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2. Le portrait de cette vieille femme se retrouve dans la Décollation de saint Jean, attribuée à Fabritius, et dans l’autre, la Bénédiction d’Isaac, de Flinck, appartenant (ainsi que la Décollation) au musée d’Amsterdam.
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L'ART HOLLANDAIS
Le geste d’Isaac est plein de vérité. Son visage est recueilli, son attitude est grave, empreinte d’une certaine noblesse. L’empressement que met Rébecca pour arranger les coussins qui soutiennent le buste du vieux patriarche est d’une observation très fine. On sent qu’en prenant de son époux un soin excessif, la rusée créature cherche, avant tout, à détourner son attention. Jacob, vu de profil, est frais et rose; ses cheveux et son nez, toutefois, ne laissent aucun doute sur sa race. Son maintien est anxieux, hésitant. On comprend qu’il est troublé parla supercherie à laquelle il se prête.
Ajoutez à cela que Flinck ne s’inspire pas seulement des modèles de son maître , il s’empare encore de sa garde-robe. Isaac est enveloppé dans une double chemise bleue qui fait partie de la défroque hébraïque de Sc Anthoniesbreestraat . De son côté, Jacob est vêtu d’une robe violacée aux couleurs chatoyantes, dont les nuances à reflets semblent chercher des oppositions harmonieuses dans la couverture verdâtre, qui enveloppe les jambes du vieillard.
On le voit, en ces quelques années, notre jeune peintre s’est absolument transformé. Il a dépouillé l’élève de Lambert Jacobse pour devenir le disciple respectueux de Rembrandt; il a immolé sur l’autel de l’observation sincère les préoccupations d’élégance maniérée et de composition emphatique que lui avait inspirées l’étude des maîtres d’Anvers, si chers à son premier professeur.
GOVERT FLINCK.
Du jour où il quitte l’atelier de Rembrandt, Govert Flinck devient plus facile à saisir, comme artiste et comme homme. On retrouve des traces nombreuses de son activité. Les principaux incidents de sa vie nous sont mieux connus. Année par année, nous pouvons le suivre dans ses œuvres, en même temps que nous assistons au développement de sa fortune et aux transformations de son talent.
C’est comme portraitiste que Flinck débute. C’est là une spécialité excellente, à laquelle l’ont merveilleusement préparé les études de figures qu’il a faites chez Rembrandt. Elle est en outre avantageuse entre toutes. Pas de dépenses préliminaires, point de frais accessoires, pas de costumes à louer, de modèles à payer, pas de placement incertain. Ajoutez qu’à cette époque la clientèle abonde. 11 règne comme une furie de se faire pourtraire. Pour peu qu’on remplisse une fonction, on se croit obligé de transmettre ses traits à la postérité. C’est assurément la branche la plus lucrative de la peinture de ce temps.
Un certain nombre de grands artistes l’ont déjà adoptée, il est vrai ; mais les commandes sont si nombreuses que le talent, aidé par les relations, peut encore ouvrir aux nouveaux venus bien des portes restées closes. Flinck est de ceux que le talent favorise, et au milieu de ce brillant cénacle, qui compte au premier rang Thomas de Keyzer, Van der Helst et Rembrandt, il ne tarde point à se faire une place et un nom. Bientôt ses œuvres se succèdent avec rapidité ; malheureusement, il ne les
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signe pas toujours, et alors la spéculation les lui dérobe pour les attribuer à son maître ; ou il ne les date pas, et dès lors nous manquons d’éléments pour un classement certain.
Néanmoins, malgré ces trop nombreuses lacunes, et en ne relevant que celles de ses œuvres qui portent son nom avec une date authentique, il nous est permis de le suivre presque pas à pas dans sa production ; car les jalons sont assez rapprochés pour que désormais il ne puisse plus nous échapper.
Tout d’abord il nous faut commencer par 1 e Portrait de femme du Musée de Brunswick, daté de 1 636, et qui, si la date a été bien lue, fut exécuté par Flinck alors qu’il travaillait encore chez son maître1.
Après cela, nous trouvons à Saint-Pétersbourg, au Musée de l’Ermitage, le Jeune Militaire au bonnet fourré, tête de fantaisie qu’il exécuta également alors qu’il fréquentait encore l’atelier de Rembrandt. Cette peinture, large et déjà puissante, représente l’année i63y.
Avec 1 638, Flinck prend entièrement possession de lui-même, et c’est de cette année qu’il date une de ses meilleures œuvres, la Bénédiction d’Isaac, du Musée d’Amsterdam. Nous avons vu' que ce sujet l’avait déjà tourmenté; mais, cette fois, il ne le traite plus en élève; il s’en empare en véritable maître.
Pour n’être point embarrassé par des réminiscences fâcheuses, il renverse son sujet. Jacob passe de droite à gauche. De la sorte, le geste du vieillard gagne en ampleur, et la physionomie de l’enfant, qu’on aperçoit presque de face, prend plus d’importance et anime davantage la composition.
i. Je n’ai point vu ce tableau, mais on médit que le 1 636 pourrait bien être un 1 638 mal formé.
GOVERT FLINCK.