, 1776, t. II, p. 32g.

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deux tableaux de lui à Paris même, dans le « Cabinet du roy » : l’un représentant Mercure et Argus, l’autre un Homme jouant du hautbois. Le catalogue du Palais- Royal1 nous en dénonce cinq autres : un Homme à cheval dans un paysage, des Chèvres avec un berger et des moutons, un paysage avec une ruine ronde, qu’à cause de cela on appelait la Tour, un autre qu’on nommait la Montagne, et qui représentait des troupeaux, et enfin la Prédication de saint Jean, sujet qui semble avoir été particulièrement cher au maître 2 3 4.

En outre, à Paris, chez M. le comte de Vence, on voyait un grand tableau fort vanté, représentant Jésus et le Centenier ; chez M. Tallard, les Ruines du temple de la Paix, à Rome; chez le duc de Choiseul, une vaste Campagne avec ruines, la Grande voûte d’un palais antique, des Ruine ? dans la campagne* ; chez le prince de Conti, un Paysage avec ruines, Loth et ses filles, le Serviteur d’ Abraham buvant à la cruche que lui présente la fille de Laban, une Chasse au cerf et les Filles de Circék ;

1. Description des tableaux du Palais-Royal avec la vie des peintres à la tête de leurs ouvrages. Paris, 1787, p. 86 et suivantes.

2. Le magnifique album gravé sous la direction de Couché et qui porte pour titre : Galerie du Palais-Royal, gravée d'après les tableaux des différentes écoles, etc., Paris, 1786, ne nous donne que trois ouvrages de Bartholomeus Breenbergh. Et encore n’en est-il que deux qui correspondent à la description de Du Bois de Saint-Gelais, l’auteur du Catalogue. La Prédication de saint Jean, la Tour et Y Homme à cheval manquent, à moins que cette dernière composition ne soit la même que celle désignée, dans la Galerie, sous le titre : les Ruines.

3. Ces trois tableaux furent vendus en 1772 : le premier, i,3oo liv\; le second, 2,000 liv. ; le troisième, 420 liv. — La Grande voûte fut acquise par le prince de Conti ; elle reparut en 1777 à la vente de ce dernier et fut adjugée à 1,200 livres.

4. Ces cinq tableaux furent adjugés, à la vente du prince de Conti, aux prix suivants : le Paysage, i,5oo liv.; Loth, 1,100 liv.; le Serviteur d’ Abraham, 1,700 liv.; la Chasse, i,5o6 liv.; les Filles de Circé, 1,806 liv. Ce dernier tableau qui, à une vente dirigée par Basan, éfait

BARTHOLOMEUS BREENBERGH.

chez M. de Julienne, de belles Ruines animées de figures1, tableau ragoûtant, disait le catalogue; chez M. Blondel de Gagny2, sept petits paysages; chezM. de la Bouexière, une composition historique que le peintre répéta également plusieurs fois, Joseph faisant distribuer du blé en Egypte; chez M. de Gaignat, quatre paysages; un autre paysage chez M. le maréchal d’Issenghien, et chez M. Le Noir, des Animaux dans la campagne.

En Hollande même, bien qu’il n’y fût connu que de seconde main, et par conséquent moins apprécié, on rencontrait de ses œuvres à la Haye, chez M. Da Costa3, dans le cabinet de M. Verschuring4 et dans la collection Van Bremen; à Dordrecht, chez M. van der Linden van Slingeland5, et à Amsterdam, chezM. Braamkamp0, c’està-dire chez les principaux amateurs du pays.

monté, en 1773, à 2,450 liv., ne trouva, à la vente Lebrun, en 1782, acquéreur qu’à 1,200 liv.

1. Adjugé en 1767 pour 3qo liv. Un autre tableau de notre peintre, représentant également des Ruines, fut adjugé dans la même vente pour 400 liv.

2. Ces divers tableaux furent vendus, en 1776, pour la somme de 7,979 liv.; plusieurs d’entre eux provenaient de la célèbre collection de la comtesse de Verrue.

3. A la vente Da Costa (i3 août 1764), le Paysage avec ruines fut adjugé à 120 fl.

4. En 1770, le Paysage italien avec ruines, de la collection Verschuring, fut acquis par M. Du Bon pour 180 fl.

5. Le tableau de M. van der Linden van Slingeland représentait le Marché d’Athènes : au premier plan se trouvait Diogène installé dans son tonneau et Alexandre qui le questionnait; le conquérant était monté sur un cheval blanc. En 1785, ce tableau fut acquis pour 1 3 5 fl. par M. Fouquet.

6. M. Braamkamp possédait quatre tableaux de B. Braenbergh dans sa célèbre collection. Le premier, représentant la Prédication de saint Jean, fut adjugé, en 1771, pour 925 fl., et acquis par M. J. Hope; le second, Joseph distribuant des grains en Égypte, fut acquis par M. Fouquet pour 460 fl.; le troisième, Diane au bain, fut adjugé à M. I. L. van der Dussen pour 320 fl., et le dernier, représentant des Ruines avec des mendiants, fut payé par M. Fouquet 422 fl. — Deux notes manuscrites,

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Ajoutons qu’à cette marque effective d’estime venaient se joindre les éloges unanimes des écrivains et des critiques. Descamps disait de lui : « C’est un peintre précieux dans ses petits ouvrages....; ses sujets et ses figures sont nobles; son paysage est traité comme ses figures, avec beaucoup d’art et de vérité. » P. de la Ferté ajoutait : « Ce peintre est spirituel, son ton de couleur est bon. On y trouve de la finesse et autant de légèreté que de grâce. » Gault de Saint-Germain1 remarquait que : « Borné dans la dimension de ses ouvrages, il sait, dans un cadre très resserré, faire de grandes choses qui intéressent et piquent la curiosité des amateurs '». Et Lecarpentier, qui lui donne une place d’honneur dans sa Galerie des peintres célèbres 2, reconnaît à sa peinture « un ragoût admirable, soit par la finesse de la touche, soit par la grande vérité avec laquelle il peignait les débris de l’ancienne Rome».

Enfin, dernier critérium de succès, les ouvrages de Breenbergh, très recherchés des amateurs, atteignirent de hauts prix; non pas le prix moyen très enflé, exagéré outre mesure, de 12,000 livres, auquel les taxent le marchand Le Brun et après lui F.-X. de Burtin3, mais facile-

remontant à l’époque de la vente Braamkamp, tracées sur l’exemplaire du catalogue en ma possession, indiquent que le second de ces tableaux fut acquis, en 1765, par le riche amateur pour 365 fl., à une vente publique à Amsterdam, à la salle de vente appelée Heerenlogement. Quant au premier, qui avait été adjugé en 1720 pour 3 fl. 10, il avait été payé par M. Braamkamp 450 fl.

1. Guide des amateurs de tableaux. Paris, 1818, t. Ier, p. 1 1 5 .

2. Galerie des peintres célèbres avec des remarques sur le genre de chaque maître. Paris, Londres et Strasbourg, 1821, t. Il, p. 36.

3. Traité théorique et pratique des connaissances qui sont nécessaires à tout amateur de tableaux. Bruxelles, 1808, t. I, p. 362. — La baisse subie au commencement de ce siècle par les tableaux de Breenbergh semble avoir beaucoup surpris Le Brun et de Burtin. Le premier dit que s’ils sont tombés, ils se relèveront, et fait remarquer que leur célébrité meme a été la cause de leur chute, « parce que rien ne pouvant être

BARTHOLOMEUS BREENBERGH.

ment i,5oo à 2,000 livres, somme considérable pour une époque où les Rembrandt se vendaient quelques écus, et où les Frans Hais ne trouvaient pas d’acquéreurs, même pour quelques livres.

Malheureusement pour notre peintre, cette vogue ne se soutint pas. Au commencement de ce siècle, une réaction se fit dans le goût du public. Breenbergh, ou plutôt le Bartholomé, car il était presque uniquement connu sous ce nom, avait eu deux manières : l’une, claire, douce, ambrée, transparente; l’autre, sombre, dure, avec des ombres lourdes qui s’alourdirent encore en prenant de l’àge, devinrent épaisses, opaques, et tournèrent au noir. Cette seconde manière nuisit à l’autre, déprécia ses œuvres et les fit rejeter par les amateurs. En même temps, l’admiration pour ces artistes charmants, mais conventionnels, qui avaient été chercher leur inspiration au delà des monts, s’attiédissait. La facture étroite, serrée, finie, des petitsmaîtres précieux cessait d’être regardée comme le point culminant du talent. Et pendant que les peintres au faire large et puissant, aux empâtements solides, reprenaient le dessus, la vogue se détournait des peintures minces et lisses.

Aussi ne faut-il point être surpris qu’après avoir été accueilli et choyé par les plus hauts et les plus distingués d’entre les collectionneurs, par les Crozat, par les Randon de Boisset, par les Choiseul et par Mme de Verrue, Breenbergh se trouve, en quelque sorte, banni des musées de formation récente.

d’une exécution plus parfaite que les petits bijoux de Bartholomé, lorsqu’ils ont son agréable petit ton argentin, dès que les premiers ont été vus à Paris, chacun a voulu en avoir, kce qui les a fait monter à des prix exorbitants ». Et de Burtin ajoute : « M. Le Brun a bien raison de dire qu’ils remonteront, car il est plus que probable qu’on ne les jugera pas toujours sur ouï-dire. »

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Le Louvre et le musée de l’Ermitage possèdent seuls aujourd’hui ses tableaux en nombre. Le premier en compte six qui lui viennent tous de l’ancienne collection1; le second en possède trois, acquis depuis longtemps déjà2. Munich a de lui un Moine en prière, Dresde un Joseph vendant du pain aux Égyptiens ; Vienne, un Paysage avec des ruines, et c’est tout3. Dans son pays même, Breenbergh n’est pas mieux servi. On possédait au musée de la Haye un tableau à lui attribué; il a été restitué à Poelenburg; seul le musée Van der Hoop inscrit sous son nom un tableau singulier, une suite de portraits, seigneur, dame et enfant debout, non loin d’une ruine près de laquelle coule une fontaine. Pour tant de célébrité, c’est demeurer bien pauvre.

Il semble après cela que Breenbergh, méconnu en notre siècle, mais si apprécié de ceux qui l’ont directe-

1. Les six tableaux de Breenbergh qui sont au Louvre portent les numéros et titres suivants :

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