‹ L'art et les artistes hollandais (volume 3)Chapitre 31 sur 57 · Vue de Tivoli · texte numérisé non relu

Vue de Tivoli

3. M. F. Waagen, dans son Manuel de l’histoire de la peinture, t. III, p. 180, cite encore un Moïse sauvé des eaux, qu’il aurait vu à Londres à la National Gallery (n° 208} : «Tableau, dit-il, d’une transparence frappante et d’un bon clair-obscur. » Le nouveau Catalogue of the pictures in the National Gallery (publié en 1878) ne fait plus mention de ce tableau. Je n’y ai même pas trouvé trace d’un n° 208.

BARTHOLOMEUS BREENBERGH.

ment suivi, ait dù au moins, au point de vue biographique, bénéficier de l’attention qu’il avait si fortement sollicitée, et on pourrait croire que sa vie nous est connue dans tous ses détails. Eh bien, il n’en est rien.

Sous ce rapport, il a été aussi mal servi que Carel Fabritius, que Johannes Vermeer, que Pieter de Hooch, que Brekelenkam, que tous ces grands maîtres qui passèrent inaperçus de leurs contemporains et furent méconnus de leur postérité directe. De lui on ignore tout, et après avoir mentionné l’année probable de sa naissance et l’année présumée de sa mort, le plus récent et le plus éminent de ses biographes s’écriait : « On ne sait rien de sa vie.... Ces deux dates composent à elles seules toute sa biographie. Il faut donc renoncer à connaître l’homme et se contenter d’étudier l’artiste1. »

D’où vient cette pauvreté de renseignements? Elle vient, nous l’avons dit, de ce que Bartholomé Breenbergh ne fut guère apprécié que de seconde main en Hollande. Il y séjourna peu et n’y produisit guère. Il habita le plus souvent en Italie, d’où ses tableaux remontèrent en France, et ne laissa dans son pays d’origine personne qui pût renseigner Houbraken, ce biographe de la première heure, ce dispensateur originel de la renommée. Aussi n’est-ce qu’accidentellement qu’il arrive à parler de ce fameux peintre « berucht konstschilder », Bartolomeus Breenberg (szc)2, et il se borne à raconter en substance « que quelques personnes lui ont dit qu’il était né à Utrecht, et qu’il avait été le maître de Cornelis Poelenburg. » Et là-dessus il s’empresse d’ajouter : « La

1. Charles Blanc, Histoire des peintres de toutes les écoles. Ecole hollandaise, t. ier.

2. De Groote Schouburgh der nederlantsche Konstschilders en Schilderessen. Amsterdam, 1718, t. Ier, p. 369.

L’ART HOLLANDAIS

première allégation peut être vraie, mais la seconde manque absolument de vraisemblance, vu que Poelenburg est né en 1 586, et que Breenbergh est mort en 1660, ce qui ferait beaucoup d’années pour la vie d’un seul homme1. » Et en effet, imaginez le maître de dix ans plus âgé que l’élève, c’est-à-dire né en 1676, et vous arrivez à un total majestueux de quatre-vingt-quatre ans, qui, s’il n’est pas une impossibilité, est du moins d’une rareté assez grande.

Mais ce qu’il faut retenir surtout de cette déclaration biographique, c’est son côté vague, indécis, peu fait pour inspirer la confiance. On a dit à Houbraken que B. Breenbergh était né à Utrecht, mais ceux qui lui ont dit cela sont ceux-là mêmes qui lui ont raconté qu’il avait été le maître de Poelenburg, chose qu’il regarde comme impossible. Il n’ajoute donc qu’une foi médiocre à leurs renseignements. La seule chose qu’il paraisse savoir, c’est que notre peintre est mort en 1660. Je demande pardon si j’insiste tant sur le côté vague de cette première version, mais on verra tout à l’heure quelle importance elle va prendre.

Campo Weyerman, biographe de seconde main, qui mit au pillage les notices de Houbraken, trouva sans doute, lorsqu’en 1729 il publia ses trois volumes2, que ce passage manquait de clarté. Il aurait pu y ajouter quel-

1. Ce passage me semble valoir la peine d’être donné intégralement : « Hier van wilden zommigen my verzekeren, dat hy tôt Uitrecht geboren, ende Meester van Korn. Poelenburg geweest zoude zyn. Het eerste kon waar wezen, maar het laatste heeft geen waarschynlykheit ; aangezien dat Poelenburg geboren zynde 1 586, en Breenberg gestorven 1660, al vry veele jaren in dien tusschentyd verloopen zyn voor eens menschen leven ».

2. De Levens-beschryvingen der nederlandsche Konst-schilders en Konst-scliilderessen. — Les trois premiers volumes furent publiés à la Haye en 1729; le dernier, qui est rare, le fut à Dordrecht en 1769.

BARTHOLOMEUS BREENBERGH.

ques traits de son invention, quelques-unes de ces anecdotes apocryphes dont il était assez prodigue ; mais Breenbergh ne l’intéressait pas, paraît-il ; il ne dit rien de lui; il omet même son nom, et ce n’est que dans le quatrième volume de ses œuvres, publié à Dordrecht longtemps après sa mort1 , et sans doute sur des notes laissées par lui, qu’on voit apparaître accidentellement notre peintre. On le nomme alors Briemberg, ce qui montre que l’auteur hollandais emprunte ses détails à un écrivain français2 , et on se borne à ajouter que, si les particularités de sa vie sont inconnues, il n’en est pas de même de ses tableaux.

Entre temps, Descamps avait donné sa Vie des peintres flamands (1754), et comme la haute célébrité dont Breenbergh jouissait en France ne lui avait pas permis de le traiter aussi légèrement que l’avaient fait les biographes hollandais, il s’était trouvé fort dépourvu. Ne voulant pas néanmoins rester à court, il chercha à se tirer d’affaire en inventant une date de naissance : « Breenbergh, nous dit-il, connu en France sous le nom de Bartholome, naquit à Utrecht vers l’an 1620; on ne sçait qui fut son maître ni en quel temps il fut en Italie où il a formé sa belle manière... Il a joui, de son vivant, d’une grande réputation. On ne nous apprend rien de plus de sa vie; on sçait qu’il est mort jeune, en 1660, sans sçavoir le lieu de sa sépulture. »

1. Campo Weyerman était mort en 1747, après avoir passé les dernières années de sa vie en prison. Ce fut M. Ab. Blussé qui recueillit et publia les notices composant ce volume posthume.

2. Il est en effet à remarquer que, alors que Descamps et Papillon de La Ferté écrivent Breenberg, qui est l’orthographe de Houbraken, Campo Weyerman adopte, au contraire, celle de Briemberg qui est la manière d’écrire défectueuse de Felibien. Voir Entretiens sur la vie et les ouvrages des principaux peintres. Paris, 1688, t. II, p. 237.

L’ART HOLLANDAIS

J’ai souligné deux mots dans cette citation, pour bien montrer comment les traditions se forment. Félibien, le premier qui mentionne la date mortuaire de notre peintre, écrit en parlant de Zegers : « Il mourut environ l’an 1660, comme aussi Barthomé Briemberg et Asselin, dit petit Jean, qui ont bien fait le paisage1. » Cette date approximative de 1660, reproduite par Houbraken, est devenue chez Descamps date certaine. De même que la date de 1620, que Descamps donne comme probable, va devenir chez Gault de Saint-Germain, chez Balkema, chez Pilkington, chez Siret et sous la plume des rédacteurs de catalogues, définitivement acquise, et sera présentée comme irréfutable. Et, du coup, la vie de notre peintre va se trouver réduite à quarante années. Descamps semble donc avoir raison de nous dire qu’il mourut jeune. Reste à savoir si ce n’est point lui, Descamps, qui, involontairement ou par ignorance, a abrégé ses jours.

La première protestation qui s’éleva contre ces deux dates fut celle de M. Huber, lequel, dans ses Notices des Graveurs, fixa la mort de Breenbergh à i663. Cette date fut reprise par Bartsch2, qui conserva toutefois, pour l’époque de naissance, la date approximative de 1620. Cette dernière année, cependant, eût dû lui paraître encore bien plus suspecte. Bartsch, en effet, commentant l’œuvre gravé de Bartholomeus Breenbergh, mentionne, en première ligne, la suite de dix-sept planches que tous les amateurs connaissent sous le nom de Ruines de Rome, et qui ont pour titre Verscheyden verrait en gebomven, so binnen als buiten Romen, geteyckent en gheets door Bartholomeus Breenbergh Schilder-

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