‹ L'art et les artistes hollandais (volume 4)Chapitre 19 sur 61 · I.’ART HOLLANDAIS · texte numérisé non relu

I.’ART HOLLANDAIS

ne dut point beaucoup connaître son père. En i65i, lorsque sa mère mourut, Nicolaas avait juste cinq ans. Par testament reçu le ig avril 1646, par le notaire Jacob van Loosdrecht, sa mère Ingitta Thovelingh avait institué, pour tuteur de son fils, son frère Maarten Thovelingh, qui de faible complexion, et ne s’étant pas marié, semble avoir voué à l’enfant de sa sœur un attachement tout particulier.

Dès lors, il est probable que, surtout à partir du second mariage de Govert, le jeune Nicolaas-Anthoni séjourna beaucoup plus à Rotterdam, chez son oncle et tuteur, dans la maison de son grand-père, Claes Maertem Thovelingh, dont il portait le nom, qu’à Amsterdam, dans l’atelier de son père.

Ajoutez à cela que Govert Flinck mourut en 1660, son fils avait donc quatorze ans alors ; et si à cet âge on a fait provision de souvenirs durables, on n’a point cependant cette maturité d’esprit qui permet de porter, sur certaines situations, un jugement sûr et parfaitement motivé.

Enfin, à toutes ces raisons évoluant en dehors du libre arbitre et de la volonté, il faut ajouter l’amour-propre bien naturel à un si puissant personnage, qui ne devait point, étant arrivé au comble de la fortune, aimer à se rappeler la modestie de ses origines, et devait être tenté d’exagérer un peu l’importance de ses ascendants.

Néanmoins, fidèle à notre habitude de consulter de préférence les récits les plus anciens, c’est le texte d’Houbraken qui dans cette étude nous servira de guide '. C’est lui que nous allons suivre pas à pas, en prenant soin de le corriger chaque fois que l’occasion s’en présentera.

1. Voir Groote Schouburgh der nederlantsclie Konstschilder en Schiideressen, Amsterdam, 1719. 2e volume, page 18 et suiv.

G OVERT FLINCK.

Dès les premières lignes de la biographie qu’il consacre à Govert Flinck, Houbraken nous fournit l’occasion de le rectifier, et la faute qu’il commet est assez lourde pour nous mettre en garde contre les assertions qui vont suivre.

« Govert Flinck, nous dit-il, est né à Clèves, dans le mois de décembre de l’année 1 6 1 6 1 . » Or une médaille d’argent qui fut frappée à Amsterdam en 1660, à l’occasion de la mort de Flinck, s’inscrit en faux contre cette date. Cette médaille que nous reproduisons ici, et dont un exemplaire est conservé au cabinet des médailles de la Haye2, porte l’inscription suivante : « Né à Clèves, dans l’année i6i5, le 25 du mois de janvier3. » Le doute n’est donc pas permis, d’autant moins que cette seconde date se trouve être d’accord avec les Puiboeken 4, ou livres de mariage d’Amsterdam, qui nous déclarent que le 3 juin 1646 notre peintre avait trente ans révolus.

1. « Geboren te Kleef, inde Wintermaand van’t jaar 1616.» Le Wintermaand, ou mois d’hiver, était le nom qu’on donnait au mois de décembre à cause du solstice d’hiver qui tombe le 21 de ce mois.

2. Il fut frappé un très petit nombre de ces médailles. On en a connu une entre les mains de la famille Gael, qui, par ses alliances avec les van Berckel, s’est trouvée apparentée avec les descendants de Govert Flinck. M. Kramm, dans ses Levens en Werken, etc., en cite un exemplaire qui fut vendu en 1 856, à Amsterdam, en vente publique, pour 42 florins.

3. « Geboren te Kleef in den jaere 1 6 / 5 den 25e" van Loûmaent. » Le Louwmaand ou « mois des tanches » est le nom donné au mois de janvier.

4. On appelle Puiboeken, ou livres de l’hôtel de ville, les registres de mariage sur lesquels étaient jadis inscrits, devant les magistrats, les unions des personnes non calvinistes.

L’ART HOLLANDAIS

Du mois de janvier 1 6 1 5 au mois de décembre 1616, il y a un écart de deux ans. Il est vraiment fâcheux pour un biographe de débuter par une aussi lourde erreur.

Govert Flinck, continue Houbraken que je traduis librement, montra dès sa plus tendre enfance un goût

MédailLe commémorative de la mort de Govert Flinck. (Face.)

spécial pour le dessin. Ses parents, qui avaient l’intention d’en faire un commerçant, le placèrent chez un marchand de soieries établi à Clèves, car ils le trouvaient trop jeune encore pour l’éloigner de leur surveillance directe. Mais son patron ne fut point longtemps à s’apercevoir qu’il passait le meilleur de son temps à dessiner, sur du papier, des animaux et des bonshommes, et qu'il n’avait guère souci d’apprendre le commerce.

GOVERT FLINCK.

Le père, informé du fait, entra dans une sainte colère. Il ouvrit une sorte d’enquête pour savoir où son fils avait puisé de si pernicieuses habitudes, et bientôt il apprit que Govert avait fait la connaissance d’un peintre en vitraux, et qu’il passait dans l’atelier de celui-ci tous les instants qu’il

Médaille commémorative de la mort de Govert Flinck. (Revers.)

avait de libres. U ne semblable révélation était bien faite pour désoler un pareil homme ; et comme le patron de son fils lui déclarait de nouveau que celui-ci deviendrait un peintre : « Dieu me préserve d’un tel malheur! «s’écria ce singulier homme, ne comprenant pas, disait-il, qu’on pût être à la fois artiste et honnête homme.

Là-dessus, après avoir avoir adressé à Govert les admonestations les plus sévères, et lui avoir fait les défenses les

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plus formelles, il l’envoya directement à Amsterdam et le plaça chez un marchand. Pour expliquer ces manières étranges, Houbraken nous dit que ce bon M. Flinck était Rentmeester, c’est-à-dire payeur de rentes, et qu’il menait une existence paisible et convenable1. Nous verrons tout à l’heure ce qu’il faut retenir de cette confidence. Mais pour le moment je ne puis m’empêcher de trouver l’excuse étrange, sous la plume d’un artiste surtout.

Une fois à Amsterdam, Govert Flinck ne se conduisit guère mieux; mais comme il était très surveillé, il en fut réduit à prendre sur ses heures de sommeil pour se livrer à sa passion favorite ; et, afin qu’on ne s’aperçût de rien, il dérobait tous les bouts de chandelle qu’on laissait traîner dans la maison. Puis le soir, retiré dans sa mansarde, il copiait avec une sainte ardeur les dessins et les estampes que continuait de lui prêter le peintre sur vitraux, son ami. Mais certaine nuit qu’il ne dormait pas, son père, ayant vainement cherché une chandelle, se mit à parcourir la maison, et surprit notre jeune artiste à sa nocturne besogne. Je n’ai pas besoin de dépeindre la nouvelle fureur du pauvre homme. Il déchira en mille morceaux le travail de son fils, et, après lui avoir administré une verte correction, il le força de se mettre au lit.

Cette découverte inopinée contrista singulièrement notre jeune enthousiaste ; il se vit contraint de renoncer définitivement à ses chères distractions, d’autant plus que le compatissant peintre en vitraux ne pouvait plus venir à son secours. Mais, au moment où tout espoir semblait définitivement perdu, un événement se manifesta qui changea la face des choses.

i. « Zyn Vader die ^eedigen gemanierde leefde en Rentmeester dier stadt rvaas.... »

GOVERT FLINCK.

Un prédicateur mennoniste, ou anabaptiste si l’on préfère, de Leeuwarden en Frise, nommé Lambert Jacobse, vint à Clèves visiter ses coreligionnaires et prêcher sa foi. C’était un orateur de talent ; ses sermons obtinrent un grand succès et les parents de Flinck s’y rendirent par curiosité h L’éloquence du prédicateur les émut; et comme on leur apprit que ce Lambert Jacobse était non seulement un homme de sainte vie, mais encore un peintre de talent, ils revinrent de leurs injustes préventions, et confièrent leur fils Govert à Lambert Jacobse qui l’emmena à Leeuwarden, dans sa maison, pour lui apprendre à peindre.

Ce récit, où j’ai suivi Houbraken pas à pas, est assurément curieux. Certains détails lui donnent même, en quelques parties, un accent de vérité tout spécial; mais en d’autre parties il me semble embrouillé et j’ai peur qu’Houbraken n’ait fait quelque confusion et emmêlé les aventures.

Ce peintre en vitraux qui apparaît deux fois dans la narration, la première pour ouvrir à Clèves son atelier au jeune et ardent dessinateur, et la seconde pour lui prêter à Amsterdam les estampes et dessins qui doivent le faire surprendre par son pèhe, me semble démentir le voyage de notre jeune Govert, et opposer une sorte de contradiction à son déplacement; car notez bien qu’il s’agit ici du même personnage; Houbraken le dit positivement : « gemelden Glaschryver. »

En second lieu, le père Flinck avait donc, lui aussi,

i. Descamp dit en racontant cet incident décisif de la vie de notre peintre : « Le père de Flinck, qui était de la même croyance, lui fit le plus grand accueil. » C’est une erreur : le père de Flinck était luthérien , et même après son séjour à Leeuwarden Govert demeura luthérien.

L’honnête homme auquel le père Flinck avait confié son fils ne trompa point la confiance qu’on avaitmiseen lui. Il avait pris Govert pour en faire un élève et non un prosélyte. Il se conforma au mandat qu’il avait reçu.

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quitté Clèves, et il fallait qu’il se fût établi à Amsterdam pour pouvoir surveiller son fils de si près. Mais alors, s’il demeurait sur les rives de l’Amstel, comment put-il assister aux prédications que Lambert Jacobse fit à Clèves? Tout cela, on l’avouera, n’est point très clair, et je crois que, pour l’exactitude du récit, il serait bon de supprimer ce premier séjour à Amsterdam, et de considérer la narration d’Houbraken comme le résultat d’une confusion facile à expliquer. Pardon si j’insiste autant sur ce point, mais il a son importance. Il est présumable en effet que si, au lieu de demeurer à Clèves où les arts n’étaient guère en honneur, le bon M. Theunis Goverts Flinck avait séjourné sur les bords de TT, son cerveau, qui me paraît avoir été passablement obtus, se serait familiarisé avec cette idée qu’on peut être à la fois artiste et honnête homme. En outre, revenu de son erreur, et consentant à laisser son fils embrasser la carrière artistique, il n’eût pas manqué de trouver à Amsterdam des maîtres justement réputés et lui offrant, au point de vue de l’honnêteté et de la considération, assez de garanties pour ne point être réduit à confier son enfant à un Frison de notoriété restreinte, et dont les œuvres, même à cette époque, ne pouvaient jouir que d’une célébrité modérée.

Un autre point qui me semble également sujet à caution, dans le récit d’Houbraken, c’est, je l’ai dit, la qualité de rentmeesler attribuée au père de Govert Flinck. Bien que dans une petite ville, comme l’était Clèves à cette époque, un pareil titre ne tirât point à grande conséquence, je ne puis l’accepter cependant sans protestation. Jamais, en effet, dans aucun des actes que nous connaissons, Theunis Flinck ne prit cette qualité. Dans l’acte de mariage de son fils avec la demoiselle Thovelingh, qui, elle, était d’origine patricienne, il ne fait point suivre son nom de cette quali-

GO VERT FLINCK.

fication ; et cependant c’eût été le cas ou jamais. Dans cette circonstance solennelle, son nom n’est même pas précédé du Meester traditionnel auquel cette fonction lui eût donné droit.

Enfin, dernière remarque, tous les pères, même les moins intelligents, ont toujours ambitionné pour leurs enfants une situation supérieure à celle qu’ils occupaient dans le monde. Qu’on se rappelle le meunier van Rijn poussant son fils vers les études latines, et lui, pauvre industriel, ambitieux pour sa progéniture, voulant faire de Rembrandt un [avocat, et même un fonctionnaire public. Ces sentiments-là sont dans l’ordre de la nature. Mais je m’imagine mal un rentmeester s’obstinant à mettre son fils dans le commerce, et notez cela, dans le petit commerce, car nous savons, par expérience, à quelle importance commerciale les fils de Theunis Goverts Flinck avaient le droit de prétendre.

Govert Flinck en effet, n’était point un enfant unique, il avait un frère nommé Ameldonck, plus jeune que lui de deux années. Or ce frère puîné se maria à Amsterdam, et son acte de mariage nous révèle sa profession1 i. Il était

1. Voici l’acte de mariage du frère de Govert Flinck tel que je l’ai relevé sur les puiboeken de la ville d’Amsterdam :

icr Juny 1649.

Compareerden voor Bernhaert Schellinger en Cornelis Abba, — Ameldonck Flinck, cr uy denier ivoon tôt Emmerich ont 32 jaer, noch ouders hebben.

geass1 met syn broeder Govert Flinck — en Styntje Jansdr van Cleef woon Op de Niemvendyck ont 20 jaer geass J met jan Leenders haer vader.

Ier Juin 1649.

Comparaissent devant Bernhaert Schellinger et Cornelis Abba — Ameldonck Flinck, épicier, demeurant à Emmerich, âgé de 32 ans, ayant encore ses parents, assisté de son frère, Govert Flinck — et Styntje, fille de Jan, de Clèves, demeurant sur la Nieuwendyck, âgée de 20 ans, assistée par Jan Leenders, son père.

Suivent les formules d’usage et la signature des deux jeunes époux.

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cruy denier , c’est-à-dire épicier, mais non point épicier à Amsterdam, ce qui eût pu être une position de quelque importance. Il était épicier à Emmerich, dans une petite ville de trois mille habitants. Franchement Govert Flinck eut raison de dédaigner les ambitions paternelles, et il est fort heureux pour nous que, dans cette lutte mémorable du pinceau contre la cannelle et la muscade, ces dernières aient été vaincues.

Mais si Theunis Flinck n’était pas rentmeester, qu’était-il ? A cette question la réponse n’est point aussi malaisée qu’on pourrait croire. Cet amoureux du négoce était bien certainement petit industriel ou commerçant; et il me semble découvrir dans le « corte staet en jnventaris % » c’est-à-dire dans l’inventaire sommaire qui fut dressé à la mort de notre peintre et qui voit ici le jour pour la première fois, une indication relative à la profession exercée par son père.

Je relève en effet parmi les propriétés ayant appartenu à l’artiste décédé, une « maison et blanchisserie ( bleeckerij ), sise à Clèves, » et c’est la seule propriété que Govert ait gardée à son pays natal. Cette maison unique, si pieusement conservée, est incontestablement l’asile héréditaire, la demeure paternelle. Le bon M. Theunis Flinck était donc blanchisseur de son métier, et comme l’immeuble où il exploitait sa modeste industrie est estimé 3,ooo florins, nous comprenons mieux comment le rêve ambitieux que caressait son cerveau borné était de faire de ses deux fils deux commerçants honorables.

Quoi qu’il en soit, ne manquons pas de remercier ce vénérable blanchisseur, si convaincu de la supériorité de l’industrie sur les beaux-arts, d’avoir laissé son fils partir

i. Voir appendice C.

GO VERT FLINCK

avec Lambert Jacobse, et efforçons-nous maintenant de découvrir quelle influence ce premier maître exerça sur le talent de Govert Flinck.

Lorsque Govert Flinck arriva à Leeuwarden,il ne trouva point la maison de son professeur déserte. Un sonnet du poète Joost van Vondel nous apprend que le savant homme, qui cumulait si bien les fonctions de peintre et de prédicateur, s’était marié le 28 juin 1620 et qu’il avait épousé une jeune femme nommée Aeghtje Antonis1.

En 1621, Lambert Jacobse était venu s’établir à Leeuvarden 2 et sa femme n’avait point tardé à mettre au monde un jeune garçon, auquel on donna le prénom d’Abraham, et qui devait, lui aussi, devenir par la suite un peintre de talent. Lambert Jacobse possédait en outre un autre élève, Jacob Bakker, avec lequel Flinck se lia tout de suite d’amitié, et qui plus tard demeura le compagnon de ses travaux et de ses luttes.”

Étant donnés le goût de notre jeune apprenti pour son art, sa vocation, son besoin d’apprendre, et aussi le milieu sympathique dans lequel il se trouva tout d’un coup transplanté, il n’est point douteux qu’il ne se soit mis à la besogne avec une ardeur peu commune.

1. Ce sonnet est dédié « Aan de bruidegom Lambert Jacobsz met fijne bruid Aechtje Antonis vereenigt Anno 1620, » c’est-à-dire : «Au fiancé Lambert Jacobsz et à sa promise Aechtje Antonis, unis l’an 1620. » (Voir Poe^y 4° I; 3o6).

2. Il fut inscrit en 1621 sur les registres de la bourgeoisie de Leeuwarden, sous la désignation : « Lambert Jacobs, schildenar van Amsterdam. » (Voir de Vrouw van Rembrandt, par \V. Eekhoff, archiviste àLeeuwarden. )

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Quels furent ses premiers travaux ? Comment furent dirigées ses premières tentatives ? A quoi se résument ses premiers essais? C’est ce qu’il serait très important de connaître. Pour le] découvrir, je me suis rendu à Leeuwarden, voulant voir s’il n’était pas possible, sur les lieux mêmes, de retrouver quelques traces du séjour que Govert Flinck fît en Frise, et par là d’avoir quelques notions sur ce que fut son apprentissage.

Bien avant moi, M. Eekhoff, le soigneux archiviste de Leeuwarden, avait eu cette même préoccupation. Avec sa méthode habituelle, il avait exploré toutes les sources où l’on pouvait espérer de rencontrer quelque document concernant notre jeune artiste, et il s’était convaincu qu’à l’exception d’un tableau attribué à Govert Flinck, il n’existait dans toute sa province aucun de ces indices révélateurs, qui peuvent servir de jalons à une restitution biographique.

Ce tableau attribué à notre jeune peintre décore le palais du roi. Il est suspendu dans la salle à manger. C’est une très vaste toile qui ne compte pas moins de sept personnages de grandeur naturelle, vus en pied et se mouvant dans un paysage qui lui-même possède une certaine importance.

Ces figures sont des portraits de personnages historiques. Nous reconnaissons le comte Hendrick Casimir, premier comte de Nassau-Dietz et troisième stathouderde Frise; Willem-Frédérick de Nassau, son frère puîné, qui fut le quatrième stathouder ; Georges-Frédérick, duc de Nassau, et Henri de Nassau, celui qui en en 1646 épousa la comtesse Marie de Limburg-Stirum. Deux écuyers e un jeune nègre, ce dernier vêtu de rouge, complètent cet intéressant morceau de peinture.

Cette œuvre est assurément curieuse; ce n’est point là

GOVERT FLINCK.

une composition échappée à des mains vulgaires. Elle indique, malgré des inégalités flagrantes, un jeune artiste dont l’éducation s’est faite à savante école. On sent que celui qui l’a conçue avait abondamment fouillé dans les gravures d’après Rubens et Van Dyck. Les architectures du fond, les draperies qui servent de repoussoir, sont d’une ordonnance pompeuse, théâtrale, et qui sent bien plus la somptuosité flamande que la simplicité hollandaise ou la modestie frisonne. Le paysage du fond, habilement inventé et nullement hollandais, est un pur décor, savamment subordonné aux principaux personnages; et le petit négrillon, vêtu de rouge foncé, qui, posé juste au centre du tableau, semble déplacé au milieu de personnages si augustes, n’est point là par inadvertance. C’est au contraire un trait d’audace, un repoussoir habile, une tache voulue (comme le capitaine noir de la Ronde de nuit), qui, rejetant la lumière sur les principales figures, leur restitue l’intérêt qui leur appartient de droit.

Il s’en faut malheureusement de beaucoup, pour la valeur de cette oeuvre curieuse, que l’habileté technique soit à la hauteur de cette science un peu emphatique, mais très réelle, de composition. Les différentes figures sont de qualité très inégale. Le prince Guillaume-Frédérick et le comte Henri ont une belle tournure. Ils sont peints avec une certaine ampleur de touche. Le modelé est puissant, et s’accuse par des ombres un peu dures. Les buffleteries,les armes, les tissus sont bien rendus. Malheureusement les autres figures sont très inférieures, si inférieures même qu’on pourrait les croire d’une autre main.

Ce tableau révélant une œuvre de jeunesse, et ses qualités sérieuses, jointes à des inexpériences flagrantes, pouvant justifier l’attribution de ce vaste morceau à un débutant de grand avenir, il ne faut donc pas se montrer

surpris que le nom de Flinck, encore occupé à apprendre son métier dans l’atelier de Lambert Jacobse, ait été tout naturellement le premier qui se soit offert à la pensée des érudits. J’ajouterai qu’on retrouve dans certaines parties de ce tableau, notamment dans les étoffes et les bufïleteries, des tons jaune de chrome et gris perle, qui plus tard joueront un rôle considérable dans les gammes harmoniques cherchées par Govert Flinck.

Maintenant il resterait à savoir (en admettant que ce tableau soit vraiment de notre jeune artiste) en quelle année celui-ci a bien pu l’exécuter.

A première estimation, tout fait présumer que c’est là une œuvre datant de 1 633 ou du commencement de i63q. Nous ne savons pas, il est vrai, l’àge exact auquel Govert Flinck quitta la maison paternelle, mais par les événements qui avaient marqué ses débuts dans la vie, par la ténacité dont il avait fait preuve, par les luttes qu’il avait soutenues, il est à croire qu’il n’était plus absolument un enfant.

Il devait avoir atteint sa quinzième année. C’est donc vers i63o qu’il arriva à Leeuwarden. Il n’y resta pas très longtemps, car nous trouvons à Brunswick un portrait de femme daté de 1 636 et àPétersbourgau musée de l’Ermitage un portrait représentant un jeune militaire avec la signature : «G. Flinck fecit 1637.» A cette date, l’apprentissage chez Rembrandt était donc terminé ou au moins touchait à sa fin1. En donnant à cet apprentissage une durée de trois ans, on voit que nous arrivons à la date de 1 633-1 63q que nous avons indiquée tout d’abord.

1. Il n’était point d’usage que les jeunes peintres signassent leurs tableaux, tant qu’ils demeuraient dans l’atelier du maître. Ces deux dates, 1 636 et 1637, accompagnant la signature, indiqueraient donc qu’à cette époque Flinck avait fini son second apprentissage. Mais peut-

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